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Thèmes anachroniques et absence totale d'un public BRUITS ET CHUCHOTEMENTS AUTOUR DU CINEMA ALGERIEN



Thèmes anachroniques et absence totale d'un public                                    BRUITS ET CHUCHOTEMENTS AUTOUR DU CINEMA ALGERIEN
L'année 2012 aura connu, sur le plan culturel, une relative débauche d'énergie physique, intellectuelle, matérielle gracieusement financée dans le cadre d'évènements successifs ces dernières années. Le relais «Tlemcen capitale de la culture islamique» a été très vite assuré avec la commémoration du cinquantenaire de l'indépendance du pays parce que, vraisemblablement, chorégraphié par le ministère de la Culture qui ne saurait souffrir de l'effervescence créative de la production indépendante, urbi et orbi, d'autant plus que celle-ci se singularise par des distinctions à hauteur des festivals internationaux dont la notoriété va logiquement aux organismes et institutions qui auront pour beaucoup contribué à la production de films de fiction, documentaires et autres courts métrages. Dans cette optique, une part régalienne a été accordée au cinéma mais cela ne peut en aucun cas être suffisant même si les quotidiens nationaux d'information et autres spécialisés accordent, étrangement, de plus en plus d'espace à la médiatisation d'une sortie de film jusqu'à lui conférer le statut d'évènement de l'année.Ce qui, pour le moins, relève du paradoxe compte tenu de la réalité d'un parc salles de spectacles quasi inexistant, ce qui a encore pour effet de rendre plus ridicule le brassage d'air autour d'une production poussive et (Est-il besoin de le répéter ') rébarbative parce qu'elle n'innove aucune en matière de proposition nouvelle au public, restreignant de fait le choix de ce dernier et son orientation, à la limite délibérée, vers tous les produits étrangers lesquels (Est-il besoin d'insister sur le sujet ') sont nettement plus attractifs fussent-ils de série «B» frelatée. La question du renouveau du cinéma ou d'une réalité cinématographique qui n'existe pas ne peut être imposée en l'absence de salles, non seulement en nombre mais, également, en ce qu'elles proposent de conditions d'accueil, de vision et de prestations annexes. L'un des plus éminents experts nationaux du 7e art
n'affirmait-il pas, très récemment, que le pays recèle, certes, des cinéastes mais pas de cinéma ' Il semble alors que l'adresse est faite aux responsables officiels de la Culture, à tous les niveaux de responsabilité, pour le moins incongru, voire irrévérencieux de parler de production cinématographique et conférer à la sortie d'un film le plus grand tapage publicitaire après lui avoir consenti des fonds sans limite pour la réalisation, tout en occultant le processus habituel de sa fabrication en ce que ce processus compte d'étapes qui vont des repérages à la postproduction en passant par le tournage et ses avatars, ses moments de joie et ses moments de déception.
Un secteur cinématographique qui se respecte ne peut fonctionner normalement sans d'autres supports didactiques que seraient les revues qui lui sont spécifiquement dédiées mais, surtout, quitte à seriner sans arrêt le sujet des salles à même d'accueillir le produit. Si la question des sorties est à évoquer dans le sens où elle met en exergue l'activité cinématographique d'un pays, ce n'est, certes, pas notre pays et encore moins ses responsables concernés avec trois ou quatre films et comparativement à l'industrie indienne et ces milliers de films par an qui en revendiqueraient l'apanage. Bien entendu, d'aucuns argueront les délires technologiques de ces vingt dernières années et l'avènement des lecteurs vidéo, des CD et DVD, la télévision par satellite, ce qui, effectivement, n'est pas sans avoir eu l'effet évoqué sur la désaffection du public par rapport aux salles obscures, sauf qu'il faudrait, également, admettre que toute mode ou attitude passe pour restituer à la vie ses anciennes habitudes.Insister sur le phénomène de l'invasion des nouvelles technologies ne constitue qu'un faux-fuyant. Il suffirait pour cela de prendre pour exemple l'industrie cinématographique indienne et les magiques studios marchands de rêve de Hollywood. Sans avoir été un parangon d'excellence, le cinéma algérien a donné de très belles 'uvres au lendemain de l'indépendance, des 'uvres qui restent toutefois limitées au thème précis de la Guerre de libération, un choix qui ne pouvait durer dans le temps et auquel pourtant les pouvoirs publics et plus particulièrement le ministère de la Culture semble revenir en imposant aux premières 'uvres l'obligation d'être consacrées à l'histoire nationale et peu importe la période. Or, il s'agit, là, d'une orientation située aux antipodes des attentes d'une population constituée en majorité de jeunes de moins de 25 ans qui n'en ont cure qu'on leur parle de la Révolution parce qu'ils en sont blasés par ceux qui en connaissent un brin et/ou qu'ils s'en tiennent totalement éloignés parce qu'ils ne trouvent aucun intérêt à une tranche d'histoire rendue rébarbative par les non-dits et les mensonges par omission. Le cinéma des années 70 avait donné quelques titres de noblesse au 7e art national parce qu'il existait d'abord de la matière, ensuite des cinéastes formés dans de grandes écoles à l'étranger et qui en maitrisaient, de fait, toutes les techniques, de l'écriture à la lecture en passant par la direction d'acteurs, la gestion d'un plateau. Ce genre de cinéma avait quand même le mérite de s'imposer sur les marchés extérieurs auprès de publics qui le découvraient en vue d'obtenir, régulièrement, des récompenses fussent-elles dictées par des considérations pour ne pas dire concessions politiques, notamment après la première crise pétrolière, la guerre israélo-arabe et le drame palestinien, que de la valeur intrinsèque des films et qui serviraient à en édulcorer l'intensité.Revenir aujourd'hui à ce genre de cinéma, on ne sait d'ailleurs pour quelle raison, n'est très certainement pas porteur et quel que soit le nombre de films réalisés, les salles, si tant est qu'il en existerait une douzaine de fiables sur l'ensemble du territoire, n'en seraient jamais remplies sauf le jour d'avant-première où, par obligation, tous les obligés de l'Etat sont'obligés d'y faire acte de présence. Alors parler de sorties cinéma, autant évoquer l'Arlésienne.
A. L.
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