Alger - Revue de Presse

Un certain Al A'radji



Mohamed Hocine Al A'radji, ce natif du Nadjaf Al Ashraf, au sud de l'Irak, vient de faire sa révérence, pas en exil ou dans les exils où il a vécu depuis le milieu des années soixante-dix du siècle dernier, mais bien à Baghdad qu'il chérissait tant avec son grand ami, l'immense poète Mohamed Mahdi Al Djawahiri, véritable représentant du renouveau poétique arabe moderne avec une touche profondément classique.
Violent dans le propos ' Plutôt franc, de cette franchise que l'on relève généralement dans la gestuelle de certains auteurs classiques, ceux qui disaient la vie comme elle se présentait, courageusement, mais avec un sens esthétique exquis. En effet, à l'entendre discourir sur tel sujet littéraire ou déclamer quelques strophes, on se croyait quelque part, entre la Mésopotamie du XIe siècle et l'Andalousie, celle d'Ibn Khafadja (1058-1138) et d'Ibn Zeydoun (1003-1071). Qu'il parlât ou qu'il composât poème et prose, la langue arabe coulait de source pure. Les étudiants de la Faculté des lettres et des sciences humaines d'Alger s'en souviennent : rigueur, mais amabilité, pourrait-on dire à propos de ce petit homme à la mémoire vivace, qui fut contraint à l'exil par le régime de Saddam Hossein.
Son amour pour l'Algérie, eh bien il l'avait déclaré, à sa manière, à la fin des années quatre-vingt-dix, le jour où il fut molesté par quelques jeunes au point de se faire hospitaliser pour quelques jours. Il fut surpris de voir ses agresseurs venir lui demander pardon au moment même où il s'apprêtait à quitter l'Algérie. «Ya din Allah, s'exclama-t-il, les Algériens ont su résumer le sens de l'honneur en une seule périphrase : pas de hogra ! Je renonce à mon départ». Et il passa encore quelques années parmi ses étudiants et des amis intimes de l'Université d'Alger, tels le regretté Aboulaïd Doudou, Abdelaziz Boubakir et tant d'autres.
Avec ce grand intellectuel, j'ai eu le plaisir de discuter de la ponctuation dans les textes classiques de la littérature arabe. Il m'apprit que celle-ci, ayant été produite bien avant l'invention de l'imprimerie, avait ses propres lois qui sont, en fait, d'ordre rhétorique. «En effet, me dit-il, la maîtrise de la langue arabe passe par celle de la déclamation. La ponctuation existe dans la manière de dire, c'est-à-dire qu'elle est tributaire du souffle même du locuteur. On ne s'arrête pas n'importe comment lorsqu'on lit, à haute voix, un texte, et on ne commence pas celui-ci sans avoir pris toutes les dispositions ayant trait à la respiration et à l'expiration. Il faut donc être attentif à l'art de psalmodier le Saint Coran, à la manière d'accentuer telle syllabe et comment atterrir, pour ainsi dire, sain et sauf». Al A'aradji, en quittant l'Algérie s'était essayé en Libye, puis en Pologne, mais c'est à Baghdad qu'il est revenu pour poursuivre son enseignement et, surtout, pour écrire un livre sans précédent dans la littérature arabe, à savoir L'histoire des services secrets en Islam. Ce livre fait aujourd'hui date, en raison de son caractère original et, surtout, pour avoir été rédigé par un connaisseur qui a connu les affres des geôles de Baghdad et les tracasseries des services secrets irakiens. Qu'il repose donc en paix ! - toyour1@yahoo.fr

 
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