Alger - Revue de Presse

Tous dedans!



Dansles pays à propagandes intensives, on fait toujours partie d'un discours, mêmesi on garde la bouche fermée.Lesétrangers qui visitent le pays, dans un cadre officiel, et qui viennent, ici,délivrer des messages, en font les frais mécaniquement. En témoigne la grossemise au point du commissaire du Commerce extérieur de l'UE, avant-hier, àAlger. Venu dire que la terre est ronde mais que l'Algérie est trop plate, il aservi à la cuisine nationale par usages détournés, choisis ou insidieusementsélectifs, de ses propos.Pourles fabricants du 3ème mandat, le commissaire de l'UE est venu saluer l'Å“uvrede Bouteflika, en affirmant que l'UE est là pour l'aider, l'assister et lesoutenir comme un bon comité de soutien. Le message étant que l'UE vote déjàBouteflika.Pourles détracteurs de cette dictature molle, le commissaire européen a été clair:l'Algérie avance lentement, traîne un socialisme persistant et sourcilleux etconfond souveraineté et accords comme d'autres confondent amour et mariage,gloire et beauté. Enfin, et pour ceux qui ne s'intéressent pas au commissaireeuropéen, qui ne le comprennent pas et pour qui il ne sert à rien, il vautmieux aller en Europe que d'attendre qu'elle vienne chez nous.Enconclusion, en Algérie, rien n'échappe plus au débat fermé sur le 3e mandat.Commissaire européen, grévistes, sage-femmes, hamsters de Aïn jerrican,lycéens, réparateurs de plomberie ou justicier mental, tous se retrouventimpliqués et engagés dans cette vaste procédure de transformation de tout unpays en une seule autobiographie indépassable. On ne peut plus ni en sortir, nil'oublier, ni ne pas l'accompagner. On se meut dedans comme dans un ventre quine va accoucher que d'une seule personne. On peut y multiplier les pétitions,les analyses, y défendre la stabilité ou l'alternance, s'opposer en s'écrasantcontre les parois ou tenter la césarienne avec un groupe d'intellectuelsirréductibles, on est tous pris dans le scénario. Lequel? Celui de l'uniquequestion nationale qui se pose depuis toujours: faut-il sauver l'Algérie ou lesAlgériens, sachant que les deux ne veulent pas la même chose? La question s'estposée, en 1992, entre le vote démocratique ou le coup d'Etat de sauvegarde dela nation. Elle s'est posée à la mort de Boumédiène entre Bouteflika et lesfabricants de Chadli. Elle se pose, donc, aujourd'hui avec le même amalgamedestiné à effrayer: l'alternance c'est l'instabilité, la stabilité c'estBouteflika. La mauvaise équation se consomme en national et en international.Le commissaire de l'UE en fait partie. Comme le monde arabe, comme nous tous.Il n'y a plus d'issues. Ni dans la transcendance polluée par l'offre Ben Laden,ni dans l'immanence bloquée par l'offre Bouteflika, ni dans la littérature quine raconte plus que l'ennui des intellectuels, ni dans TPS verrouillée, ni dansles yeux des femmes qui ont, désormais, les mêmes yeux secs que les hommes, nidans les voyages interdits aux pauvres, aux bruns, aux noirs et aux endettés.Rien n'échappe à la politique en Algérie, sauf peut-être, les harraga, lesmorts après le départ des Français et les admirateurs du ciel nocturne, alignéssur la liste du voyage astral.
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