Par : ALI BENCHENEB
Professeur émérite des Universités
À l'évidence, nombreux sont les hommages qui suivent la disparition d'Abdenour Ali-Yahia, et le jour où il est mis en terre, l'on ne peut qu'espérer deux choses. Qu'il repose en paix pour avoir tant donné. À son pays autant qu'à ses enfants, d'autres aussi et j'en fais partie. Et que les hypocrites fassent silence, par le verbe ou par l'écrit, lui qui savait les débusquer sans coup férir et dont la lucidité l'a accompagné jusque dans ses derniers instants.
Je l'ai connu dans sa seconde vie après qu'il ait déjà donné d'abord instituteur, un métier dont il gardera déjà le respect de l'autre, le respect de la connaissance bien comprise, le respect aussi de celles et ceux qui aiment à transmettre le savoir. Je l'ai connu dans sa seconde vie après qu'il ait déjà donné au profit du syndicalisme, de l'engagement pour la décolonisation et de la cause nationale, autant avant qu'après l'indépendance.
Je l'ai connu sur les bancs de la Faculté de droit d'Alger où il retrouvait une seconde jeunesse ? je peux le soupçonner d'en avoir eu d'autres ? où il se distinguait par son humilité, une soif d'apprendre, encore et toujours, le Droit et les valeurs qu'il véhicule, le besoin aussi de distinguer la norme de sa possible instrumentalisation par les pouvoirs, un besoin qui le conduira à comprendre que la meilleure des politiques est celle qui prend pour socle le respect des droits humains.
Je l'ai connu sur les bancs de la Faculté, un lieu où il se distinguait des immodestes de sa génération, cachant au mieux son itinéraire et ses déjà nombreuses expériences comme pour mettre en situation ses enseignants, le plus souvent plus jeunes que lui, de professer et ses condisciples de s'épanouir. La vie réservant quelques surprises, pas toujours désagréables, je l'ai retrouvé plus d'une fois, ses études, conduites et achevées pour acquérir une autonomie que la profession d'avocat allait enfin lui offrir.
Toujours, il fait montre d'une curiosité pour l'autre autant que pour le savoir supposé de l'autre. Au point qu'il se privait de tout jugement irréfléchi, de toute appréciation hâtive, sans doute parce qu'il était de ceux pour qui le droit à la dignité devait faire sens à tous les instants d'une vie pourtant semée d'embuches qu'il savait surmonter.
Encore que croyant de la bonne école et sur ce plan aussi d'une discrétion de tous les instants, il se savait mortel parmi les mortels, sans jamais en arriver à penser, malgré les atteintes aux droits les plus élémentaires inscrits dans les textes constitutionnels, les blessures infligées aux libertés, que la culture du Droit est une forme d'athéisme.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : ALI BENCHENEB
Source : www.liberte-algerie.com