Qui ne l'a pas croisé au village, les bras chargés, tantôt de racines mortes, tantôt de troncs de bois pour les besoins de son art ' Salah Meghzi est un sculpteur autodidacte du village Ighil Boussouel. C'est par un pur hasard, que l'idée de sculpter lui est venue, il y a plus d'une quinzaine d'années : tout en se promenant sur la plage de Tigzirt, il lui arrivait de ramasser des petits bouts de bois rejetés par la mer auxquels il donnait vie par des formes harmonieuses dont il a le secret.
Ainsi, non seulement il évacuait le stress qui l'habitait, voilà qu'il se découvrait une vocation inattendue et toute tracée' Ce passionné de littérature d'aventures, des quêtes de liberté, genre Papillon, se félicite de voir une racine morte devenir une belle attraction pour les yeux qui savent voir. « Un auteur, a si bien résumé mon état d'esprit en disant : J'étais un simple roseau des marécages, aujourd'hui, je suis flûte, et on me porte à la bouche ». Bien que ses outils soient si rudimentaires (deux ou trois ciseaux, une hache), notre sculpteur a la patience qu'il faut, le temps qu'il faut pour finaliser une 'uvre. Parfois, une sculpture sommeille dans un coin, puis la voici reprise, au gré de son état d'âme ou parce qu'une retouche s'impose.« Je tiens par mon travail à perpétuer l'histoire de nos ancêtres, participer à l'essor de notre culture, je ressuscite également, en objets miniaturisés les outils avec lesquels travaillaient nos parents avant l'avènement de la machine, je réalise des portraits, en fait, tout ce qui touche au monde de la montagne est digne d'intérêt pour moi », nous précise-t-il. Cet autodidacte a participé depuis 1992 à pas moins de 22 manifestations culturelles, tant nationales, régionales ou locales. Au sommet africain qui s'est tenu à Sidi Fredj, l'été 1999, il a eu l'honneur de représenter la wilaya (T O) grâce à une invitation de la DJS.« Pour l'anecdote, se rappelle-t-il, parmi la noria d'invités africains qui passaient à travers les différents stands, le Président malien, en passant devant mes 'uvres, s'est subitement arrêté pour les contempler. Il s'est dit qu'elles venaient du fin fond de l'Afrique noire !! Puis il s'est ravisé en me voyant. Il n'a pas cru que ça venait de la Kabylie ». Cet infatigable artiste n'a pratiquement raté aucun anniversaire du Printemps berbère. Aussi bien à Béjaïa, à Boumerdès, à Alger, l'accueil a toujours été des plus chaleureux. L'artiste tient toutefois à préciser que « tous les frais de ces déplacements ont été à ma charge. L'artiste est méprisé par les gens qui sont censés promouvoir l'art !La direction de la culture de T O invite des gens qui n'ont rien à voir avec la culture pour représenter notre wilaya dans les différents concours nationaux, tout en sacrifiant les gens de l'art. C'est regrettable ! C'est la raison pour laquelle je suis affilié à l'ONDA (Office national des droits d'auteurs) qui m'invite, de temps en temps. Un pincement au c'ur lui vient à chaque fois qu'on l'invite à donner son point de vue sur les maisons de jeunes. Celles-ci sont désertées par les jeunes justement, parce qu'elles sont froides toute l'année estime-t-il. Aucun art n'y est enseigné. La journée du 20 avril est un trompe-l''il, déplore-t-il encore une fois.« C'est insignifiant ». « Si l'on ne préserve pas notre culture, ce sera notre fin. Les cultures minoritaires se battent contre cet ordre. Voyez les Esquimaux : de simples miniatures de caribou, d'ours ou autres baleines gravées sur l'ivoire des morses sont une pure merveille pour nos yeux. Il en est de même pour nos objets. Nos enfants doivent en être fiers !!! »
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Smaïl Ouguerroudj
Source : www.elwatan.com