Dans le feuilleton sans fin du « Renault viendra, Renault viendra pas » en Algérie, il faudra intégrer la situation globale du groupe qui, à l'instar des autres constructeurs français, connaît un recul substantiel des ventes en France et en Europe en général.
En février dernier, et dans une cinquième mensuelle consécutive, les ventes ont reculé de 9,7% sur un an. Depuis, la tendance ne s'est guère améliorée à l'exception du marché allemand. Carlos Tavares, directeur opérationnel du groupe Renault relève «qu'à la fin mai, le marché européen recule de 6% par rapport à l'an dernier et le marché français baisse de 16%, alors que nous anticipions en début d'année des baisses de 3% et 6%». Le groupe français vient de demander au gouvernement de soutenir la demande de voitures en rétablissant la «prime à la casse» pour favoriser l'achat d'un véhicule neuf contre la reprise d'un véhicule de plus de dix ans. Cette demande d'aide se heurte à l'impératif voire au dogme de la limitation de la dépense publique et de lutte contre les déficits. L'Etat français a dépensé environ 1 milliard d'euros pour la prime à la casse entre 2009 et 2010 et 1,2 milliard pour le bonus-malus entre 2008 et 2011. Carlos Tavares souligne que Renault «fait des efforts d'économie, dans tous les domaines». Ce sont les ventes hors de France et de l'Europe qui maintiennent la situation. «Nous sommes capables pour l'instant de maintenir le bateau à flot» grâce aux ventes à l'international, notamment en Amérique du Sud, en Russie ou dans le Maghreb, souligne Carlos Tavares, en relevant que plus de 50% des ventes du groupe en 2013 auront lieu hors Europe Occidentale. Même s'il n'a jamais été invoqué par les responsables de Renault, cette situation globale du groupe avec un affaissement marqué du marché européen n'est pas de nature à encourager un investissement en Algérie qui viendra s'ajouter à l'usine de Tanger et aux investissements en Extrême-Orient. Il est clair cependant que l'Algérie fait partie des marchés qui permettent de «maintenir le bateau à flot». D'où, selon certains observateurs, une technique de louvoiement qui consiste à ne pas dire «non» mais de ne jamais conclure.
UNE SUBVENTION ALGERIENNE '
Pour un économiste, ce feuilleton Renault a tendance à confirmer que le «climat des affaires et une perception positive du marché d'implantation sont aussi importants que les avantages fiscaux et la qualité des infrastructures». L'inauguration de l'usine Renault à Tanger avait soulevé des critiques dans des milieux politiques français où un puissant lobby pro-marocain est très présent. On peut imaginer que le lancement d'une usine en Algérie en dépit du fait que Renault y détient un marché substantiel ne suscitera pas des applaudissements. A plus forte raison quand le groupe sollicite l'aide de l'Etat pour inciter à la consommation. A moins que le financement de l'usine dans le cadre du 51/49% ne soit levé en Algérie dans des banques nationales, ce qui risque de passer pour une quasi-subvention. Pour un intérêt économique qui n'est pas évident. «Même si le marché algérien est estimé à 400.000 voitures, on ne construit pas une usine pour un seul marché. Tous les grands producteurs asiatiques ont visé l'export en même temps que leurs marchés domestiques». Pour rappel, Renault veut que les voitures construites en Algérie soient destinées au seul marché algérien et non à l'exportation. Pour notre expert, qui ne saisit pas la raison de la focalisation des responsables algériens sur le constructeur français, «il vaudrait mieux essayer d'attirer des gens pour qui l'Algérie serait une base comme le Maroc l'est désormais durablement pour Renault».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salem Ferdi
Source : www.lequotidien-oran.com