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Tribune : Osons l'Afrique !



Quand donc l'Algérie saisira-t-elle ses chances de rayonner sur le continent ' D'autres pays n'ont pas attendu, tandis que le projet de Musée de l'Afrique à Alger demeure en suspens.Lors de ces deux dernières décennies, l'Afrique a connu de profondes mutations, parfois accompagnées de drames, comme la vague migratoire ou les guerres liées au terrorisme, monopolisant l'actualité sur ces sujets épineux.
Néanmoins, l'Afrique a aussi fait preuve d'une remarquable résilience. Mieux encore, elle a su insuffler une belle dynamique dans différents domaines, mélange de créativité, d'innovation et d'audace, portés par une société civile avide de progrès et une jeunesse prometteuse en mouvement.
L'essor de la scène artistique contemporaine africaine constitue un bel exemple de ce renouveau. Elle accompagne l'émergence d'intellectuels talentueux, tels que Achille Mbembe, Nadia Yala Kisukidi ou Souleymane Bachir Diagne, participant à l'avènement d'une pensée véritablement universelle revisitée à l'aune des civilisations africaines.
De même, de très nombreux artistes africains revendiquent l'universalité de leur expression, aidés en cela par des commissaires d'exposition et des conservateurs passionnés. Cantonnés jusqu'alors à un art vernaculaire, pour ne pas dire folklorique, ils sont dorénavant solidement implantés dans un marché de l'art mondialisé, exposant dans les plus prestigieux musées et foires à travers le monde.
Nous revenons de loin ! cette «canalisation» de nos imaginaires, nous la devons, du moins en partie, à la représentation véhiculée par les collections dites d'Arts Primitifs ou Premiers, reflet d'une pensée prisonnière de sa propre Histoire, incapable de changer le regard et de regard sur une Afrique en continuelle métamorphose.
Qu'en est-il de l'Algérie, organisatrice du Festival Panafricain de 1969 et 2009 ' Deux événements précurseurs dans l'exposition de l'art du continent. Force est de reconnaître que notre pays n'a pas su les transformer pour établir un «soft power» culturel inhérent à son statut historique.
Au-delà du gâchis, cet «acte manqué» pose aussi avec acuité un non-dit, à savoir l'Africanité du Maghreb. Les Africains ont, d'une certaine manière, intériorisé cette «césure», pourtant refermée un temps par l'union liée aux luttes d'indépendances, entre Afrique dite «noire» et Afrique «maure», nous empêchant de nous projeter dans les profondeurs d'un continent qui cimente nos identités et rappelle la richesse de nos altérités.
Toujours est-il que la nature ayant horreur du vide, nos voisins, le Maroc notamment, conscients de ces enjeux, n'ont pas manqué de prendre le relais, multipliant ouverture de musées et création de festivals dédiés à l'Afrique.
A l'autre extrémité du continent, l'Afrique du Sud a initié une politique culturelle tous azimuts, suivie par le Sénégal et sa biennale d'art à Dakar ou encore le Bénin, porté par la restitution des ?uvres issues des pillages coloniaux, lançant la réalisation simultanée de 4 musées ou enfin le Togo avec le Palais de Lomé, centre d'art contemporain, et le musée Paul Ahyi.
Ce foisonnement d'initiatives est évidemment bénéfique et crée une saine émulation entre les différentes places culturelles africaines. Ces musées constituent autant de «dispositifs critiques» tissant des filiations entre notre passé et notre présent. C'est notre Mémoire.
Il n'en reste pas moins que dans cette course à l'existence sur la carte culturelle du continent et du Monde, l'Algérie n'a pas dit son dernier mot. A son actif, elle a obtenu l'inscription du siège de Grand Musée de l'Afrique à Alger ou GMAA. Même si le projet bute actuellement sur des atermoiements conjoncturels, les études d'architecture du musée sont quasiment finalisées sur le nouveau site des Annassers.
Ironie de la situation, les travaux de réalisation sont suspendus faute de budget au moment où la commission africaine se dit désormais favorable au partage du financement des 4 milliards de dinars nécessaires à sa construction.
D'une pierre, deux coups, le Comité de suivi technique du GMAA de l'Union africaine a aussi adhéré à l'idée de démultiplier virtuellement le musée à travers toute l'Afrique. En effet, l'immersion numérique 3D permettrait la diffusion d'expositions dans des lieux patrimoniaux africains associés à GMAA, facilitant leur accès à de larges publics africains dont les scolaires, pivot de l'éducation des générations futures et aussi de mutualiser les coûts de production et de médiation.
Ce réseau digital à l'échelle continentale, associant collections matérielles et immatérielles, constituerait une première mondiale et de surcroît totalement écologique. Enfin, il recèle un réservoir d'innovation en ingénierie culturelle pour les start-ups, au service de l'écosystème du tourisme culturel.
La création d'un établissement public dédié au Grand Musée de l'Afrique et son chantier des collections, dont Alger serait l'écrin, serait un signal fort. Il est temps d'offrir à l'Algérie un musée à la hauteur de ses ambitions culturelles et à sa prétention au leadership continental.
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