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Toujours une agence pour 25 000 habitants La bancarisation contrariée de l'économie algérienne



Toujours une agence pour 25 000 habitants                                    La bancarisation contrariée de l'économie algérienne
Les récentes propositions du FCE, relayant les protestations des banques privées, relancent le débat sur les freins imposés au développement des réseaux bancaires.
À Alger, la rue Didouche-Mourad est en passe de devenir la vitrine d'une modernisation des agences et des services bancaires annoncée de longue date et qui tarde à se concrétiser.
Au bas de la rue, du côté de la Grande Poste, Algeria Gulf Bank (AGB) vient d'inaugurer le premier espace de self-banking en Algérie. Dans une agence flambant neuf, ce sont des automates qui attendent le client et lui permettent de réaliser retraits, dépôts, commande de carnets de chèques et vérification du solde, en attendant que le 'drive banking', annoncé lui aussi par AGB, permette de réaliser les mêmes opérations sans descendre de sa voiture. À l'autre extrémité de la rue Didouche, la BEA a récupéré, depuis quelques mois, l'immense espace des anciennes galeries algériennes pour le transformer en agence pilote.
Là aussi, le client est accueilli dès l'entrée par une longue procession de distributeurs automatiques de billets (DAB) et de guichets automatiques de banques (GAB) alignés en série. L'organisation de l'espace s'inspire clairement des principes en vogue de séparation du back office et d'un front office où les fonctions d'accueil et commerciales occupent désormais une place prépondérante. La diversification des activités est aussi au rendez-vous avec l'espace dédié à la bancassurance où le nouveau partenaire AXA est déjà opérationnel. Pour le leasing et le capital-risque auxquels sont associés également des partenaires internationaux, un vaste écran lumineux annonce qu'il faudra patienter encore un peu'Des innovations qui peinent encore à se généraliser et qui, surtout, s'inscrivent sur une toile de fond qui reste dominée par une sous-bancarisation persistante de l'économie de notre pays. Voici des années que les compteurs semblent, dans ce domaine, quasiment bloqués. Une agence pour 28 000 habitants, annonçait voici quelques jours le séminaire du FCE. Une pour 25 000 habitants selon l'Abef, contre une pour 12 000 habitants au Maroc et une pour 9 000 habitants en Tunisie. Comment expliquer un retard aussi important et qui ne semble pas devoir se combler '
Les agréments de la Banque d'Algérie sur la sellette
Du côté des banques privées, l'explication est toute trouvée et semble ne faire aucun doute : le principal frein au développement de l'activité des banques privées est constitué par les lenteurs de la procédure d'autorisation d'ouverture de nouvelles agences par la Banque d'Algérie. Une situation dont se plaignent la quasi-totalité des opérateurs.
Certaines banques continuent de se retrouver, au début de l'année 2012, avec plus d'une dizaine d'agences entièrement équipées et le personnel recruté, dans l'attente du feu vert de la banque centrale. Dans son dernier rapport annuel publié l'été dernier, BNP Paribas El-Djazair annonce 58 agences opérationnelles mais encore 13 agences en attente d'agrément. Même son de cloche du côté de Société générale Algérie, qui se félicite de l'ouverture de neuf nouvelles agences au cours de l'année, pour un total de 63, dont, notamment, Ghardaïa au Sud, mais aussi Médéa, Koléa, Tipasa, Chlef, Skikda et Batna, mais qui déplore, également, dans son dernier rapport annuel, que 'le réseau d'agences n'ait pas connu, pour des raisons exogènes, l'expansion souhaitée', ce qui a eu des répercussions sur le nombre de collaborateurs qui 'a moins fortement augmenté au cours de l'année, compte tenu du ralentissement dans le rythme d'ouverture des nouvelles agences'. Filiale du holding koweïtien Kipco, Algeria Gulf Bank avait également, au début de cette année, une dizaine d'agences en attente d'agrément, depuis près de 2 ans pour certaines d'entre elles. Un des principaux dirigeants du groupe, venu spécialement du Moyen-Orient, a été reçu fin février par Karim Djoudi. Le communiqué officiel évoque le souhait du partenaire d'une extension du réseau d'AGB, qui compte actuellement une trentaine d'agences opérationnelles, 'à l'ensemble du territoire national', ainsi que des projets de sociétés mixtes dans les domaines du leasing et du capital-risque.
