Conscient du retard, mais surtout des enjeux, Alger tente aujourd'hui de reprendre la main à travers un raffermissement de son action diplomatique à la faveur de l'élection du nouveau Président.C'est sans aucun doute l'un des plus grands ratés de l'ère Bouteflika : celui qu'on a prétendument "ramené" en 1999 pour redorer le blason du pays, mis en quarantaine par la communauté internationale durant la décennie de la guerre civile, a réussi à scléroser l'appareil diplomatique à telle enseigne que l'Algérie, jadis influente, est devenue inaudible sur la scène diplomatique.
Réduite à un simple appareil bureaucratique, la diplomatie algérienne, en dehors des rappels par intermittence de positions de principe, s'est révélée inefficace et presque absente, notamment ces dix dernières années, de l'aire géopolitique où elle était pourtant appelée à jouer les premiers rôles.
Signe de la panne : depuis son accession à la magistrature suprême, il ne s'est rendu qu'une seule fois au Maroc pour les obsèques du défunt roi Hassan II, deux fois en Tunisie, en Libye seulement lors des réunions de l'UA, mais aucune visite en Mauritanie, ni au Mali, ni au Niger et encore moins au Tchad. Une sphère dans laquelle se livrent aujourd'hui de nombreuses puissances, à l'image de la France, des Etats-Unis, de la Chine, de la Turquie, de l'Allemagne et du Maroc, une guerre féroce d'influence.
Autre signe de l'échec : alors que se joue à nos frontières une "partition" impliquant des puissances étrangères, Alger a été jusque-là presque exclue du jeu en raison notamment de l'impotence du président déchu. C'est sans doute consciente du retard, mais surtout des enjeux, qu'Alger tente aujourd'hui de reprendre la main à travers un raffermissement de son action diplomatique à la faveur de l'"élection" du nouveau président, Abdelmadjid Tebboune.
Signe d'un retour en grâce : les invitations adressées officiellement aux présidents tunisien et turc, Kaïs Saied et Recep Tayyip Erdogan, pour se rendre en Algérie. Après avoir été exclue, l'Algérie a été officiellement invitée par la chancelière allemande, Angela Merkel, à la conférence sur la Libye qui aura lieu prochainement à Berlin.
"La chancelière allemande a également adressé une invitation au président de la République, M. Tebboune, pour effectuer une visite officielle en Allemagne ? laquelle a été acceptée ?, la date de cette visite devant être arrêtée ultérieurement d'un commun accord", avait indiqué lundi un communiqué de la présidence de la République. À cela s'ajoute le ballet diplomatique de nombreux responsables étrangers ces derniers jours.
Si à l'évidence, Alger, de par sa position géostratégique et ses liens historiques avec la Libye, demeure, aux yeux de certaines capitales, un passage obligé pour le règlement de la question libyenne, il reste que ce redéploiement ? au-delà de l'impérative nécessité d'une implication dans la quête d'une solution à un problème dont les conséquences pourraient être désastreuses pour la sécurité du pays ? pourrait charrier quelques considérations politiques.
Plombé par un déficit en légitimité, Abdelmadjid Tebboune serait ainsi tenté d'user de la carte diplomatique pour, d'une part, renforcer son pouvoir et, d'autre part, avoir une meilleure visibilité à l'international, ce qui fera de lui un interlocuteur fiable après la longue absence du président déchu. Un handicap, cependant : de l'avis de tous, l'efficacité et l'influence diplomatiques sont tributaires de la "santé" politique et économique en interne. Et sur ce registre, le chantier est encore ouvert?
K. K.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim KEBIR
Source : www.liberte-algerie.com