
«La télévision deviendra majeure lorsque l'on établira les programmes en fonction des idées et non des moyens.» André BrincourtComme je l'ai déjà dit à plusieurs reprises, l'entreprise où j'ai passé toute ma vie active n'est pas comme les autres: elle est la vitrine, la langue, le coeur, le raccourci du pays tout entier. Et elle a été gérée comme ont été gérées toutes les autres entreprises du pays: par tâtonnements, au petit bonheur la chance, avec des hauts et des bas et des injustices criantes. Si vous n'avez pas eu la chance de connaître l'Algérie dans son immense diversité géographique, sa richesse de types humains et d'accents, ses contrastes et ses contradictions, il vous aura suffi de postuler à un emploi à la RTA au lendemain de l'Indépendance et vous auriez vécu (bien ou mal, peu ou prou) un condensé de l'histoire moderne de notre pays. Alors que beaucoup d'entreprises publiques sont qualifiées de poumon, de coeur, de mémoire de l'Algérie, la RTA est tout cela: le cerveau qui reçoit des informations, les filtre et les retransmet, le coeur qui bat au rythme des heurs et des malheurs qui ont secoué le pays. C'est aussi le point de chute des chouchous des régimes comme le tremplin de carrières aussi fulgurantes qu'éblouissantes. Vous aurez connu des hommes généreux, ardents patriotes tout comme de simples citoyens venus simplement gagner leur vie en apportant à l'édifice leur humble pierre.
Les commémorations se suivent et se ressemblent: seuls changent de temps en temps les cadres qui connaissent les valses de toutes les administrations soumises au climat politique. Il manque aussi beaucoup de travailleurs qui sont restés attachés au 21 boulevard des Martyrs: certains ont quitté cette vallée de larmes pour un monde meilleur et leur absence est souvent commentée avec nostalgie. Le pouvoir algérien a récupéré le porte-voix du boulevard des Martyrs pour le confier à Saout El Arab, autrement dit le regretté Aïssa Messaoudi qui a su porter haut la voix de l'Algérie combattante. Il faut préciser, et là c'est utile de le préciser pour la petite histoire, alors que les vétérans se chamaillaient sur le nom de celui ou de ceux qui ont hissé le drapeau national sur l'imposant immeuble qui dominait Alger, que cette idée de cérémonie commémoratrice est née en 1976, lors d'un conflit syndical qui opposait direction et représentants des travailleurs neuf mois durant (le temps d'une gestation!). Il faut rappeler que jusqu'en 1975, la RTA bénéficiait de l'attention du régime et des instances syndicales qui sont allées en 1971 jusqu'à imposer un SG. Ce fut une rupture entre les travailleurs et la section fantoche. La section syndicale qui la remplaça après une âpre bataille politique eut toutes les peines du monde à faire appliquer les textes législatifs progressistes préparés par l'équipe de Mohamed Saïd Mazouzi. Une plaque commémorative fut apposée à l'entrée de l'immeuble pour rappeler le sacrifice des anciens employés de la RTF: Ali Djenaoui et ses camarades qui prirent le maquis pour finir victimes de la bleuite, celui qui disparut mystérieusement dans la tourmente de l'été de la discorde, ceux qui sont morts en accompagnant Boumediene au Vietnam, les victimes de la tragédie nationale...Il faut se rappeler aussi ceux qui sont morts à la tâche: les directeurs photo qui ont laissé des images inoubliables comme Youcef Sahraoui, Noureddine Adel, Mahmoud Lakehal ou Tahar Hannache. Des réalisateurs de talent comme M.Gribi et M.Badie. Des journalistes morts dans l'indifférence générale comme le talentueux Mohamed Kechroud. Des fortes personnalités hors du commun comme Hachemi Souami, Georges Arnaud, Kateb Yacine, M'hamed Issiakhem, Assia Djebbar et Abdelhamid Benhedouga ont traversé comme des météores le 21 bd des Martyrs. En conclusion, la RTA a pendant des années représenté le parti unique comme tous les autres médias, elle essaie à présent, avec beaucoup de difficultés, en se restructurant à recouvrer une partie de l'identité nationale qui avait été mise sous le boisseau.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Selim M'SILI
Source : www.lexpressiondz.com