
Rouiched fut emprisonné durant la guerre. Il a publié en 1990 un livre où il évoque cette terrible épreuve. Il retrace aussi sa carrière de chansonnier et d'acteur qui a séduit des générations d'Algériens. Ici, il relate avec gravité et humour dont il ne se départit jamais une tournée au Maroc avant le déclenchement de la Révolution.Une tournée au Maroc s'annonçait. L'occasion nous était offerte de mieux lier nos identités culturelles et de mieux serrer les rangs avec nos frères marocains. Ce déplacement, qui nous permettait de nous retrouver avec des frères brimés et exploités, exaltait en nous un enthousiasme sans bornes et sans limites. C'est la France qui se chargera des préparatifs de la fête qui devait, selon elle, se dérouler avec la collaboration non pas de militants comme nous, mais avec les grands pachas de l'époque. Quoi qu'il en soit, notre but visait à montrer au public marocain que nous avions les mêmes aspirations et le même idéal. La fraternité culturelle ne pouvait que renforcer nos rangs. La troupe « L'Art algérien », qui devait se rendre au Maroc, comptait en son sein de nombreux militants indésirables par la France. A certains, on avait interdit de quitter le territoire algérien. Ce fut le cas de Hassen El Hassani, qu'on dut faire passer clandestinement par Ghazaouet. Une fois à Casablanca, nous étions étroitement surveillés par les autorités colonialistes, et il ne pouvait sortir de l'hôtel. Hassen El Hassani me ressemblait. J'en profitais pour lui proposer d'utiliser mon passeport le matin. Je devais le récupérer pour sortir le soir. Il accepta. Au début de notre tournée, ce fut un fiasco. Les Marocains nous fuyaient comme la peste. Les salles étaient vides. On nous boycottait, parce qu'on nous suspectait d'être des agents français. D'ailleurs, ces derniers nous invitaient à déménager du Maroc et de faire nos valises au plus vite. Atteints dans notre amour-propre et aussi dans nos sentiments de militants, nous refusâmes catégoriquement de partir. La France nous coupa les vivres. Mohamed Razi, qui était directeur de la troupe, eut des contacts avec les responsables nationalistes de l'Istiqlal, au Maroc, qui se renseignèrent à Alger, auprès du MTDL, qui confirma notre identité et notre engagement dans la cause nationale. Entre-temps, nous n'avions plus de quoi nous nourrir. C'était la pleine période du jeûne du Ramadan. A l'hôtel, je vidais ma valise de son contenu et allais vendre mon linge dans un souk de Casablanca. Mais il y eut très vite un retournement de situation. Le public, conditionné par tous les mouvements nationalistes, nous réserva dès lors un accueil chaleureux. Nous nous présentâmes dans des salles à guichets fermés et nous n'eûmes plus aucun moment de répit.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Horizons
Source : www.horizons-dz.com