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"Une vitrine pour exposer mon travail..." YACINE AIDOUD OUVRE UN ESPACE D'ART AU TELEMLY



Expression art
Pas loin de son fameux pont récemment rebaptisé aux couleurs de l'amour, la vie culturelle aura de plus belle droit de cité prochainement au Télemly.
De quoi s'agit -il exactement' Eh bien, de l'ouverture d'une nouvelle galerie d'art qui vient enrichir le paysage artistique algérois en ces temps de disette culturelle. Un espace certes, pas très grand, mais dont l'initiative immense revient à l'artiste-peintre Yacine Aïdoud qui a su résister à l'appel des sirènes de certains mauvais conseilleurs qui lui ont tout bonnement suggéré d'ouvrir un fast-food, la culture du ventre ayant de beaux jours devant elle, plutôt que celle de l'âme et de l'esprit. Et pourtant, un peuple cultivé n'est-il pas à moitié sauvé' C'est prenant acte, sans doute de cet adage que notre artiste, de père en fils, a choisi donc d'ouvrir cet espace qui lui permettrait d'une part, de montrer ses travaux et d'autre part, promouvoir le travail de ses comparses, amis et collègues des beaux-arts notamment.
«Il n'y a pas beaucoup d'espaces d'art en Algérie, ils sont pour ainsi dire presque inexistants sur Alger. J'ai donc songé à occuper ce petit espace. On ne va pas l'appeler une galerie mais plutôt une vitrine pour mon travail, une sorte de showroom où les gens peuvent venir. L'espace fait environ 30 mètres carrés. C'est une galerie qui peut accueillir une trentaine de tableaux de moyen formats». Pour l'heure sont visibles et ornent les cimaises de cet espace plusieurs oeuvres représentatives des différentes expos de Yacine Aïdoud, entre ancienne et récente collection.
En effet, après s'être penché sur le continent africain, sa nouvelle expo dévoile en des couleurs sombres à dominance gris, blanc mais avec un peu de rouge tout de même, couché sur du carton, symbole du package des produits de consommation, les nouvelles préoccupations de l'artiste. Ces peintures rassemblent les inquiétudes de notre artiste envers notre société «bouffée» par la voracité de ces nombreux hommes d'affaires redoutables qui sont venus lapider le pays.
Autrement dit, ce phénomène d'import /export qui a dominé notre économie de marché de façon anarchique. En témoignent ces hommes à la valise et à la silhouette étrange. «Ils arrivent, ils vont nous prendre tout notre pétrole, d'ailleurs cette peinture s'appelle Imposture...», déclare l'artiste en fin d'explication de son tableau à une dame venue admirer de près avec son mari, inopinément ces toiles, comme ça, en s'arrêtant dans la rue après avoir aperçu cette galerie de sa voiture en passant.
Impressionnée par la peinture du fils mais aussi du père Abderrahmane dont quelques oeuvres y sont également exposées, cette dame a promis de revenir, non sans avoir longuement discuté art avec notre hôte qui, tout content de cette visite, n'a pu s'empêcher de regretter l'absence de vrais potentiels acheteurs d'oeuvres d'art en Algérie, ces derniers se limitant au seul prestige de l'apparence pour des particuliers fortunés qui n'ont de richesse que l'argent et dont l'achat est plus motivé par le gain que par le goût et la passion de la chose artistique, une toile devenant fatalement un simple objet commercial... Notons que la nouvelle exposition de Yacine Aïdoud fera l'objet prochainement, d'une expo dans un espace idoine, plus grand. «Après m'être attaché pendant quelques années à exprimer mes préoccupations à propos de l'Afrique, je reviens à l'actualité algérienne. Je ne peins pas juste pour peindre. Aujourd'hui, cette nouvelle peinture exprime ce qui s'est passé ces 10 dernières années en Algérie, l'arrivée de beaucoup d'importateurs avec leurs produits alimentaires et autres. J'ai choisi comme support le carton d'emballage qui n'est pas fortuit. Ces hommes portent aussi des valises. Cela évoque aussi la corruption de ces gens, le problème identitaire que vit l'Algérien aussi...» Son espace fraîchement installé au Télemly où vous pourrez donc admirer en exclusivité ses toiles, se situe pas très loin de l'Ecole des beaux-arts, du musée du Bardo et du musée des Antiquités.
Un choix stratégique pour qu'il soit fréquenté par les artistes et autres étudiants aux beaux-arts notamment «Oui, il y a un programme en cours de préparation. Ça va être une vitrine essentiellement pour mon travail et de temps en temps on fait des expo pour les amis, mes collègues, mes copains de tous les jours... D'ailleurs, est prévu prochainement une expo collective dans un mois ou deux, qui va englober de jeunes créateurs tels que Mourad Krinah Sofiane Zougar, Atef Berdjem, Walid Aïdoud et plein d'autres de ma génération. On va exposer ensemble...», nous confiera Yacine tout sourire car fier incontestablement de son acquisition et il y a de quoi.
Une solidarité pour laquelle l'artiste n'a pas à rougir surtout dans un pays où la jalousie entre artistes n'est pas rare puisque beaucoup tentent de mettre des bâtons dans les roues à leurs collègues. Doublement bravo donc pour cette magnifique initiative qui constitue une belle opportunité pour nos artistes à montrer davantage leur travail, au côté du Box 24 ou de l'escalier des Artistes. Car des espaces comme cela il en faut encore et encore...
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