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Une taxe «mal-aimée»



La plupart des Algériens semblent réfractaires à l'idée de s'acquitter de la vignette automobile. Car, arguent-ils, cette taxe, initialement créée pour entretenir les routes, n'a finalement pas lieu d'exister. Ils en veulent pour preuve l'état dégradé des chaussées. Aujourd'hui, payer ou ne pas payer cette quittance ' Telle est la question.Rym Nasri - Alger (Le Soir) - Chaque année, les Algériens s'acquittent naturellement de frais de la vignette automobile. Mais depuis deux ans, cette quittance est boudée par nombre d'automobilistes. L'état dégradé des routes dissuade plus d'un. Pourtant, l'importante recette collectée via cette taxe devrait permettre un entretien régulier de la chaussée.
Lancé le 1er mars dernier, l'acquittement des vignettes automobiles pour l'année 2020 devait prendre fin au 31 mars. En raison du confinement de la population imposé par le Covid-19, le délai a été reporté au 30 juin avant d'être prolongé, cette fois-ci, au 15 juillet prochain. Pourtant, la plupart des retardataires restent campés sur leur position. Pour eux, il est hors de question d'acheter cette quittance.
Employée dans une entreprise privée, Karima est catégorique. Elle n'achètera pas la vignette automobile. «Non, non et non. Le peuple fait face à la crise sanitaire de Covid-19 et eux cherchent à le dépouiller. La majorité des Algériens n'ont pas travaillé pendant plus de trois mois et n'ont eu aucune entrée d'argent. Comment vont-ils assurer cette dépense '», peste-t-elle. Et de rappeler que cette taxe imposée à titre provisoire en 1998, par l'ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, aujourd'hui, en prison, a été instaurée pour une année au maximum. «Depuis, elle a été perpétuée par les pouvoirs publics et reconduite chaque année et souvent revue à la hausse. C'est une arnaque !», déplore-t-elle.
Mêmes convictions chez Sadek, retraité depuis quelques années. «Mon véhicule est à l'arrêt depuis le début du confinement en fin mars. Pourquoi je payerais une vignette pour un véhicule qui ne risque pas de bouger avant la fin de la pandémie de coronavirus qui, au vu de son évolution, risque de perdurer encore pendant des mois», dit-il. Pour lui, cette taxe n'a aucune signification puisqu'«elle était destinée pour la réfection et l'entretien des routes alors que celles-ci sont complètement défoncées, toutes creusées et parsemées de nids-de-poule. Nos routes sont impraticables, esquintent les véhicules au bout de quelques mois seulement de circulation».
Employé dans une entreprise publique, Fafik compte, par contre, s'acquitter de cette quittance. «J'ai quelques difficultés financières mais je l'achèterai avant la fin du délai», assure-t-il. Sa décision est bien réfléchie. Ce père de famille prévoit un déplacement hors wilaya pendant cet été. «Je suis obligé de me plier à cette obligation car hors Alger, les gendarmes procèdent au contrôle et on risque gros», explique-t-il.
Les transporteurs de voyageurs outrés
Comme tous les autres automobilistes, les chauffeurs de taxi sont, eux aussi, sommés de payer les frais de la vignette automobile. Selon le secrétaire général de la Coordination des chauffeurs de taxi de la wilaya d'Alger, affiliée à l'UGTA (Union générale des travailleurs algériens), Nasser Smida, cette «énième» dépense risque de faire déborder le vase. «Nous avons été à l'arrêt pendant trois mois et nous arrivons à peine à subvenir aux dépenses de nos familles. Aujourd'hui, les chauffeurs de taxi font face à l'augmentation du carburant, à l'acquisition des bavettes et des produits désinfectants, à la location de la licence taxi, à l'assurance automobile, et vient s'ajouter la vignette automobile. C'est trop ! Ils veulent nous écorcher vifs ou quoi '», tonne-t-il.
Il évoque, à cet effet, l'état des routes notamment les affaissements de la chaussée, les dos-d'âne et autres ralentisseurs anarchiques, et les nombreux trous qui, dit-il, «nous obligent à refaire le cardan, les pneus et autres pièces autos».
Avec des vignettes fixées à 5 000 dinars, 8 000 dinars, 12 000 dinars et 18 000 dinars pour les véhicules de transport en commun de voyageurs de moins de cinq ans et selon le nombre de sièges, et à 3 000 dinars, 4 000 dinars, 6 000 dinars et 9 000 dinars pour les véhicules de cinq ans et plus, la quasi-totalité des propriétaires s'opposent, à leur tour, à cette taxe. Selon eux, celle-ci les pénalise après plus de trois mois d'inactivité à cause de la pandémie de Covid-19 et d'une reprise qualifiée de «ralentie» et de «non-rentable» depuis à peine une semaine.
Ry. N.
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