
Comment est né ton intérêt pour la poétesse ' Je dois d'abord dire que n'étant ni historien ni biographe professionnel, je me suis intéressé à Anna Gréki par le fait que je suis moi-même poète. Partant du constat que l'essentiel des pièces poétiques de « Algérie Capitale Alger » (1963) ont été écrites clandestinement en cellule, à la prison de Serkadji entre 1957 et 1959, je me suis demandé : comment pouvait-elle encore écrire de la poésie après avoir été affreusement torturée et mise en tas de façon humiliante dans une cellule de 40 détenus alors que celle-ci n'était prévue que pour en contenir 10 'Vous abordez peu son amour pour Collo et ses années de lycée. Pourquoi une telle discrétion 'Le projet biographique s'est naturellement centré sur une période décisive de la vie d'Anna Gréki : son engagement dans la lutte de libération nationale. D'où la structure du livre en allers-retours entre présent vécu à l'époque (la cellule, par exemple) et les souvenirs radieux ou amers que ce présent suscite dans sa conscience.... A mon avis une multiplicité de livres, à partir d'autres questionnements, pourraient par ailleurs être écrits sur Anna Gréki, et pas un seulement. Ce qui est d'ailleurs valable pour le plus grand nombre de personnalités de notre patrimoine depuis la plus haute antiquité jusqu'à hier... Il faut dire aussi qu'à partir de l'expulsion d'Anna Gréki d'Algérie fin 1959 par les autorités coloniales militaires, la vie de la poétesse prend un autre tour et nécessite à mon avis un autre traitement. C'est un autre livre auquel je réfléchis... Mais le seul récit de sa vie militante (et la préparation à cette activité ultime contre l'oppression coloniale) est en soi un sujet complexe et cohérent en lui-même. Mon livre veut montrer également qu'Anna Gréki n'est qu'une militante parmi d'autres. On voit à ce sujet bien d'autres personnalités en miroir d'elle. Cela aussi est un aspect fondamental du mouvement de libération nationale, sa richesse inépuisable. Je rappelle encore une fois qu'elles sont au moins trois poétesses à partager la même cellule : Zhor Zerari, Hawa Djabali, Anna Gréki et Fadela Dziria, sans compter Annie Steiner qui avait été déplacée de Serkadji vers la prison d'El Harrach.Comment doit-on honorer une militante de cette trempe de nos jours 'J'imagine un long métrage uniquement sur cet aspect des choses. Le combat généreux et le sacrifice de ces jeunes femmes (elles avaient entre 18 et 25 ans pour la plupart) mérite des films, des livres en tant que romans, nouvelles ou recueils poétiques dans toutes nos langues ainsi que des émissions spéciales, des conférences, des colloques, des thèses d'études supérieures, enfin l'apposition de leurs noms et faits de guerre en tant que rues, placettes, établissements scolaires, hospitaliers, noms de satellites que l'Algérie s'apprête à lancer dans l'espace...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R H
Source : www.horizons-dz.com