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Toute cette violence se justifie, au fil du roman, puisqu'elle permet de mettre en lumière la bonté



Toute cette violence se justifie, au fil du roman, puisqu'elle permet de mettre en lumière la bonté
La fin qui nous attend se lit comme un roman philosophique. L'auteur algérien Ryad Girod, signe chez Barzakh un récit palpitant qui emporte tout sur son passage. De la violence au chaos, jusqu'à la délivrance.- Vous décrivez dans La fin qui nous attend un pays défiguré par les séismes et le chaos. Cette fin qui nous attend est finalement ce chemin vers lequel nous avançons. Est-ce que le chemin qui mène vers la fin est plus important que la fin en elle-même 'La structure première de mon roman, La fin qui nous attend, est un raisonnement par l'absurde. Dans le sens où je mets comme hypothèse de départ un monde touché par un séisme, donc en ruine, où il ne subsiste quasiment aucune humanité, à cause de ce cataclysme et des luttes, entre les religieux et les gens qui sont plus pour un Etat «fort». Nécessairement, il y a une violence très forte, qui caractérise cette une déshumanisation totale de la société, et qui touche finalement tout le monde.Le peuple dans un cynisme un peu absurde qui va envahir un paquebot pour chopper de la nourriture, les belligérants qui sont d'une cruauté sans nom, et aussi les communicants, c'est-à-dire les journalistes et les intellectuels. Toute cette violence se justifie, au fil du roman, puisqu'elle permet de mettre en lumière la bonté. Mon intention était vraiment de faire un roman sur la bonté. Et Douce, l'un des personnages, incarne cette possibilité de bonté malgré tout, malgré le chaos. Une bonté face au personnage principal, un militaire profondément cynique, froid et désabusé. Il y a une possibilité de bonté qui a germé en lui au contact de Douce.- Finalement, dans l'obscurité la plus opaque, il y a une part de lumière 'Tout à fait. Il y a une lumière possible. J'ai été quelque peu pessimiste, dans le sens où j'ai fait mourir Douce. J'aurai pu la laisser vivre. Je pense que je voulais enrager le lecteur. Afin qu'il se dise que cette femme, Douce, qui incarne la bonté, ne devrait pas mourir. Ceci dans le but de le faire réagir ou le remuer. Douce est comme nous tous, une incarnation passagère. Ceci dit, la bonté est toujours possible, donc tout ce qui en découle l'est: le bien, l'amour... Elle se matérialise autrement. Je pense que la bonté est transcendante.- La bonté une forme d'intelligence 'Oui. Dans mon livre je me suis beaucoup inspiré du philosophe néoplatonicien Plotin qui considérait le bon, ou le bien, comme une substance infinie qui nous dirige tous, de façon transcendante.- On va d'une décomposition vers une reconstruction du personnage principal, par rapport à sa vision des autres, de lui-même, de ses actions. Une prise de conscience...Exactement, il a une façon bien à lui de prendre conscience, d'aller vers la rédemption. Il a quand même assassiné le livreur d'alcool pour lui rendre service ! C'est un militaire qui réagit en fonction de ses réflexes. Dans sa tête, c'est une bonne action. Même son fils y passe, pour débarrasser l'humanité d'un mal. Il avait le pouvoir, le droit de vie et de mort sur les autres.- Un pouvoir comparable aux tyrans de notre époque ' En particulier ceux qui sèment la mort au Moyen-Orient 'J'ai vécu quelque temps au Moyen-Orient, où mon métier m'a amené à voyager dans la région. Dans mon roman, La fin qui nous attend, la ville n'est pas définie, l'époque non plus. La ville, par son architecture, son atmosphère, peut être Tripoli, Damas, Beyrouth et même Alger. Puisque la problématique du conflit et de la destruction est universelle. Il y a des images d'Alger parce que c'est ma ville, j'y suis né et j'ai grandi, forcément on la retrouve, elle transparaît indéniablement.- Vous dites que vous vouliez provoquer le lecteur. Votre roman est rigoureusement structuré, se base-t-il sur l'expérimentation 'Concernant la structure du livre, cette façon d'écrire des phrases longues, tout en faisant sauter la syntaxe, c'est vraiment le style que je suis en train d'acquérir depuis mon premier roman. Il y a une recherche de vitesse. D'ailleurs, je hais le point ! Je trouve qu'il crée des arrêts brutaux, qui freinent l'étourdissement et l'évasion.Je sais que ça peut choquer des lecteurs qui sont dans l'attente d'une lecture académique et classique, mais si on se donne la peine, au bout de quelques pages on se laisse vraiment entraîner. Je ne suis pas l'inventeur de ce style. J'ai encore une fois été très influencé par mes lectures. Je suis un grand admirateur de Claude Simon, c'est vraiment lui qui a perfectionné ce style de phrases très longues et circulaires.Au début, quand je me suis lancé sur les lectures de Claude Simon, j'étais un peu dérouté, mais on se laisse envahir. James Joyce, l'écrivain irlandais, le faisait aussi. Je veille à garder une homogénéité du fil narratif, il est continu, il n'y a pas de petites histoires dans l'histoire.- Quelles sont vos influences en terme de littérature ' Que lisez-vous en ce moment 'Mes influences sont Claude Simon qui m'a beaucoup marqué. Ceci dit, et dans un autre registre, pour moi, Marie N'Diaye est l'un des auteurs contemporains le plus subtil. Elle écrit en toute simplicité et subtilité. Son style c'est vraiment aller chercher le mot, la phrase ou l'image qui va faire percevoir une situation qui est d'une complexité indicible.Que l'on pourrait ressentir mais sans jamais parvenir à trouver les mots, Marie N'Diaye le fait très bien. Côté algérien, plus jeune je lisais beaucoup Rachid Boudjedra, c'est aussi pour sa recherche de structure singulière. Aujourd'hui, je suis un grand lecteur d'Abdelkader et de ses maîtres: Ibn Arabi, Rumi, Hallaj...- Avez-vous pensé à faire traduire vos romans vers l'arabe, par exemple 'Quand une ?uvre est éditée, elle n'appartient plus à l'auteur, c'est une démarche pour l'éditeur. Ceci dit, ça me ferait énormément plaisir pour deux raisons ; la première est pour s'ouvrir pour un autre lectorat. Et la deuxième raison c'est que j'adore la langue arabe, quelle soit derdja ou fossha.


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