
L e 12 mars 1956, l'opinion publique française n'en croyait pas ses yeux et ses oreilles.Le gouvernement du Front républicain (socialistes SFIO et radicaux), clairement élu en janvier sur un programme pacifique en Algérie, fait voter par les parlementaires les pouvoirs spéciaux, lui permettant de prendre «toute mesure exceptionnelle en vue du rétablissement de l'ordre». Une large majorité, dont les communistes, entérine ce tournant de la lutte contre la volonté du peuple algérien de retrouver par une guerre de Libération nationale son indépendance confisquée 126 plus tôt en 1830.Tous les bancs de l'assemblée donnèrent leur accord : 455 voix pour 76 contre. Etonnement, le 28 février, L'Humanité titrait déjà : «Guy Mollet aux Algériens : guerre à outrance si vous ne déposez pas les armes». On était loin de la paix des braves qui sera souhaitée par le général de Gaulle quelques années plus tard, mais ça y ressemblait. Jacques Duclos, au nom du groupe communiste des députés, justifia le vote à venir de son parti : «Les pouvoirs spéciaux sont demandés, nous dit-on, pour aboutir rapidement à la paix et pour contraindre, si besoin est, les grands possédants d'Algérie à renoncer à leurs privilèges.»Plus qu'un déni de la réalité, cette décision va enfoncer la France dans une guerre meurtrière pour encore six longues années. Hasard de l'histoire, le cessez-le-feu sera aussi prononcé en mars, le 19 mars 1962.Pourquoi le président du Conseil, Guy Mollet, a-t-il pris cette décision d'intensifier la guerre coloniale, alors qu'en mars 1956 entrait en application l'indépendance de la Tunisie et du Maroc et que l'intensification du combat algérien marqué le 20 août 1955 par l'offensive de l'ALN dans le Nord constantinois aurait plutôt poussé à réfléchir à l'utilité de la guerre 'La petite histoire dit qu'en février 56, le chef de gouvernement avait entamé une visite en Algérie où la violence des colons ultras l'avait heurté. Reçu par des jets de tomates, cela l'avait ébranlé. Le gouverneur général Catroux démissionne suite à cet accueil musclé des Algérois coloniaux relayé par des journaux comme L'Echo d'Alger.Cette détermination ultra pousse cependant Guy Mollet à faire corps avec leur intransigeance, d'autant qu'au Parlement français il sait ne pas disposer de majorité pour arrêter la guerre et négocier comme cela avait été réussi quelques mois auparavant en Tunisie et au Maroc par Pierre Mendès France, au lendemain de la débâcle indochinoise de mai 1954.L'APPLICATION à OUTRANCE DE MOYENS EXTRAJUDICIAIRES, DONT LA TORTUREUn mois plus tard, le Conseil des ministres ordonne le rappel sous les drapeaux des appelés libérés depuis 18 mois. Cela entraînera beaucoup de manifestations d'insoumission, notamment par l'arrêt de trains militaires et une augmentation militante du soutien aux Algériens. Les pouvoirs spéciaux entraînèrent malgré tout l'application à outrance de tous les moyens extrajudiciaires, dont la torture et la peine de mort après un décret relatif à l'application de la justice militaire en Algérie, signé dès le 17 mars 1962 par le nouveau gouverneur et ministre de l'Algérie Robert Lacoste, Guy Mollet et le ministre de la Justice, François Mitterrand.Enfin, l'histoire n'a pas assez souligné le fait que dès le 9 mars, à l'appel du MNA de Messali Hadj, une manifestation d'Algériens se déploya à Paris contre le vote qui s'annonçait de la loi sur les pouvoirs spéciaux, alors en discussion à l'Assemblée nationale.«Quelques mois avant cette manifestation du 9 mars 1956, les travailleurs immigrés s'étaient rassemblés le 30 juillet 1955 dans le quartier de la Goutte d'Or pour protester contre l'état d'urgence en Algérie.D'autres rassemblements ont lieu également le 9 octobre 1955 à Paris et dans plusieurs grandes villes en province abritant une importante communauté immigrée algérienne», note l'Institut national de l'audiovisuel, qui montre quelques plans brefs de cette manifestation diffusée à l'époque au journal télévisé. Le parti messaliste est alors encore majoritaire dans les rangs algériens. La manif sera réprimée par la police et désapprouvée par l'opinion. Dans les mois suivants, le FLN va combattre le MNA afin de s'installer durablement dans le paysage et mener la lutte victorieuse.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com