
François Hollande a prévu la commémoration du débarquement de Provence dans les moindres détails. Même la prestigieuse mémoire de Versailles pour passer une partie de ses vacances. Au dernier jour, il met son costume de travail, fait un tour rapide dans son bureau de l'Elysée avant de s'envoler pour le Midi, pour aller vérifier sur le champ comment Toulon va être cette merveilleuse cible maritime, rayonnante sur l'Europe en crises multiples. Il a prévu surtout que cette fête ne sorte pas du cadre patriotique franco-français, parce qu'il ne faut pas que les amis économiquement puissants de l'Union européenne pensent que ce 70e anniversaire est un strapontin sur le plan de la gloire par rapport au gigantesque déploiement militaire anglo-américain, assiégeant les forces nazies par l'Ouest.Les dits et les non-dits du débarquementDans son message commémoratif officiel il occulte le terme des principaux alliés, les Américains et les Britanniques, disant : «La France s'est libérée par elle-même, avec le soutien des alliés, mais avec la participation de ses soldats.» Il grimpe sur les hauteurs du port «mythique» du Var pour évoquer le passé triomphant des troupes françaises engagées il y a soixante-dix ans dans le débarquement de Provence. Opération considérée comme une erreur à ne pas commettre par Winston Churchill, qui avait estimé alors que le mieux à faire était de suivre le mouvement des forces alliées en présence en Italie et percer par les Balkans afin de prendre les forces allemandes dans l'étau et empêcher en même temps que les Soviétiques n'arrivent les premiers à Berlin. François Hollande, avec ses conseillers, vont faire en sorte qu'il ne ressorte pas dans le langage la menace du général de Gaulle de retirer les troupes françaises du front italien par la cause du différent entre lui et Winston Churchill sur la démarche à prendre - dans le cas où le commandement des forces expéditionnaires accepte la proposition du Premier ministre britannique. Cet impair de l'histoire est balayé d'un revers de la main dans cette formidable trouvaille digne du génie de Jacques Séguéla de commémorer l'anniversaire sur le pont du porte-avion portant le nom de l'auteur de l'appel du 18 Juin ? de l'histoire du cheminement de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les experts ont conclu rationnellement que la proposition de Churchill, aurait économisé beaucoup en sang, en matériels et en temps, les alliés de l'Ouest seraient arrivés à Berlin une bonne semaine avant les Soviétiques. Que la répartition des leaderships dans le monde serait autre, qu'il n'y aurait certainement pas la bipolarisation de la planète entre les deux blocs, donc pas de mur de Berlin, ni certainement pas de guerre froide. Donc voici les socialistes de François Hollande, plus gaullistes que tous les gaullistes de France réunis.Sellal ne sort pas les mains vides du porte-avionMais pas seulement. Il s'agit pour François Hollande, pour ce coup de réclame splendide sur cette France dont les populations se mettent à se poser de sérieuses questions du devenir depuis son avènement à la magistrature suprême, de faire oublier tous les ports médiocres de l'Hexagone devant les grands quais del'Europe et de l'Occident. Leur substituer celui de Toulon en tant que mythe fondateur. Et ses légendes expéditionnaires. Laisser revenir dans l'esprit des contemporains les grandes conquêtes de la France depuis ce port. Au 18e siècle (1768/69) la conquête de la Corse, dix années plus tard, des escadrilles larguent pour participer à la guerre d'indépendance aux Etats-Unis, l'expédition d'Irlande en 1796, celle d'Egypte en 1798, de Saint-Domingue en 1802, suivies d'une autre en Espagne pour porter secours au roi Ferdinand VII renversé, ensuite en Morée(Grèce) en 1828, 1831 au Portugal, en 1832 en Italie, et cetera, en Crimée, Sébastopol, en Chine sur le Canton, puis le Cochinchine, le Liban, le Mexique, le Congo, Madagascar... jusqu'à la fin du 19e siècle, où le port est déclassé par Marseille ? aujourd'hui ne faisant pas le poids devant le plus moyen des ports hollandais ou allemands. Quand bien même la plus grande et terrible expédition est celle qui a débuté le 25 mai jusqu'au 5 juillet 1830.Donc sur le Charles de Gaulle, François Hollande suggère aux invités la grandeur de la France, qui ne parvient pas aujourd'hui à tenir debout sous la charge de la dette, la baisse de l'essor et la très forte demande d'emplois ? dans les rangs même du parti socialiste, des voix s'élèvent contre les dépenses pour cet évènement, que beaucoup considèrent que François Hollande utilise comme prétexte pour rehausser son prestige, et par la même écrire son nom sur une plaque commémorative, à la suite du général de Gaulle pour le 20e anniversaire, le 15 août 1964, et de François Mitterrand en 1984, pour le 50e. Et il compte aussi sur cet «évènement» sur un navire de guerre portant le nom de l'ennemi numéro un des Etats-Unis pour faire autant que faire se peut un contrebalancement au Sommet de Washington regroupant les chefs d'Etat africains avec le Président yankee et «récupérer», pour ainsi dire, au moins les pays anciennement colonisés, dont les ressortissants ont pris les armes pour l'intérêt de la grande France, pendant que François Hollande prie tout ses convives de croire que son pays restera la 5e puissance économique du monde.L'Algérie a emmené ses vétérans invités d'honneur, conduits par Abdelmalek Sellal, représentant le président de la République à la cérémonie, en marge de laquelle, dans le porte-avions, il décide avec son homologue français de la tenue d'une Haute commission mixte de coopération bilatérale, programmée officiellement pour le 4 décembre prochain à Paris. Des esprits pratiques en Algérie ont commenté cette manifestation festive en mettant le doigt sur la date du 4 décembre en disant qu'elle nous a été profitable par rapport à celle de la commémoration de la Première Guerre mondiale.N. B.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadir Bacha
Source : www.latribune-online.com