On s'est rapproché de ces jeunes «kheloui» partageant des instants «chaâbis» où le mandole vibre au rythme des vagues racontant et fredonnant une symphonie reflétant tout le désastre commis contre Dame nature.La saison estivale commence à pointer à l'horizon, les Algériens qui ont renoué depuis quelques années avec la passion de la mer et la baignade, retrouveront en cette saison de repos annuel au rythme idyllique de la berceuse, à savoir la grande bleue, les bienfaits des rivages ensoleillés et vêtus d'un tapis doré et auréolé.
Cette année ne semble pas différente de la précédente. Le littoral de la capitale n'a pas connu des métamorphoses qui lui permettent de se distinguer et de se démarquer de l'ambiance de l'année écoulée en matière de préparatifs et d'environnement susceptibles de rompre avec la laideur et le paysage hideux qui le caractérisent.
Nous avons fait le déplacement dans des endroits qui sont considérés comme des lieux de prédilection pour un nombre important de personnes qui ont pris l'habitude de côtoyer et fréquenter la côte est de la capitale. La ville de Aïn Taya est connue pour ses plages et ses rivages destinés à la baignade, offrant aux estivants une panoplie de lieux pour passer des moments de distraction et de repos au bord de la mer et sa fraîcheur stimulante.
Surcouf, histoire d'une plage livrée à la pollution
Revoir ces endroits de la côte est de l'Algérois ne dégage pas une sensation de retrouvailles tant recherchées et attendues, cela nous fait plonger dans des situations de désolation et de regret. La détérioration du cadre estival de l'année précédente est incomparable avec celle de cette année. L'ambiance est inimaginable au vu d'un décor intolérable et inacceptable sur le plan environnemental et en matière de propreté où l'insalubrité est devenue légion dans ce littoral qui faisait enchanter et émerveiller les estivants d'une période révolue, une période où la salubrité, le civisme et l'entretien de la côte constituaient l'alpha et l'oméga des baigneurs et des affidés de la grande bleue et son incommensurable charme.
L'une des plages les plus belles et les plus convoitées à Aïn Taya, est celle de Surcouf, un nom qui porte bien la charge de ce lieu pétri d'histoire et de «guerre des mémoires» sur fond de conquêtes et de domination maritime. Ce «joyau» de jadis a perdu de cette illumination et cette brillance qui lui donnaient un statut à part que ce soit sur le plan propre à la distraction estivale et la beauté qui offraient aux estivants préférant passer leur saison estivale au bord de ses rivages et de son soleil surplombant le ciel azuré.
Surcouf d'aujourd'hui est un lieu où la mouette «déplore» un habitat déserté de façon lamentable et pitoyable. La saison estivale de cette année réservera des surprises des plus dramatiques et catastrophiques pour les estivants qui croient encore que ce «joyau» d'antan pourrait offrir ses charmes d'été teintés de brise marine et de fraîcheur irrésistible. Le paysage laisse le visiteur pantois, le lieu dégage des odeurs insupportables de produits chimiques émanant du lac de Réghaïa dont le traitement des déchets venant de la zone industrielle ne sont pas réellement pris en charge. C'est un spectacle chaotique donnant une image d'une catastrophe écologique de premier ordre sans que des mesures, qui vont dans le sens du sauvetage soient prises en urgence pour mettre un terme à cette hécatombe écologique.
On parle chaque année des préparatifs concernant la saison estivale, mais en aucun cas ces préparatifs ne sont orientés vers l'état de nos côtes et nos plages qui sont devenues un danger public pour la santé des estivants et une menace sûre pour notre environnement et l'écosystème. Surcouf se plaint de l'état de délabrement dans lequel elle se débat, la pollution est quasi omniprésente et pour cause, la main humaine qui enfonce le clou en profondeur, apportant ainsi sa contribution néfaste.
