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une si légère joie Le film Un morceau de sucre de Reza MirKarimi projeté à Alger



une si légère joie Le film Un morceau de sucre de Reza MirKarimi projeté à Alger
Le film, qui est une peinture réaliste d'une société en proie à des défis et des interrogations, a été projeté à la Cinémathèque d'Alger à la faveur du cycle du film iranien.
Le fil de la joie est toujours fragile. Sans être maîtresse des lieux, la tristesse arrive souvent avec sa rudesse. Ainsi serait faite la vie. Mais, l'existence est-elle une éternelle opposition entre gaieté et mélancolie ' La famille que filme le cinéaste iranien, Reza Mirkarimi, dans Un morceau de sucre, voit en quelques heures défiler tout cela à la fois. Il y a d'abord le vieil oncle. Assis, il casse les gros morceaux de sucre pour préparer les fiançailles de sa nièce, la belle Pasandideh. Handicapée, l'épouse se contente de suivre des yeux «l'accélération» des événements, parle de temps à autre, sombre dans le sommeil. Les filles et leurs enfants débarquent dans la grande maison. C'est une grande animation.
Le jardin, comme cette civilisation persane si malmenée au fil des siècles, est presque à l'abandon. Les enfants, avec leurs jeux, leurs cris, leurs intrigues et leurs secrets lui redonnent soudainement vie. Il n'y a qu'à voir cette scène où les gamins cherchent des grenouilles dans le petit lac. Les femmes, dans la cuisine, préparent les plats et les gâteaux. La tête de la future mariée est remplie de rêves. Elle savoure son bonheur en allant cueillir des pommes rouges dans le jardin. Entre eux, les hommes de la famille discutent de tas de choses.
La spiritualité, représentée par Hadj Nacer, l'autre oncle, est là, sans être encombrante. Le cinéma de Reza Mirkarimi est marqué par cette présence de la religion. Cela est bien apparent dans ses précédentes fictions, comme Sous le clair de lune. Dans cette famille, qui prépare la fête, trois mondes vivent en croisement, parfois en parallèle : les femmes, les enfants et les hommes. Le plus turbulent, celui des petits garçons est un fil conducteur intéressant. Son agilité et son insouciance rappellent à tous que l'existence est un perpétuel mouvement de haut et de bas et dans bien d'autres sens !
Autant que les rires des femmes autour des fourneaux ou les blagues des hommes à la tombée de la nuit. Et pourtant, on oublie vite que l'on est dans un huis clos ouvert. La ville n'est perçue qu'à partir de la terrasse. Terrasse où commence l'histoire du film lorsque une femme dépose un lourd tapis persan. L'Iran, c'est aussi cela. L'Iran n'est-il pas «plus ancien que l'Histoire '», comme le dit le fameux slogan publicitaire. Le tapis n'est-il pas symbole d'un certain raffinement culturel '
La famille se moque souvent des fréquentes coupures électriques. Elle s'est même adaptée à la situation en allumant des lanternes. Le progrès ' Le cadet de la famille en parle avec les aînés, lui qui reste branché à son micro-ordinateur. «Le développement des autres nations est dans la science», leur dit-il. Et bien sûr, le drame finira par arriver. Mais, ce n'est pas cela l'essentiel. La vie prend toujours des formes évolutives. Au soleil, qui fait sécher le tapis sur la terrasse, succède toujours la pluie. Même si l'eau de là-haut n'apparaît pas dans Un morceau de sucre. Une histoire qui se déroule dans un intersaisons pouvant ressembler à l'été et à l'automne ou entre les deux, les pommes rouges n'ayant plus de mois préférés. Comme la pluie, le fiancé tant fêté de Pasandideh, n'a pas de visage, à l'image de cet autre amour qu'elle cache pour le jeune soldat, son cousin. Un cousin qui nourrit le silence, comme l'aurait fait un homme blessé, un homme lassé par les guerres, autant que par les paix incertaines.
Il y a clairement un scénario fort dans ce film contemporain. Reza Mirkarimi, qui a coécrit le scénario avec Mohammad Reza Gohari, a sciemment choisi de charger sa fiction de bavardage. Tous les personnages de la maison du vieil oncle parlent, parfois en même temps, parlent de tout, de rien, même leurs silences sont parlants. Paradoxalement, ce caractère bavard a donné de l'épaisseur au film.
Il y a un souci existentiel chez toutes ces personnes, même chez la tante qui donne l'impression d'être effacée, non concernée. La maison et le jardin sont «le monde» que Mohammad Reza, graphiste de formation, a dessiné pour évoquer l'humain avec philosophie. L'humain livré à ses tourments et ses songes. Son attachement à la liberté est exprimée, en plusieurs tranches, à travers l'évolution des enfants qui paraissent bien décidés à sauter toutes les murailles, ouvrir toutes les portes, retrouver le grand air au-delà du jardin. M. Gohari adore les enfants, les filmant parfois de la fenêtre. Il a clairement montré cette fascination dans son premier long métrage, L'enfant et le soldat. Ce cinéaste de 47 ans aime le cinéma naturel et réel. Un morceau de sucre est un long métrage qui porte la douceur du titre. Le sucre, comme dans une bonne salade de fruits, n'est qu'un appoint.
C'est une affaire de goût. N'est-ce pas ' Un morceau de sucre (Ye habbeh ghand, en persan) bien porté par les images de Hamid Khozooei Abianeh, est une fiction fraîche. Même après 110 minutes d'histoire, on en veut encore. C'est une autre confirmation de la qualité actuelle du cinéma d'Iran. Un cinéma tout aussi universel que celui produit ailleurs. Pas besoin de prix pour le prouver. Ni de tapis rouge.
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