Imbroglio - Un vrai casse-tête le cas de ce baroudeur : ce n'est pas un déserteur, ce n'est pas un rebelle et son casier judiciaire est parfaitement vierge.
Nous sommes dans l'Algérie coloniale des années 50. Dans le petit hameau de Trezel (aujourd'hui Sougueur) au sud du pays, les seuls étrangers autorisés à y vivre étaient les Marocains, des excellents maçons et de très bons agriculteurs, les Tunisiens pour leur z'labia et les Egyptiens à l'écran.
Avec les films Régence gérés par une multinationale juive basée à Alger, les indigènes avaient droit à deux longs métrages par semaine d'un goût d'ailleurs très douteux.
Mais des Syriens, de toute évidence personne n'en a jamais vu au village, pas même au cinéma.
Et pourtant en pleine Guerre de libération nationale un «chemi» sera officiellement autorisé à passer quelques jours dans la cité.
Il s'appelle Abdelkader comme l'émir et comme l'émir il vient de Damas, mais là s'arrête la ressemblance.
En fait il est né dans ce bourg mais personne ne se souvient de lui, à part quelques anciens. Son histoire est étrange. A 18 ans il s'engage volontairement dans l'armée française pendant la Seconde Guerre mondiale. Et son courage lui vaudra le grade de caporal chef.
Envoyé avec un détachement pour maintenir l'ordre au Liban et en Syrie il ne quittera plus ce pays même après avoir été démobilisé en 1948.
Aux yeux de l'armée française il est toujours Français, aux yeux de l'autorité coloniale il est Syrien puisqu'il a choisi de vivre dans ce pays et à ses yeux il est Algérien.
Le problème va se poser quand il demandera à l'ambassade de France à Damas de lui établir un sauf-conduit pour aller voir sa famille restée en Algérie.
Un vrai casse-tête le cas de ce baroudeur : ce n'est pas un déserteur, ce n'est pas un rebelle et son casier judiciaire est parfaitement vierge.
Après mûre réflexion on accordera à Abdelkader un visa c'est-à-dire l'autorisation d'aller chez lui pour une durée de 16 jours.
On lui signifiera qu'il devait pointer tous les matins au commissariat qu'il ne devait pas parler de politique et surtout qu'il devra entrer chez lui le soir avant 20 heures.
Il sera étroitement surveillé quand il arrivera à Sougueur aussi bien par les policiers municipaux, les indics que par les supplétifs de la mairie.
Pour éviter les histoires avec le beylik, des citoyens, au courant de sa situation, le salueront de loin et demanderont de ses nouvelles à distance respectueuse.
Les colons feront mine de l'ignorer. Bref il n'était pas le bienvenu. Un soir, on ne le verra pas. Personne ne le verra plus jamais. Abdelkader avait décidé de quitter son pays clandestinement pour rejoindre Damas non sans emmener avec lui toute sa famille.
Comment a-t-il fait ' Par où est-il passé ' Nous ne le savons pas et il n'est plus là pour le dire.
Une chose est sûre, cette curieuse famille ne donnera jamais de ses nouvelles. Pas même à ses proches.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdenour Fayçal
Source : www.infosoir.com