On ne sait pas si on peut qualifier les personnes qui sont venues à ce «joyau» de jadis, à savoir Surcouf, comme des estivants ou juste des nostalgiques d'un endroit qui leur fait rappeler les moments fastes d'une période qui s'estompe au fil des ans. Certains de ces gens habitent les localités limitrophes de la plage, ils viennent chaque année voir si le soleil est au rendez-vous. Des familles de la localité font des descentes matinales pour profiter du soleil et de la fraîcheur marine. Seulement, le chagrin est manifeste dans leurs déclarations quant à l'état du cette plage qui s'est transformée en une décharge à ciel ouvert. On a eu à rencontrer des jeunes qui habitent non loin de la plage Surcouf, ils sont venus pour effectuer le baptême de «l'eau» comme un signe inaugural de l'entame de la saison estivale au niveau local avec un esprit trop «houma» et convivial. On s'est rapproché de ces jeunes «kheloui» partageant des instants «chaâbi» où le mandole vibre au rythme des vagues racontant et fredonnant une symphonie reflétant tout le désastre commis contre Dame nature. L'un de ces jeunes, Rachid, nous a déclaré que «nous venons ici à cette plage, parce que c'est notre poumon. Malgré le massacre dont elle fait l'objet. Nous ne pouvons pas ne pas inaugurer la saison sans faire le saut symbolique vers cet endroit qui nous rappelle le bon vieux temps de Surcouf qui constituait un lieu de villégiature et de saison estivale par excellence», son ami Kamel reprend la parole pour signifier que «ce n'est plus Surcouf que nous connaissions avant. Vous voyez de visu que la catastrophe fait la concurrence avec l'insouciance et l'inconscience des responsables de la chose publique. Nous commettons un crime sans que nos consciences soient interpellées pour arrêter ce massacre au quotidien contre nos plages et contre la nature», a fulminé Kamel, un amoureux de cette plage qui a bercé son enfance.
Surcouf, une partie du littoral est polluée par les eaux usées. C'est dire que ce phénomène est entretenu par les pouvoirs publics dans la mesure où cette situation perdure depuis des années, c'est-à-dire qu'à chaque saison estivale le même discours qui fait dans la phraséologie pompeuse et dans la dithyrambe occulte la vraie réalité dramatique de nos plages infestées par la pollution et l'insalubrité des plus nauséabondes. Pour ainsi dire, malgré la plaque qui est érigée en haut de la colline longeant l'accès de la plage indiquant que la baignade est «autorisée», cette imposture, voire ce crime écologique ne résiste pas face au tableau désastreux d'une plage qui est devenue le «récipien*daire» des agrégats, des détritus et des produits toxiques émanant de la zone industrielle de Réghaïa. C'est cette réalité amère qui «orne» Surcouf, un endroit qui était jadis très prisé et qui a été maintenant, réduit à quelque chose de livide pour ne pas dire un décor sinistré par l'«oeuvre» de l'homme et la démission de la société civile.
Le littoral est de la capitale est devenu un vrai déversoir de pas mal de déchets. Ce qui est plus grave, c'est que même la couleur de la mer renseigne sur ce degré de pollution qui frappe toute la ceinture côtière qui mène vers la plage qui s'intitule «Verte-Rive». Telle que son nom l'indique, cette plage située dans la localité de Bordj El Kiffan, ex-Fort-de-l'eau, n'a plus cette connotation qui lui permettait de se distinguer par rapport à d'autres plages. Ce tableau idyllique a été remplacé par des images désolantes, la mer est contrastée par des couleurs jaunâtres et dans certains endroits de cette plage il y a une couleur qui domine l'eau de mer, c'est la couleur noirâtre comme prédominance massive et manifeste.
La scène ne peut pas laisser le visiteur sans émotions, seulement, ce sont des émotions qui engendrent du chagrin. Il s'agit bel et bien d'un carnage orchestré à l'égard de cette plage qui garde quelques repères de la période ottomane avec la présence d'un fort nommé «Stamboul» qui est maintenant un lieu abandonné où les «dépravés» et des personnes de mauvaises moeurs font leur propre loi, écornant de la sorte cet édifice qui égayait cette plage en lui donnant un cachet qui la nuançait.
