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Un petit pas qui compte beaucoup



Un petit pas qui compte beaucoup
La concertation d'hier à Doha relève d'une stratégie obligée que la Russie enclenche afin de ré-oxygéner son économie, à un moment où les tensions géostratégiques ont atteint un seuil des plus inquiétants.Après la décision prise à Doha par quatre pays pétroliers - Arabie saoudite, Russie, Qatar et Venezuela- de maintenir leur production au niveau de celle de janvier dernier, l'Iran a réagi aussitôt par la voix de son ministre du Pétrole Bijan Zanganeh qui a affirmé qu'il n'est pas question de réduire sa production à peine entamée mais qu'il «est prêt à la discussion avec les autres pays producteurs».Il a, par la même occasion, indiqué qu'une réunion aura lieu aujourd'hui même à Téhéran avec ses homologues irakien et vénézuélien, afin d'examiner «les résultats définitifs» de la rencontre de Riyadh dans un cadre ouvert à «la discussion et à l'examen de cette question» devenue pendante.L'Iran et l'Irak sont tous deux membres de l'Opep, comme le Venezuela, et Téhéran est en train de revenir sur le marché pétrolier, depuis la levée des sanctions économiques, le mois dernier.L'annonce d'un accord sur les niveaux de production à l'issue d'une réunion ministérielle entre l'Arabie saoudite, la Russie, le Qatar et le Venezuela devait immanquablement provoquer des réactions à travers l'ensemble des pays producteurs, qu'ils appartiennent à l'Opep ou non. Si l'objectif apparent est bien de multiplier les contacts «intensifs» avec les pays producteurs membres et non membres du cartel pour tenter de stabiliser le marché, et remédier au marasme qui affecte depuis un an au moins l'économie mondiale, les motivations latentes sont tout aussi essentielles, compte tenu des situations politico-sécuritaires dans la région du Moyen-Orient, notamment.Les deux plus gros producteurs espèrent ainsi «stabiliser les marchés pétroliers», alors que l'or noir a perdu jusqu'à 70% de sa valeur depuis la mi-2014, tombant aux alentours de 30 dollars le baril. Si l'impact semble aujourd'hui dérisoire, l'objectif évident est bel et bien de parvenir à la seule mesure capable de redresser les cours du brut, que ni le gel ni le maintien en l'état de la production ne vont impacter comme le ferait immanquablement la baisse mesurée des quotas.A cela s'ajoutent les difficultés contraignantes que la Russie affronte depuis le début du conflit ukrainien et le boycott enclenché par l'Union européenne et soutenu indirectement par les Etats-Unis, via l'Otan, afin d'amoindrir ses capacités d'intervention. Moscou qui a cherché activement une porte de sortie en Asie, où une entente a été scellée avec la Chine ne serait-ce qu'au plan formel, peine à sortir du marasme engendré par la chute drastique du prix des hydrocarbures. Qui plus est, ses problèmes internes risquent d'être influencés par la récente intervention militaire en Syrie où elle soutient mordicus le régime du président Bachar al Assad et par ses démêlés avec la Turquie du président Tayyip Erdogan.Autant dire que la concertation d'hier à Doha avec l'Arabie saoudite, principalement, relève d'une stratégie obligée que la Russie enclenche afin de ré-oxygéner son économie, à un moment où les tensions géostratégiques ont atteint un seuil des plus inquiétants. Les stratèges russes ont tenté le coup parce qu'ils savent que le chef de file de l'Opep est lui aussi dans une passe critique, enlisé dans une guerre sans issue au Yémen, confronté à des échecs successifs en Syrie et en Irak où l'adversaire iranien est en train d'engranger les dividendes, pas à pas, et enfin menacé dans son ambition démesurée de leadership du monde arabo-musulman où il arme divers pays à grands frais pour dicter ses volontés à leurs dirigeants.En tentant le coup de poker d'une baisse continue des cours du brut afin de dynamiter les conséquences du pétrole de schiste américain sur le marché international, l'Arabie saoudite découvre, à ses dépens, combien le pari était risqué. Certes, la menace d'un pétrole US bon marché semble pour le moins écartée mais à quel prix! C'est donc contrit et forcé que le Royaume saoudien reprend langue avec ces mêmes pays qu'il a dédaigneusement écartés du revers de la main depuis plus d'un an, qu'il s'agisse de la Russie ou surtout du Venezuela. La venue à Alger du prince héritier saoudien, la semaine dernière, avait-elle trait à ce rapprochement soudain avec les thèses défendues avec ardeur par plusieurs capitales dont Alger' Probablement, et la réaction algérienne n'a d'ailleurs pas tardé pour souligner explicitement la volonté du pays de soutenir toute démarche qui va dans le sens d'une production pétrolière responsable, garante des intérêts de l'ensemble des pays membres ou non de l'Opep. Il convient, néanmoins, de tempérer les espérances des uns et des autres car l'accord de Riyadh n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan des mesures nécessaires. Il faudra en effet davantage d'efforts en termes de réduction, sinon même de gel, des productions à l'intérieur et à l'extérieur du cartel pour espérer obtenir un effet quelconque sur la stabilisation, puis, la relance à la hausse du prix des hydrocarbures. En attendant, il s'agit d'un petit pas, pourtant essentiel dans le contexte de crise grave qui caractérise l'ensemble des pays producteurs.


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