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Trois pour toutes Fronton



Trois pour toutes Fronton
Un autre sujet était prévu dans cette chronique. Mais ce qu'on appelle l'actualité, et qui, même dans la culture, est une combinaison improbable de hasards, de coïncidences ou de destins ' selon votre vision de l'existence ' en a décidé autrement.
Il y a eu d'abord ce bel hommage à la Maâlma Yamna, organisé la semaine dernière par la Fondation Abdelkrim Dali, lequel a donné cette contribution (ci-contre) de Fazilet Diff, qui nous entraîne sur la piste de cet incroyable personnage, femme de caractère et de raffinement qui a vécu entre le 19e et le 20e siècle. Restant, à ce jour, la seule à porter le titre de Maâlma ' ou maîtresse émérite ', elle fut à la fois conservatrice et rénovatrice. Conservatrice parce qu'elle avait absorbé quasiment tout le répertoire de la musique andalouse pour le restituer dans son intégrité et sa magnificence au moment où l'art algérien menaçait de disparaître. Rénovatrice, sinon révolutionnaire, en étant la première femme à diriger un orchestre masculin, à chanter devant un parterre tout aussi mâle et en accomplissant bien d'autres choses à découvrir.
Il y a eu ensuite l'annonce de la sortie du vidéo-clip sur Warda El Djazairia dont l'avant-première aura lieu aujourd'hui. L'an dernier, au Festival de Cannes, j'étais attablé avec son réalisateur, Mounes Khammar, quand il reçut un coup de fil d'Alger qui le fit blanchir d'émotion. La grande chanteuse venait de rendre l'âme. Quelques instants après, un compatriote, maladroit comme le sont souvent ceux qui veulent marquer la compassion, lui demanda : «Et ton clip alors '». Mounès devait, en effet, en poursuivre le tournage avec la cantatrice. «Ce n'est pas le moment de parler de ça», répondit-il assez froidement. Et il prit l'avion pour assister aux obsèques à Alger et revenir ensuite à Cannes. Que donnera cette création, courageusement poursuivie sans son unique personnage ' En tout cas, certainement, un produit du c'ur.
Il y a eu enfin l'annonce, ce six mai, de la disparition d'une artiste algérienne, moins connue sans doute ' car le chant porte plus loin que la poterie ', mais qui, à sa manière, était une diva de l'argile. Ouiza Bacha (lire page 14) avait porté à ses sommets son art, triturant les richesses de l'héritage amazigh en la matière, reconnu comme un des plus marquants au monde, et le projetant dans des créations contemporaines. Elle a été inhumée jeudi à Alger, dans cette terre qu'elle avait quittée physiquement, celle-là même qu'elle rêvait toujours de malaxer pour le bonheur de l'imagination.
Maâlma Yamna, Warda El Djazaïria, Ouiza Bacha. Trois Algériennes. Si différentes et pourtant si ressemblantes. Elles disent toutes être celles qui ont osé prendre les chemins tortueux de l'art, affronter tant de préjugés imbéciles et apporter, dans toutes les disciplines, une contribution vitale à l'expression algérienne. Oui, je sais, nous ne sommes pas le 8 mars. Justement.
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