Des secteurs gérés par des ministres intérimaires, un gouvernement sans cohésion ni discipline, et des problèmes qui s'accumulent. Trois mois après les législatives du 10 mai, l'Algérie attend toujours la formation d'un nouveau gouvernement, au moins pour pallier le départ des ministres qui ont rejoint le parlement. Une situation de paralysie qui attise la colère de l'opposition.
La paralysie politique qui caractérise le pouvoir en Algérie, quatre mois après les élections législatives du 10 mai, inquiète les partis de l'opposition. Tour à tour, ces derniers dénoncent cette situation et appellent le président Bouteflika à mettre un terme à ce statu quo et à cette « semi vacance » qui dépeint sur la vie politique et sociale en Algérie.
Nombre de dossiers, en effet, sont en suspens pour cause d'absence de ministres, élus à la Chambre basse du Parlement. Alors que la nomination d'un nouvel exécutif par le président Bouteflika se fait encore attendre, les départements vacants sont gérés par d'autres ministres à titre intérimaire. C'est ce que des observateurs et les médias ont qualifié de « provisoire qui dure », une situation que le pays a très rarement été appelé à connaitre.
L'on spécule même sur la tenue d'un conseil des ministres en l'absence de six ministres, ce qui constituerait un précédent inédit dans l'histoire politique du pays, certes habitué à une gestion « au jour le jour » dénuée de toute vision lointaine. Depuis les législatives du 10 mai, en effet, six départements se retrouvent sans ministre. Il s'agit des ministères de l'Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, des transports, de la Poste et des technologies de l'information, des travaux publics, du travail et de la sécurité sociale, et enfin le ministère de l'Environnement et de l'aménagement du territoire.
Cette vacance n'a pas été sans conséquence sur la bonne marche de la vie politique et sociale du pays. En effet, les fonctionnaires du secteur de la Justice ont, à titre d'exemple, dû mettre fin à une très longue grève de la faim après que leurs doléances aient été ignorées par le gouvernement. Après le départ de l'ancien ministre, Tayeb Belaiz, nommé à la tête du Conseil constitutionnel, un intérimaire lui a été nommé : en l'occurrence Ahmed Noui, secrétaire général du gouvernement. Cette nomination a fait croire à un début de dénouement, en raison des «inimitiés» que se vouaient mutuellement les grévistes et le désormais ex-ministre de la Justice.
Cohésion et discipline du gouvernement
En avril dernier, les chercheurs permanents du Commissariat à l'énergie atomique (COMENA), ont vainement tenté d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur leur principale revendication : la promulgation du statut particulier propre aux chercheurs permanents en énergie nucléaire. Les nombreuses saisines ayant à la fois concerné le COMENA et la tutelle, le ministère de l'Energie, n'ont eu aucun écho. Suite à quoi, les chercheurs, qui ont organisé plusieurs rassemblements, ont finalement décidé d'ajourner leur mouvement pour après la nomination d'un nouveau gouvernement, qui se fait toujours attendre.
La perspective d'une rentrée universitaire agitée n'est pas exclue, menace le syndicat des enseignants du supérieur, cela en l'absence d'un ministre dûment nommé. Sur le front social, où la rentrée coïncide traditionnellement avec le début de la contestation, de nombreux secteurs s'attendent à vivre des moments chauds, alors que le secteur est géré par un ministre intérimaire.
Par ailleurs, la situation actuelle provoque de sérieux dysfonctionnements, particulièrement en raison de l'incertitude qui entoure l'avenir du premier ministre Ahmed Ouyahia. Le parti de M. Ouyahia, le Rassemblement national démocratique (RND) a été laminé aux élections législatives, ce qui a placé le premier ministre dans une position très inconfortable vis-à-vis de ses ministres. Ceci altère gravement la cohésion et la discipline au sein d'un gouvernement où certains ministres, considérés comme proches du chef de l'Etat, ne reconnaissent pas l'autorité du chef du gouvernement.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Rayane Djerdi
Source : www.maghrebemergent.info