
Ce roman est historique tant il relate sans trop de détails des évènements qui ont marqué notre pays à des périodes différentes.Cela commence en 1830 pour se terminer dans les temps contemporains. C'est Bel Abbès qui apparaît en premier lieu. Sidi Bel-Abbès maison mère de la légion où en 1843 s'installe le 3ème bataillon du 1er régiment étranger. Puis le 11 août 1961 tombe le dernier légionnaire en Algérie. Puis à une autre époque c'est le frère d'Isabelle Eberhard, emportée par les eaux d'un orage violent et inattendu vers 1900 ou 1903. Toutes les caractéristiques du nouveau roman Pas de linéarité pour les faits et évènements, c'est-à- dire pas de chronologie. Isabelle Eberhard est connue en Algérie comme étrangère qui a vécu parmi les Algériens de la fin du 19ème et début du 20ème, elle est morte noyée en traversant un oued recréé à Aïn Sefra, elle est de mère soviétique et de père suisse. Leïla Sebbar, selon toute vraisemblance lui a inventé un frère. Elle n'a pas dit un mot sur l'aventure d'Isabelle qui aurait dû être retracée pour agrémenter le roman. L'auteur fait des allers et retours d'un événement ancien à un autre des années de l'indépendance. C'est un voyage dans le temps ou plutôt dans l'histoire de l'Algérie. Dans une page, on parle des soldats sans tenue réglementaire mais armés, le pays est en guerre. Quelle guerre ' Il faut deviner. Plus loin, c'est des femmes arabes, assises sur des bancs. Les filles nées dans l'exil de leur corps, déplacées malgré elles, elles ont perdu le sol et l'enceinte qui protège. Au détour d'une page, on casse les vitres d'un souk el fellah et on assiste à une mise à sac. C'est donc un événement récent, une révolte locale. Puis des livres d'une bibliothèque sont jetés sur le sol, et dans le tas quelqu'un prend « Le fils du pauvre ». Et plus loin, on apprend la venue dans un hôtel d'Isabelle Adjani, émigrée devenue actrice de film. Les personnages sont parfois hors du commun, comme celui-ci qui a combattu chez les Bosniaques il en porte la tenue avec le calot de l'armée bosniaque. Ainsi le veut ce roman qui voit passer des personnages cosmopolites comme dans la réalité. Là, c'est une Française qui est partout sous la protection de quelqu'un : pour que tu te sauves, pour que tu coures jusqu'au bateau à quai, tu es à Marseille, tu seras à Alger et bientôt dans notre village près de Tlemcen ». Des personnages qui se connaissent et qui se croisent, partout et nulle part. celui qui parle par un « je » dominant à côté du pronom « il » ou « elle », s'adresse à « Safia » en un discours élogieux : « je t'ai chantée, je t'ai guettée si souvent. Je ne t'ai pas oubliée. Je t'ai chantée dans les maisons de riches, les cabarets fameux, les cafés des pauvres et les cafés des princiers et cela jusqu'à la phrase simple : Safia, je ne quitterai pas » Il semble qu'il s'agit d'une personne importante, mais on ne connait rien sur les liens qui la lient à d'autres. Une ?uvre hors des sentiers battus Est-ce un roman ou une chronique, ce livre est inclassable bien qu'il ait été bien écrit car ce n'est pas première fois que nous lisons Leïla Sebbar. C'est une écrivaine pleine de talents. Là, elle nous brouille les pistes, cela se voit par les informations que nous lisons par exemple : « Les vieilles femmes disent qu'elles vont envoûter les soldats, les paralyser, ils ne pourront plus emporter les pierres, ni les collines ni déraciner les oliviers. Elles commencent à fouiller les plis de leurs corsages où elles cachent le plus précieux, l'argent, les titres de propriété et les poudres souveraines. Le vieil homme pointe sa canne vers le cratère ». Le livre de Leïla Sebbar est intéressant à plus d'un titre. On le lit d'un trait, chaque détail, événement, fait majeur n'a que de lointains rapports avec ce qui suit ou ce qui précède. Chaque histoire qu'elle raconte est indépendante du reste. On le lit avec beaucoup de plaisir parce qu'il nous replonge dans l'histoire, le vécu en Algérie et de l'autre côté de la Méditerranée. C'est le genre de roman qui plait aux jeunes du 21ème siècle qui n'aiment pas les romans traditionnels. On n'a pas besoin de retenir ce qui a été dans la ou les pages précédentes pour comprendre la suite. Le roman, le vrai, celui de Mohamed Dib, de Mammeri, de Tahar Djaout, de Benhadouga qui sont construits selon une chronologie qui n'admet aucun anachronisme. Les mêmes personnages portent leur nom du début à la fin, ils ont chacun un itinéraire, un caractère, des liens professionnels ou de parenté ou autres avec les autres. On les suit pas à pas comme dans le vie, on s'imprègne de leurs échecs, insuffisances, succès, sautes d'humeur, luttes d'intérêts. Il faut le lire avec beaucoup de concentration pour comprendre leurs relations, leurs séparations, querelles de langage. C'est instructif et d'actualité même s'ils rapportent des tranches de vie qui nous mettent en garde contre toute contrariété, toute surprise qui pourrait compromettre un projet, une vie, une démarche. Chaque personnage à une histoire, mais une longue histoire capable d'inspirer. Le Ravin de la femme sauvage existe dans la réalité. Il existe aussi dans le livre, c'est un ravin où habite une femme hors du commun, une femme mystérieuse, échevelée. Leïla Sebba, le ravin de la femme sauvage, Ed Tierry Magnier, 88 pages, 2008.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boumediene Abed
Source : www.lnr-dz.com