Alger - A la une

Un impératif à «risques» de dévoiement



L'insurrection citoyenne née le 22 février dernier et qui ne cesse de s'amplifier de vendredi en vendredi, a-t-elle besoin d'une représentation à même de prendre langue avec le pouvoir qu'elle a réussi à acculer dans ses ultimes retranchements 'M. Kebci - Alger (Le Soir) - Telle est la question que d'aucuns se posent, démarrant du postulat que tout bras de fer se doit inévitablement se terminer autour d'une table. Encore faut-il que les deux parties s'entendent sur leurs interlocuteurs respectifs, la rue refusant tout intermédiaire et le pouvoir se cloîtrant dans sa logique de fuite en avant et d'usure tablant sur l'essoufflement de cette dynamique citoyenne sans précédent.
Certes, si au bout de ce quatrième vendredi de suite qui a vu une mobilisation citoyenne plus significative que celle enregistrée lors des trois premiers week-ends, le pouvoir se doit de revoir sa copie en adoptant des mesures apaisantes à même de permettre l'enclenchement d'un processus de transition serein auquel les manifestants adhéreront, la rue se doit également de dégager sa représentation à même de défendre ses mots d'ordre phares : non-prolongation du mandat présidentiel du président de la République qui expirera le 28 avril prochain, et le changement du système.
Sauf que, à ce propos justement, les avis restent partagés, du moins pour le moment, le caractère joyeux et festif, la solidarité et l'esprit écologique qui caractérisent les marches n'aident pas, il est vrai, à penser à la gestion en amont de cette insurrection citoyenne.
Les manifestants mettent en avant le préalable du départ du système. «S'il veut discuter, que le pouvoir envoie ses émissaires dans la rue pour parler avec les citoyens», affirmait, vendredi, un manifestant au niveau de la place des Martyrs. Des émissaires qui, selon notre interlocuteur, trentenaire et employé dans une collectivité locale, doivent être «crédibles, non partisans et consensuels».
A cette représentation et à cette organisation, son compère du jour estime «évidemment nécessaire de réfléchir» mais, poursuit-il, «il ne faudra pas mettre la charrue avant les b?ufs». Il faut, selon lui, «d'abord, poursuivre la mobilisation pour faire tomber le régime et se débarrasser du système. Entre-temps, des visages nouveaux pourront apparaître dans l'action, pas nécessairement des figures usées au sein du système, dans les structures du régime, dans les appareils gouvernementaux ou dans les assemblées mal élues (comprendre pas véritablement élues) et une classe politique en grande partie complètement disqualifiée».
Cet avis est certes largement partagé pour le moment, mais il est contesté par d'autres voix qui relèvent, comme le soutient un autre manifestant apostrophé à hauteur de la Grande-Poste, l'impérative gestion de la période post-manifestations. «On ne doit absolument pas rester au stade de l'attente des réactions du pouvoir après chaque vendredi. Nous devons aller au-delà des manifestations», poursuit-il. Et à un ami à lui, enseignant universitaire et en rupture de ban avec son désormais ex-parti de la mouvance démocratique, d'être plus explicite. «Ce ne sont certainement pas les personnalités, de divers horizons, compétentes et crédibles et n'ayant entretenu aucun lien avec le système dont on réclame le départ qui manquent. Il est temps, je pense, qu'on leur fasse confiance et ne pas courir le risque de nous voir parachuter de pseudo-activistes qui ne sont, en fait, que des anciens serviteurs du régime qui bénéficient d'une promotion médiatique pour ce faire», dit-il. Car, estime, pour sa part, une enseignante universitaire qui était, avec son mari et ses deux enfants, parmi les premiers manifestants au niveau de la place du 1er-Mai, «il est temps de dépasser cette période d'euphorie et cette communion retrouvée pour contrecarrer toute velléité de dévier ce formidable sursaut citoyen». «Nous devrons, un jour ou l'autre, aller à l'autre phase, celle de la négociation, inévitable, ce qui ne pourra se faire sans représentants de la rue qui regorge d'activistes et de militants plus ou moins connus», assène son conjoint, qui insiste sur «l'impérative vigilance à toute épreuve dont les citoyens doivent faire preuve pour ne pas rééditer les tristes exemples des soulèvements passés», ajoute-t-il.
En militant politique averti, notre interlocuteur estime «nécessaire» que le pouvoir lance des «signaux positifs» à même «d'apaiser» la situation et engager une transition sans dommages. Des signaux forts comme le renoncement du président de la République à prolonger son quatrième mandat, la désignation d'un exécutif de personnalités nationales intègres et sans attache avec le pouvoir, l'installation d'une commission indépendante d'organisation des élections,? Autant de décisions qui, pourront permettre au pays de s'engager dans le «processus d'une transition démocratique sereine comme longtemps réclamée par une opposition que le pouvoir se doit certainement de regretter d'avoir diabolisée à outrance, ces dernières vingt années, au point de se retrouver face à la rue, sans aucune immunité pour avoir compté seulement sur un conglomérat de courtisans et de rentiers», assène, enfin, notre interlocuteur.
M. K
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