Alger - A la une

Une hausse, des attentes



On comprend la prudence d'Ould Kaddour devant une envolée rapide des cours du brut dans le sillage de la réunion dimanche à Alger des producteurs Opep et non-Opep. A plus de 81 dollars, hier mardi, sur les salles de marchés, le pétrole a encore gravi un nouveau seuil psychologique depuis 2014, année durant laquelle il s'est effondré, provoquant d'importantes restrictions budgétaires et une remontée des déficits dans beaucoup de pays exportateurs, y compris chez les plus gros producteurs mondiaux, dont l'Arabie Saoudite. La fermeté de l'Opep et ses partenaires non-Opep a déjà provoqué une première réaction sur les marchés qui anticipent une baisse importante de l'offre après l'entrée en vigueur des sanctions américaines contre l'Iran. L'hypothèse actuelle est que les cours vont monter à plus de 90 dollars, probablement dans la fourchette des 100 dollars à la fin de l'année ou début 2019.Pour autant, le patron de Sonatrach estime qu'un prix du baril à plus de 80 dollars et une remontée rapide des cours ne sont pas une bonne chose pour l'Algérie. Un seuil de 80 dollars le baril et des prix stables arrangeraient, selon le PDG de Sonatrach, les affaires de l'Algérie. Certes, Ould Kaddour défend la théorie de ceux qui prônent le retour à des prix encourageants et stables, sans que les marchés ne soient otages du jeu de yo-yo et des man?uvres spéculatives. Des prix qui resteront, selon cette vision des choses, en dessous des 100 dollars/baril. Une position cependant battue en brèche par les réalités d'un marché qui n'obéit généralement qu'aux grandes tendances géopolitiques, jamais selon les ‘'désirs'' des patrons des groupes pétroliers. Car cette position du N°1 de Sonatrach peut ne pas évoluer dans le bon sens, sinon refroidir les espoirs ici et là quant à un rebond significatif et durable des prix, et jusqu'à atteindre un seuil qui puisse combler les attentes du gouvernement en matière de fiscalité pétrolière.
Le mouvement actuel du marché pétrolier évolue dans le bon sens, dans une bonne direction, et il serait pour le moins déplacé de ne pas entrevoir les clignotants de notre économie passer au vert, même si pour 2018 le budget et les grandes tendances fiscales sont déjà tracés. L'avant-projet de loi de finances 2019 est dans le pipe, une réunion du Conseil des ministres est d'ailleurs consacrée aujourd'hui à ce sujet. L'embellie des cours du brut ne va pas impacter significativement le budget de fonctionnement, encore moins le déficit budgétaire prévu pour au moins les six premiers mois de 2019. Mais, une meilleure recette pétrolière à la fin de l'année, avec une moyenne de 75 dollars/baril, serait de nature à décongestionner les finances publiques et donner plus de mou et de marge de man?uvre à la démarche financière du gouvernement.
La question qui se pose également, avec un rebond des prix du brut, et dans l'hypothèse de prix stables durant au moins le premier trimestre 2019 entre 75 et 80 dollars, est de savoir si l'exécutif va revoir sa politique de recours au financement non conventionnel. Pour au moins la seconde moitié de 2019 et si d'ici là les grands indicateurs seront maîtrisés, notamment l'inflation, le déficit de la balance des paiements et, surtout, une relance de l'emploi et la croissance. Car la hausse des cours du brut, même à 100 dollars/baril, n'est pas une fin en soi, mais le début d'un atterrissage en douceur de l'économie nationale, stressée par les déficits et, surtout, sans garde-fous pour éviter l'iceberg, si le recours au financement non conventionnel est maintenu au-delà des limites raisonnables.
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