En quelques semaines seulement, la justice s'est mise à instruire plusieurs dossiers dits de corruption, impliquant plusieurs Premiers ministres et ministres des précédents gouvernements d'Abdelaziz Bouteflika. Il y a quelques jours, le parquet général près la Cour d'Alger a communiqué la liste des anciens Premiers ministres, ministres et walis impliqués dans diverses affaires de corruption. Ces profils mis en avant ont été cités dans les enquêtes préliminaires menées par la brigade spécialisée de la Gendarmerie nationale pour des faits à caractère pénal.La liste a été ensuite transférée au procureur général près la Cour suprême, laquelle juridiction a précisé dans une note distincte que les mis en cause bénéficient de la règle du privilège de juridiction en raison de leurs fonctions au moment des faits. Hormis ces deux communiqués, la justice semble avoir opté pour une communication au compte-goutte, privilégiant la forme au détriment du fond de toutes ces affaires qui suscitent moult questionnements sur les griefs retenus contre les mis en cause. Corruption, abus de pouvoir, trafic d'influence et octroi d'indus avantages, ces mots-clés répétés en ch?ur depuis quelques semaines déjà pour justifier le défilé d'anciens responsables et de patrons devant les juges d'instruction ne sauraient assouvir cette quête de vérité sur des affaires tues pendant de longues années.
Cette accélération des poursuites au nom de la lutte contre la corruption pose aussi la question de la capacité de l'appareil judiciaire à traiter des dossiers aussi lourds en un laps de temps aussi court. D'autres dossiers tous aussi complexes que sensibles, dont celui de Sonatrach et de Khalifa, devraient être ouverts sous peu, promettant ainsi de nouvelles surprises aussi bien sur le nombre de personnes impliquées que sur la qualité des personnes impliquées. Cependant, à l'heure où le tsunami judiciaire suit son cours, entraînant sur son chemin l'ensemble des équipes gouvernementales d'Abdelaziz Bouteflika et des administrations économiques, le flou demeure entier sur certaines affaires, ainsi que sur certains profils, en l'absence d'une communication à même de dissiper le brouillard et les doutes suscités par ce mouvement qui s'apparente à une véritable opération mains propres.
Cette absence de communication a donné libre cours à l'intox, à la désinformation et à la manipulation de l'information, à l'heure où la présomption d'innocence est foulée aux pieds et des personnes sont lynchées et condamnées à même les plateaux-télé. Prise de court par des foules déchaînées à l'amorce des premières enquêtes préliminaires, dont les dossiers ont été transférés au parquet général près la Cour d'Alger, cette juridiction a pourtant promis de communiquer pour couper court aux interprétations ayant accompagné l'instruction des premiers dossiers.
Tout en appelant à éviter les préjugés et la nécessité du respect de la confidentialité de l'instruction judiciaire, le Parquet d'Alger a fait savoir, dans un communiqué, que la cellule de communication près la Cour d'Alger "veillera à communiquer les informations correctes, dans le cadre du possible et de la loi, au moment opportun". Promesse vaine. Le parquet qui disait avoir compris qu'il fallait communiquer pour rétablir la vérité sur certains faits, voire des relations de confiance avec la rue, semble perpétuer les mêmes habitudes, entretenant ainsi un flou presque parfait sur un mouvement inédit et, de surcroît, de grande ampleur.
Ali Titouche
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Titouche
Source : www.liberte-algerie.com