Contrôle sur le développement
des réseaux
Ces retards qui ont été pendant un temps interprétés comme un dysfonctionnement bureaucratique apparaissent de façon croissante comme une démarche délibérée du régulateur algérien du secteur. Ce pilotage plus fin de la Banque d'Algérie semble viser principalement à rééquilibrer le développement des réseaux en faveur des banques publiques. Certains cadres du secteur évoquaient, voici quelques mois, une correspondance adressée par le premier ministère à la Banque d'Algérie demandant explicitement à cette dernière d'accélérer la délivrance des agréments en faveur des banques publiques.
Pour un cadre de la Banque d'Algérie, 'on assiste ces dernières années à un contrôle plus strict de la banque centrale sur la croissance des réseaux. Les agréments ne sont pas automatiques. Ce contrôle concerne non seulement l'agrément des nouvelles agences mais également la possibilité pour ces agences d'opérer dans le domaine du commerce extérieur, qui donne lieu à une autorisation spécifique'. En attribuant de façon plus sélective l'autorisation d'exercer dans le domaine du commerce extérieur, l'autorité de régulation chercherait à rééquilibrer la part des deux secteurs en faveur des banques publiques dans une activité dont la généralisation du crédit documentaire a renforcé la rentabilité. Elle devrait également contribuer à orienter davantage l'activité des banques privées vers le financement des PME ou encore le crédit immobilier, qui sont depuis près de 18 mois des priorités explicitement désignées par les pouvoirs publics à l'adresse des banques.
Un gel du nombre d'acteurs bancaires
Les limites imposées au développement des réseaux des banques privées ne sont pas les seuls freins rencontrés dans la période la plus récente par la bancarisation de l'économie algérienne. L'augmentation sensible du seuil du capital minimum à laquelle s'est ajoutée la confirmation par la LFC 2010 de l'obligation de s'associer à un partenaire algérien majoritaire paraissent en outre avoir refroidi l'ardeur des candidats à un nouvel agrément, et on assiste depuis quelques années à une stabilisation, voire un gel du nombre de banques privées exerçant sur le marché algérien.La forme la plus controversée du contrôle exercé par la Banque d'Algérie sur le développement du secteur reste, cependant, l'exclusion qui ne dit pas son nom de tout projet de banque algérienne privée. En attendant une évolution de la doctrine des autorités financières algériennes dans ce domaine, le paysage bancaire algérien continue de présenter la singularité par rapport à tous les pays de la région de n'être constitué que de banques publiques et de banques privées à capitaux d'origine étrangère.
Le patronat pour la suppression des agréments
Si le statu quo semble aujourd'hui satisfaire les pouvoirs publics, ce sentiment est loin d'être partagé par la plupart des opérateurs économiques et des spécialistes du secteur. Après les banques privées, c'est, au cours des dernières semaines, le patronat qui est monté au créneau. Le récent séminaire organisé par le FCE propose, parmi les mesures prioritaires formulées par les patrons algériens, d''ouvrir de manière effective aux investisseurs privés nationaux l'ensemble des secteurs d'activité économique qui leur sont aujourd'hui, dans les faits, fermés'.
Parmi les secteurs principalement concernés figurent ceux des 'banques et assurances.' Un peu plus loin, dans les 50 propositions du FCE, l'organisation patronale, dirigée par Réda Hamiani, réclame la suppression pure et simple de l'agrément préalable de la Banque d'Algérie pour l'ouverture des agences bancaires, 'de sorte à impulser le développement du réseau bancaire national et à se rapprocher des normes régionales en la matière, soit une agence bancaire en moyenne pour 10 000 habitants (contre 28 000 actuellement).'
Le FCE propose également, dans le même sillage, 'de développer les réseaux de banques algériennes à l'étranger pour permettre de collecter les ressources financières détenues, notamment, par l'émigration nationale dans un certain nombre de pays partenaires'.
H. H.
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