
Des chiffres ahurissants : en 2016, près de 20.300 Algériens postulant pour des études en France ont passé l'incontournable test de maîtrise de la langue de Molière (TCF). En 2017, ils seront 50% de plus, soit près de 30.000 jeunes Algériens qui tenteront d'aller s'installer en France ou dans les pays francophones. Soit pour poursuivre leurs études et y rester. Soit pour avoir simplement un visa et, dans le même cas que la première catégorie, aller s'installer ailleurs. Partir.La marée humaine qui avait fait le siège dimanche devant les portes de l'Institut français d'Alger pour prendre un rendez-vous pour le test de maîtrise de la langue française (TCF) a montré pour la première fois, et au grand jour, que les étudiants algériens dans leur grande majorité ont organisé depuis des années leur exil dans l'anonymat général. Faire des études à l'étranger, bien sûr, mais principalement pour avoir les meilleures chances de s'installer à l'étranger, plutôt que de mourir dans un canot pneumatique en pleine mer. Et, jusqu'à ce dimanche, personne en dehors des services de l'ambassade de France n'avait ce chiffre hallucinant des jeunes Algériens qui veulent partir chaque année faire des études à l'étranger pour ne plus revenir.
Car si on ne prend que le quart du chiffre avancé par l'Institut français d'Alger pour 2016, soit 5.000 sur les 20.300 ayant subi le TCF, et qui ont pu satisfaire aux conditions d'inscription du programme Campus France, il ne s'agit ni plus ni moins que d'un extraordinaire exode organisé des jeunes Algériens. C'est inquiétant en même temps, car si les destinations sont nombreuses, entre la France, le Canada, la Belgique, les Etats-Unis (eh oui !), les Américains ont également leur propre programme pour les étudiants étrangers, y compris algériens, ou la Grande-Bretagne, la volonté est unique: partir, quitter le pays pour des horizons et un avenir meilleurs.
Ce qui s'est passé donc ce dimanche à la rue Capitaine Hassani doit interpeller plus que jamais tous ceux qui ont une quelconque haute responsabilité pour trouver, et vite, des solutions pour éviter que la jeunesse algérienne n'aille pas nourrir les poissons en Méditerranée ou grossir les chiffres d'affaires des grands groupes industriels via les programmes d'études dans les plus prestigieuses universités occidentales. Il ne s'agit pas en fait de faire barrage à cet exode déguisé, de l'ombre, mais de le canaliser et donner à chaque Algérien, chaque étudiant algérien, qui le souhaite les meilleures chances d'aller étudier dans la dignité là où il le désire. Sans qu'il n'ait l'air d'un évadé d'une prison institutionnalisée, à ciel ouvert. Ou, pire, comme un «sans-le-sou», obligé de marauder à la lisière des campus parisiens ou ailleurs pour se construire un avenir.
Et, dès lors, il s'agit surtout de dénoncer les gargarismes démagogiques de nos élites politiques et autres responsables au plus haut niveau, qu'ils sont en train de détruire tous les espoirs de la jeunesse de ce pays. Et jusqu'au RND, pour ne pas le nommer, qui croit bon d'intervenir, après le précédent du 29 octobre de la rue Capitaine Hassani, pour dire à tous ceux qui ne le croient pas que «ce n'est pas de la harga, ce sont des jeunes qui sont à la recherche de la science», que ce sont des jeunes qui «veulent poursuivre leurs études et ne cherchent pas à obtenir des visas». Au fait, quelqu'un a-t-il entendu, compris ce cri de détresse de la jeunesse algérienne ' Ici, apparemment non. Ailleurs, où on organise le départ depuis de nombreuses années d'une partie de la «crème» des Algériens, oui.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mahdi Boukhalfa
Source : www.lequotidien-oran.com