Alger - Revue de Presse

Un lieu, un nom: Mourad BOUAYED, l'un des premiers pharmaciens de l'Algérie indépendante



Dans moins de deux semaines,vingt ans auront passé de la disparition de Bouayed Mourad, un des premiers algériens à avoir relevé le défi de décrocher le diplôme de pharmacien pendant la période coloniale.

 Décédé le 27 novembre 1989, feu BOUAYED continue de servir son pays dans le domaine de la santé, puisque ses six filles et fils sont tous des médecins dont un est professeur en chirurgie vasculaire. Feu Mourad BOUAYED a donc perpétué une tradition : transmettre l'amour et la volonté du savoir faute de pouvoir laisser une fortune en héritage. De ce point de vue, on peut le considérer comme un pionnier de la modernité. Pourtant, rien ne prédestinait notre pharmacien à pareille mission. Il a perdu son père à la tendre enfance, une année après sa naissance, le 10 octobre 1922 à Tlemcen. Comme la majorité des femmes à cette époque, sa mère était sans emploi et sans qualification. Grâce au soutien de la famille, il s'inscrit à l'école de Jules Ferry à Tlemcen. Sa scolarité se déroulera sans la moindre embûche. Avant de décrocher son baccalauréat, il passera par le collège Salan. Dépourvu de moyens matériels mais décidé à réussir ses études, il prendra le bateau pour l'Hexagone où il s'inscrira à l'université de Bordeaux. « Il partira avec deux francs en poche », nous dira son fils qui voue énormément de respect à son géniteur.

 Pour survivre et pouvoir suivre ses cours, il acceptera toute sorte de petits boulots. Après huit ans de galère, il décrochera son diplôme en 1952. Au lieu de choisir une carrière et situation confortable loin de sa terre natale, il optera volontiers pour le retour chez lui. Il s'installera à Nedroma la même année. Avec le docteur Nbia, ils étaient les seuls algériens chargés de la santé de la population de toute une région. Après le départ de Nbia, BOUAYED assumera à la fois le rôle du médecin et du pharmacien. Il échappera de justesse à la mort suite à un accident de voiture avec le docteur Benzerdjeb, un de ses compagnons. Le déclenchement de la Guerre de Libération nationale ne le laissera pas indifférent à ce qui se passe dans son pays. Deux fois par semaine, il récoltait des médicaments qu'il faisait parvenir au maquis. Accompli dans la discrétion la plus totale, cet engagement durera jusqu'à la fin des hostilités. Quand la nécessité se présentait, il se déplaçait pour soigner les « moudjahidine » blessés dans le champ de bataille. Aussi, pour pouvoir répondre à une demande de plus en plus grandissante, il n'a pas hésité à préparer certains produits pharmaceutiques tels que les antiseptiques et certains sirops. Selon son fils, Mourad n'aimait pas trop s'étaler sur son engagement en cette période qu'il considérait comme naturel.

 D'ailleurs, fort de son diplôme et surtout absorbé par sa tâche dès le lendemain de l'indépendance, il n'a jamais cherché à tirer profit de son engagement militant.

 A l'indépendance, il restera à Nedroma jusqu'en 1965, date à laquelle il rejoint sa ville natale Tlemcen. A l'hôpital de cette ville, il s'est investi dans la formation des préparateurs en pharmacie, profil presque inexistant dans le corps paramédical de l'époque. Mais le clair de son temps était consacré à l'officine qu'il occupait. Une fois par semaine, il devait se rendre à Oran pour s'approvisionner en médicaments. Des fois, il se rendait jusqu'à Alger pour chercher tel ou tel médicament pour ses clients. Son sens aigu du devoir ne l'a pas totalement détourné de l'éducation de ses enfants.

 Le résultat est là pour en attester. Ce n'est qu'après sa mort que ses enfants ont acquis l'officine où il avait exercé toute une vie. «Pour perpétuer son souvenir», nous explique l'un d'eux. Mourad n'a jamais cherché à profiter de son réseau de relation pour accéder aux «biens vacants» source d'enrichissement des «avertis» au lendemain de l'indépendance. Parmi ses amis, figurait Bachir Boumaâza et Benkhadda. Féru de musique andalouse, il fréquentait cheikh Bensari et était un lecteur assidu de Mohamed Dib. Parmi les biens qu'il avait laissés à ses enfants, on cite une imposante bibliothèque que «je cherche à conserver vaille que vaille», nous lance le professeur Bouayed. Rares sont ceux qui laisse en héritage une telle richesse.


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