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Une sortie et des non-dits



Une sortie et des non-dits
Saïd Bouteflika, frère conseiller du président de la République, homme qui préfère la discrétion de l'ombre à l'exposition aux feux de la rampe, s'est affiché samedi au centre d'Alger parmi des manifestants venus dénoncer auprès de l'Autorité de régulation de l'audiovisuel (Arav) la dérive éthique d'une chaîne de télévision privée, et apporter, en même temps, un soutien à l'écrivain Rachid Boudjedra, la dernière victime du média en question. Acte inédit, la participation du cadet des Bouteflika à une manifestation de rue a dû, certainement, surprendre plus d'un. Car, il n'est pas dans ses habitudes de battre le pavé. Aussi, sa présence samedi au Sacré-C?ur, rue Didouche Mourad, est tout sauf une situation banale sur laquelle il n'y a pas lieu de s'appesantir. Cette présence, présentée comme une attitude compatissante, un geste de solidarité avec Boudjedra dicté par l'amitié que les deux hommes entretiendraient, appelle forcément des lectures politiques. Un conseiller du Président qui prend part à une protestation de rue est toujours un acte politique, un choix réfléchi et, par conséquent, a ses tenants et ses aboutissants qu'il faudra travailler à cerner. Mais, avant tout, et sur cela, la conclusion est définitive, la sortie de Saïd Bouteflika se veut une démarcation publique, donc franchement assumée, voire même une dénonciation de la chaîne de télévision mise en cause. C'est en tout cas ainsi que l'a entendu le directeur de la chaîne qui, visiblement décontenancé par cette évolution inattendue de son rapport avec le frère du président Bouteflika, a tweeté ses excuses à un militant du mouvement Barakat et retiré, dans le même élan, celles qu'il avait présentées à Boudjedra dont, et c'est important de le souligner, Saïd Bouteflika réclame l'amitié. Une réaction de dépit ' Elle en a tout l'air. Cependant, ce ne peut être de même pour l'autre tweet qui présente des excuses à un membre de Barakat, un mouvement cible d'une campagne de dénigrement féroce de la part de sa chaîne de télévision en raison de sa mobilisation contre le quatrième mandat présidentiel d'affilée pour Bouteflika. L'auteur du tweet manque à peine de donner raison à Barakat, contre sa propre conviction. Mais c'est compris ainsi, du moins par les plus perspicaces des observateurs politiques pour qui, cet épisode du Sacré-C?ur pourrait être un signal fort de ce que les décantations (conflits) s'accélèrent au sommet de l'Etat. Cette distance que Saïd Bouteflika met dans son rapport avec le directeur du média, sujet à controverse, trahirait un basculement des rapports de force au sommet qui entraîne dans son sillage une recomposition des alliances. Le premier n'assume plus le second. Et lorsqu'il descend dans la rue pour le dire, il affiche comme une impuissance à faire changer les choses de là où il est. Le pouvoir lui échapperait-il ' D'aucuns seraient tentés de le croire. Mais alors, au profit de qui ' Là, c'est une autre question. C'est la question.Sofiane Aït Iflis
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