La grande bleue... n'est plus bleue!!
Mais le paradoxe est encore manifeste dès lors que le visiteur sombre dans les fins fonds de la plage et son espace délimité. La Verte-Rive baigne dans les gravats et les débris colossaux. Ce sont les débris des démolitions qui témoignent du séisme qui a frappé Alger et Boumerdès en 2003. Mais ce qui est surprenant, c'est que lesdits débris ont trouvé l'endroit «idéal» pour qu'ils soient enfouis dans la plage Verte Rive comme hôte de choix. Les produits ferreux et non ferreux, les produits en plastique, les canettes de bière et autres agrégats sont le lot de cette plage qui a perdu de sa verdure et de sa splendeur de jadis. Les abonnés de cette plage sont ceux qui préfèrent passer un temps de sérénité loin du vacarme de la ville et le stress de leur quotidien chargé. Ce sont les amateurs de la pêche, mais aussi ceux qui veulent s'éloigner des regards des gens pour se livrer à leurs addictions préférées.
La mer où se situe la plage Verte Rive est l'exemple typique de ce que l'on peut appeler la gestion du territoire et l'aménagement du littoral. La côte de Verte Rive est un signe probant, voire avéré de la déliquescence en plein jour qui frappe nos plages et notre environnement.
Encore une fois, le paradoxe ne quitte pas cet endroit et celui de la plage La Sirène qui n'est autre que la copie de la première, par allusion aux baigneurs que ces deux plages autorisées à la baignade, mais on ne dit pas que les eaux usées émanant des habitations limitrophes et des restaurants qui pullulent cette région à vocation côtière, affectent la mer et portent un préjudice sûr à la santé des baigneurs.
La plage La Sirène reflète le cynisme des collectivités locales qui n'ont pas jugé utile d'entamer des aménagements accompagnant le projet de restructuration de la promenade d'Alger. Les plages de Bordj El Kiffan étaient concernées par ce réaménagement qui concerne le littoral, seulement, cette restructuration s'est contentée d'ériger des jetées et des darses à caractère de plaisance pour attirer les estivants durant la saison d'été. Mais ce qui est remarquable, c'est que ce colossal travail a épargné l'essentiel de ladite restructuration, à savoir la révision de l'état de canalisation et le contournement du chemin des eaux usées. Ce travail n'a pas été fait. Ce qui laisse dire que la saison estivale est toujours marquée par la pollution et les odeurs de saletés et autres scènes le moins que l'on puisse dire, affreuses.
Il est déplorable d'enregistrer encore une fois des pratiques dépourvues du sens civique de nos concitoyens qui ne tient pas compte de l'espace et de l'environnement. La saleté est l'oeuvre d'une pratique et d'une volonté délibérées de certains estivants qui arborent leurs déchets avec ostentation sans gêne, voire toute honte bue.
La saison estivale ne peut être juste une campagne de circonstance et un moment officiel caractérisé par des mesures somme toute folkloriques et occasionnelles.
L'urgence d'un plan national de réaménagement du littoral s'impose plus que jamais. Le danger est perceptible, le risque de la déstructuration de l'écosystème et de l'environnement côtier et marin est imminent.
La saison estivale est une conception qui est inscrite dans une feuille de route qui la dote d'un caractère stratégique. Elle est l'image et le miroir du pays, elle lui donne son aura qui lui sied. Délaisser le littoral et participer dans sa dislocation, est un signe très grave de la démission collective de la société et de l'Etat quant aux valeurs naturelles dont dispose le pays. C'est aussi tourner le dos aux ressources sûres que l'après-pétrole impose comme moyen pour renflouer les caisses et trouver d'autres poches susceptibles d'apporter de la valeur ajoutée et qui pourrait se proposer comme pourvoyeuse de richesse et de postes de travail.
En attendant ce sursaut, mais en vain... la saison estivale de cette année est reportée à une date ultérieure dans les rivages et les plages de la côte est de la capitale!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hocine NEFFAH
Source : www.lexpressiondz.com