Les agents communaux sont fiers. Leur mouvement de grève a été un franc succès. Huit jours de débrayage, huit jours de paralysie totale de l'administration au niveau de 42 APC de la capitale. Ils estiment avoir réussi leur démonstration de force, mais ont aussi montré leur sens élevé de responsabilité.
Ayant massivement suivi le mot d'ordre de grève lancé par leur coordination affiliée à l'Union générale des travailleurs algériens (UGTA), les agents communaux ont vivement exprimé leur ras-le-bol et leur colère quant à leur situation socioprofessionnelle jugée intenable. Ils espèrent avoir suffisamment attiré l'attention des pouvoirs publics, par cette grève de huit jours qui a pris fin hier, sur «cette précarité ambiante qui s'érige en système d'emploi». «Nous avons sonné le tocsin et tenté de sensibiliser le ministère de tutelle quant aux nombreux et multiples problèmes dans lesquels se débattent des dizaines de milliers d'agents communaux de la capitale. Nous ne sommes pas la dernière roue de la charrue. Nous sommes ceux qui tirent cette charrue. Sans nous, rien ne peut fonctionner. Nous travaillons et nous méritons un peu de considération. Et notre situation telle qu'elle est maintenant est loin d'être réjouissante. Elle n'est aucunement un motif de fierté. Nous sommes sous-payés et surexploités», tonne un agent communal rencontré à l'APC de Bouzaréah. Comme lui, de nombreux employés des APC d'Alger en ont assez de leur situation précaire sans la moindre perspective d'avenir.
Un salaire de 13 000 DA par mois
Leur souhait est que les pouvoirs publics prennent en charge leurs problèmes et améliorent leurs conditions de travail et leur situation socioprofessionnelle. «Je travaille depuis sept ans comme contractuel et mon salaire ne dépasse pas 13 000 DA, alors que je m'acquitte quotidiennement de la même tâche de travail, voire supérieure, que celles des agents confirmés dans le même poste et avec un salaire qui est presque la moitié des leurs. N'est-ce pas là une injustice qui mérite d'être corrigée '», tonne un éboueur de la même commune qui se plaint de son statut précaire qui ne lui permet pas de «faire des projets» dans sa vie. Certaines employées exhibent leurs fiches de paie et lancent à la cantonade : «Nous ne valons même pas le SMIG.» Ces travailleuses perçoivent effectivement des mensualités inférieures au Salaire national minimum garanti (SNMG) fixé, depuis janvier 2012, à 18 000 DA. Comme elles, il y en a des dizaines de milliers. Des jeunes contractuels perçoivent parfois moins de 10 000 DA.
Bien qu'ils n'exercent pas à plein temps, ils restent sous-payés, car avec une inflation galopante, un salaire pareil ne couvre même pas les besoins les plus élémentaires du salarié lui-même. C'est pour cette raison que les agents communaux exigent une mensualité moyenne de 40 000 DA. «Nous ne demandons pas la lune. Tous les fonctionnaires de l'Etat ont eu des augmentations conséquentes, pourquoi pas nous ' Nous sommes aussi des fonctionnaires et nous travaillons beaucoup, car, comme vous le savez, les services administratifs, dont l'état civil des APC, sont très sollicités. Nous sommes confrontés quotidiennement à des centaines de citoyens qui viennent pour des documents administratifs. Notre travail est ainsi indispensable pour le pays. Nous sommes le c'ur palpitant de l'administration au sens large du terme. Nous ne pouvons pas accepter que nous soyons constamment marginalisés. Y en a marre ! Nous nous sommes laissés faire trop longtemps au point que notre voix est devenue inaudible», lâche un autre fonctionnaire gréviste rencontré à l'APC d'El Biar.
Abus
Les travailleurs communaux s'élèvent également contre le recours abusif aux contractuels qui se trouvent souvent exploités sans avoir aucune possibilité d'être confirmés dans leurs postes de travail. Si au niveau de l'administration il y a ouverture de postes budgétaires et confirmation par voie de concours, dans le reste des activités (chauffeurs, agents de sécurité, femmes de ménage et agents d'entretien), on recrute que des contractuels depuis plus de six ans. Pour eux, maintenir un employé pendant six ans sans le confirmer est illégal du point de vue du code du travail. Une disposition contenue dans ce code stipule que tout travailleur contractuel devient de fait permanent après la signature de son deuxième contrat de travail d'une année.
Mais cette disposition n'est nullement appliquée. Les contractuels perçoivent presque la moitié du salaire d'un permanent. Et ils vivent cela comme une profonde injustice. Ils disent ne pas comprendre cette différence «énorme» en termes de rémunération, alors que le volume de travail de chacun est le même parfois celui du contractuel est plus important. «Nous ne sommes pas contre les permanents. Mais cette différence salariale est injustifiée», fulmine un travailleur contractuel qui cite le cas d'un éboueur permanent qui perçoit entre 27 000 et 30 000 DA par mois et un contractuel qui ne touche que 13 000 DA.
«Comment voulez-vous que ce contractuel soit motivé '», se demande notre interlocuteur. Les contractuels représentent plus de la moitié de l'effectif des APC d'Alger. C'est dire à quel point l'emploi dans l'administration est devenu précaire. Les protestataires considèrent ce mouvement de grève comme un premier avertissement lancé à l'adresse de la tutelle. Ils disent être déterminés à poursuivre leur combat jusqu'au bout. D'autres actions de protestation ne sont pas à exclure dans les prochains mois, à moins que les pouvoirs publics réagissent et résolvent les problèmes soulevés par cette catégorie d'employés de l'administration publique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mokrane Ait Ouarabi
Source : www.elwatan.com