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UGTA : de la gloire à la décadence



L'Union générale des travailleurs algériens boucle, aujourd'hui, sa soixante-cinquième année d'existence, un parcours jalonné de hauts et de bas avec, en premier lieu, une période faste et une phase noire qui se poursuit encore de nos jours, durant laquelle elle n'est devenue que l'ombre d'elle-même.M. Kebci - Alger (Le Soir) - Quel triste sort que celui de la centrale syndicale qui s'est muée d'un instrument de lutte de la cause ouvrière en un levier entre les mains d'une oligarchie qui a failli emporter l'Etat-Nation.
Un Etat dont l'édification était, pourtant, un des objectifs stratégiques de sa création en 1956, à savoir le souci ressenti par Idir Aïssat et ses compères fondateurs, Mohamed Flissi, Ben Khedda, Benaïssa Atallah, Abane Ramdane et Hassen Bourouiba, de se doter d'une organisation syndicale ayant pour mission de faire participer les travailleurs à la lutte libératrice. Quelque 100 000 travailleurs adhérèrent dès les premières années à l'Union syndicale des travailleurs algériens USTA (créée par Messali Hadj).
Une fois le pays ayant recouvré son indépendance, la centrale syndicale a grandement participé à l'?uvre de l'édification nationale et de la construction de l'Etat. Sauf que, et comme le relevait, hier mardi, Abdelmadjid Azzi, au fil des ans, et avec l'avènement du multipartisme et de la pluralité syndicale, l'UGTA a vu son influence diminuer considérablement parmi le monde ouvrier face à la concurrence de syndicats autonomes plus actifs. Plus que cela, selon celui qui fut secrétaire général adjoint de la centrale syndicale, quatre ans durant, de 1974 à 1978, celle-ci a vu sa mission «dévoyée pour devenir un levier entre les mains du patronat et du pouvoir».
Et pour cause, ajoute Azzi, le choix des responsables à la tête de l'UGTA se faisait «ailleurs qu'en son sein puisque son autonomie était toute relative, elle qui a constitué un moyen d'arriver au pouvoir ou d'y demeurer». Et de souhaiter que l'UGTA «retrouve ses fondamentaux et ses valeurs» en renouant avec la mission qu'elle n'aurait jamais dû abandonner, «celle de jouer pleinement son rôle naturel de contre-pouvoir en défendant les intérêts moraux et matériels des travailleurs et, ainsi, se départir de ses accointances avec l'oligarchie, notamment durant ces dernières vingt années». Soit durant le règne de Abdelmadjid Sidi-Saïd qui avait succédé, en 1997, à Abdelhak Benhamouda, assassiné en janvier de ladite année par les terroristes islamistes. Sidi Saïd était contraint à céder sa place dans la foulée du mouvement populaire du 22 février 2019 qui réclamait le départ inconditionnel de tous ceux qui incarnaient le personnel du pouvoir, notamment celui aux manettes du pays durant le long règne du président de la République déchu, Abdelaziz Bouteflika. Lui qui était corps et âme embarqué dans l'option calamiteuse du 5e mandat présidentiel et qui a assisté à l'envoi en prison de nombre de ceux avec lesquels il a longtemps monnayé le soutien de la centrale syndicale, finira par comprendre qu'il était devenu indésirable. Ce qui l'a poussé à organiser sa succession en organisant un congrès lors duquel son favori, Salim Labtacha, a été intronisé. Et l'ancien député, qui a manqué un mouvement de redressement au sein de son ex-parti, le Parti des travailleurs, a, depuis, imprimé à l'ex-syndicat unique, une démarche marquée du sceau d'une «absence» caractérisée sur le monde du travail. Une «transparence» jalonnée, par moments, par des sorties ponctuelles pour signifier son appui à une quelconque démarche du pouvoir dans sa feuille de route de sortie de crise.
Autrement dit, le souhait de Azzi que la centrale syndicale retrouve son âme n'est, visiblement, pas pour demain.
M. K.
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