Investigation - Contrairement aux informations distillées au compte-gouttes par les services de l'armée française, il ne s'agissait pas de heurts isolés entre musulmans et européens mais bien d'une révolte et d'un génocide.
Entre une France pétainiste qui a fait allégeance au maréchal Pétain et une France gaulliste qui ne demandait qu'à en découdre avec les Allemands, entre un Premier ministre anglais qui se méfiait des deux et les Américains qui se méfiaient de tous et qui ne savaient pas très bien dans quel ordre s'inscrire dans ce conflit, Alger était devenue, dans les années 40, un véritable nid d'espions.
Tout le monde épiait tout le monde et parfois même sans prendre de précautions surtout parmi les alliés.
Toutes les couvertures étaient bonnes pour obtenir le moindre renseignement sur le débarquement qui n'était plus un secret.Le métier de journaliste se prêtait merveilleusement bien à ce genre d'exercice et parfois un simple fil séparait les compétences de l'un et de l'autre, du journaliste et de l'espion.
En 1945 l'envoyé spécial d'un grand journal new-yorkais avait décidé de rester un peu plus dans cette capitale curieuse où toutes les lignes avaient bougé sauf celles des musulmans qui avaient pris part à l'effort de guerre et dont le statut colonial n'avait pas changé.Un situation inédite...C'est en traînant du côté de ses compatriotes, des officiers américains qui étaient toujours en poste, qu'il entendra à demi-mots parler des événements de Sétif à l'est d'Alger.
N'ayant rien à envoyer à sa rédaction, il retournera le lendemain se renseigner auprès de l'un d'eux avec lequel il avait souvent travaillé pendant la guerre.
Les éléments qu'il entendra lui feront dresser les cheveux sur la tête.Et comme tout bon journaliste, il décidera d'aller sur place voir ce qui se passe, et le plus vite possible. Contrairement aux informations distillées au compte-gouttes par les services de l'armée française, il ne s'agissait pas de heurts isolés entre Musulmans et Européens mais bien d'une révolte et d'un génocide.Les articles qu'il enverra à New York briseront le mur du silence qu'avaient imposé les autorités de la colonie.
Même les responsables français à Paris, à l'exception de François Mitterrand, n'avaient aucune idée de l'ampleur du massacre.
La presse française prendra aussitôt le relais mais vite étouffé par les flonflons de la victoire et la mise en place du plan Marshall qui allait permettre au pays de se relever et de se reconstruire.
Ce journaliste qui a dénoncé pour la première fois les tueries de Guelma, Sétif et Kherrata est toujours vivant.
Et on lui doit une fière chandelle.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdenour Fayçal
Source : www.infosoir.com