Paris calme le jeu
Invité surprise à la campagne en faveur du référendum du 29 septembre, la question du traité d?amitié, en cours d?élaboration, entre Alger et Paris est revenue hier au-devant de la scène après les déclarations de Dominique de Villepin faites à Oujda, aux frontières algéro-marocaines. « Le traité d?amitié algéro-français n?est ni suspendu ni ajourné », a affirmé le Premier ministre français, repris par l?envoyé spécial de l?agence APS. Il s?agit là d?une première réponse à un haut niveau aux récentes déclarations du président de la République qui, lors d?un meeting à Batna le 20 septembre dernier, a appelé la France de demander pardon pour les crimes commis lors de l?occupation du pays. « Si vous nous demandez pardon, nos c?urs sont assez vastes pour l?accepter, mais hormis cela, chacun défend ses intérêts avec les moyens qu?il juge appropriés (...). » Nous ne sommes pas fautifs et nous ne demandons pas l?impossible, nous revendiquons un droit. Chacun doit reconnaître ses propres torts à l?autre. Les Algériens ne veulent d?amitié que sur des bases saines », avait déclaré Abdelaziz Bouteflika. Auparavant, et à Béchar, il avait dit que l?Algérie était en train de « faire des efforts » avec les autorités pour la conclusion d?un traité d?amitié. « Mais cela doit se faire sur la base d?une reconnaissance de la France de ce qui appartient à Dieu appartient à Dieu et ce qui appartient à César est à César. Ceci n?est pas impossible », a-t-il affirmé. Le 20 septembre, quelques heures après le meeting de Batna, le ministère des Affaires étrangères français a réagi, par la voix de son porte-parole, Jean-Baptiste Mattéi. « Les négociations du traité d?amitié sont en cours. Toutes les dimensions de la relation franco-algérienne sont prises en compte », a déclaré le porte-parole du Quai d?Orsay, cité par l?AFP. Des sources diplomatiques, reprises par la même agence, ont annoncé une rencontre, à la mi-septembre, en marge du sommet mondial à New York, entre le ministre des Affaires étrangères algérien, Mohamed Bedjaoui, et son homologue français, Philippe Douste-Blazy. Les deux diplomates auraient évoqué « le travail de mémoire » à inclure dans le traité d?amitié dont la signature est annoncée pour fin 2005. Aucune indication, ni à Alger ni à Paris, n?a été faite sur ce fameux « travail ». « Nous sommes en train de travailler dans l?intérêt des deux pays. Nous sommes tout à fait désireux d?avancer dans cette voie, et c?est bien là l?objectif de la France comme de l?Algérie (...). Nous sommes donc tout à fait engagés dans ce domaine », a déclaré, hier, Dominique de Villepin. Il y a comme une volonté de la part de Paris de vouloir calmer une minicrise qui semble, à l?allure où évoluent les choses, remettre en cause la signature du traité d?amitié aux délais impartis. A la fin août, Jacques Chirac a insisté sur la nécessité d?aboutir à l?élaboration de ce traité semblable à celui qui lie, depuis le début des années 1960, la France à l?Allemagne et qui a scellé « la réconciliation » entre les deux pays. « Appelant de ses v?ux un Maghreb plus uni et solidaire, la France s?emploie à renforcer ses liens avec chacune de ses composantes. Ainsi travaillons-nous, avec l?Algérie, à un traité d?amitié qui illustrera cette ambition », a déclaré le Président français lors de la conférence annuelle des ambassadeurs de France. A propos de la zone Maghreb, Dominique de Villepin, ancien ministre des Affaires étrangères également, a dit, lors de sa visite au royaume voisin, des choses qui risquent de déplaire à Alger. Repris par l?agence marocaine MAP, il a appelé à « un dialogue direct » entre Rabat et Alger pour régler la question du Sahara-Occidental. Ce « dialogue » est, selon lui, un élément-clef à « l?intégration maghrébine ». « La position de la France est claire et constante : une solution politique mutuellement acceptable par les parties doit être trouvée dans le cadre des Nations unies », a-t-il dit. Pour Alger, la question du Sahara-Occidental est un problème de décolonisation dont la solution relève des Nations unies, solution qui reconnaît au peuple sahraoui le droit à l?autodétermination. Aussi est-il permis de penser que les déclarations de de Villepin pourraient ne pas aller dans le sens voulu par l?Elysée pour apaiser le climat avant la signature du traité. Surtout que la « plaie » ouverte par la loi du 23 février 2005, relative au « rôle positif » de la colonisation, n?est pas soignée. Pour rappel, l?actuel ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, est parmi les promoteurs de cette loi. Texte dénoncé par l?Algérie et par des militants des droits de l?homme, historiens et intellectuels français.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Metaoui Fayçal
Source : www.elwatan.com