
Deux dates. L'histoire entre la France et l'Algérie comporte deux événements majeurs qui se sont produits à Toulon avec plus d'un siècle d'intervalle. Hier, c'était la commémoration par la France du 70ème anniversaire du Débarquement de Provence près de Toulon. Sur invitation du président français, François Hollande, Sellal était présent à la cérémonie. Il représentait le président de la République, Abdelaziz Bouteflika qui avait assisté personnellement en 2004, sur invitation du président français Jacques Chirac, au 60ème anniversaire de ce même débarquement. Ce débarquement du 14 Août 1944 près de Toulon est celui de 350.000 soldats qui allaient reprendre les villes françaises occupées par l'Allemagne nazie.180.000 de ces soldats venaient du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) qui faisait partie de l'Empire colonial français. Les Algériens étaient en plus grand nombre. Bref, ils ont libéré la France. Ce qui est intéressant à retenir de cette participation algérienne en plus de celle du centenaire de la guerre 14-18 qui a été célébré le 14 Juillet dernier aux Champs-Elysées, est cette volonté commune de rapprochement entre la France et l'Algérie en brisant des tabous qui entravent la paix mémorielle. Ce n'est pas toujours facile, mais l'apaisement est en marche. Moins pour les Marocains et les Tunisiens qui n'ont eu à subir de la France que le Protectorat. Comparé à l'annexion pure et simple de l'Algérie avec le déni existentiel du peuple algérien, nos voisins ont, relativement, moins souffert que nous. C'est pourquoi leur relation avec la France est différente, normalisée. Un ancien Français de Tunisie ou du Maroc est forcément moins revanchard qu'un ancien Français d'Algérie. C'est pourquoi la participation algérienne à des commémorations militaires françaises revêt un caractère particulier. Elle suscite de nombreuses et vives réactions. C'est une véritable «dévitalisation» de la douleur que tentent actuellement les chefs d'Etat des deux pays. La partie n'est pas facile. Elle n'est cependant pas impossible. Elle exige du temps et beaucoup de doigté. Avec sincérité, justice et respect mutuel. On ne comble pas un fossé qui date du Directoire en un jour ni même en dix ans. Entre le 60ème et le 70ème anniversaire du Débarquement de Provence, il y a eu, par exemple, un «passage à vide» durant le quinquennat Sarkozy. Ce qui incite à ne rater aucune occasion pour rattraper le temps perdu. On disait au début qu'il y a deux dates à Toulon qui marquent l'histoire entre l'Algérie et la France. Celle d'hier est connue. Celle du 14 juin 1830 l'est beaucoup moins. C'est ce jour-là que le débarquement français a réellement eu lieu en Algérie. Et c'est de Toulon qu'est partie l'armada composée de 600 navires commandés par l'amiral Duperré sous le contrôle vigilant du ministre de la Guerre, le général Louis de Bourmont, qui était du voyage. Le départ de la flotte a eu lieu le 25 mai 1830 mais une tempête l'oblige à se détourner sur Palma, le temps de regrouper les navires. Une semaine après, l'expédition reprend sa «route» vers Alger. Le 14 juin les militaires français foulent le sol algérien pour marcher sur Alger qu'ils atteindront le 5 juillet 1830. Si les Algériens ont débarqué le 14 août 1944 à Toulon pour libérer la France, le 14 juin 1830, les Français, partis de Toulon, ont débarqué à Sidi Ferruch pour occuper notre pays. L'année prochaine ce sera le 185ème anniversaire de ce débarquement français en Algérie. Une occasion supplémentaire de commémorer ensemble, Français et Algériens, l'événement. Avec le courage, la lucidité et la reconnaissance nécessaires à l'apaisement des coeurs. D'ailleurs, et après la commémoration du 14 Août 1944, «zapper» le 14 juin 1830 sera, pour le moins, contre-productif!
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouhir MEBARKI
Source : www.lexpressiondz.com