
En s'accrochant au pouvoir vaille que vaille après trois mandats successifs en dépit de sa maladie et d'un bilan-boulet lourd à porter, Bouteflika a réussi à diviser les Algériens et à les opposer les uns contre les autres autour de sa candidature confirmée désormais officiellement.Un sentiment largement partagé d'angoisse, de peur, alimenté par ce saut dans l'inconnu dans lequel se voit plongée l'Algérie avec cette candidature fortement contrastée et contestée, était largement perceptible chez les citoyens qui se sont réveillés hier avec la gueule de bois des lendemains de célébration de fête d'Halloween.Après cette annonce qui a fait l'effet d'un big-bang qui n'a pas laissé indifférent même Dame Nature secouée par un séisme ressenti dans Alger et les wilayas limitrophes, beaucoup n'ont pas hésité à faire le parallèle avec les années 1990, au lendemain de la victoire du parti dissous aux élections législatives de décembre 1991. Les mêmes peurs, pour l'Algérie, pour les libertés, pour la stabilité du pays, pour les quelques rares espaces contrôlés de la démocratie concédés reviennent à la surface. Le FIS menaçait aux portes du pouvoir, après le premier tour, de lancer une opération de purification contre les élites «impies» hostiles au projet islamiste. Ce qui fut fait. Assassinats, exil forcé, régression économique, sociale. La décennie noire, un mauvais souvenir qui appartient au passé ' Pas si sûr, pronostiquent les citoyens qui, sans nourrir de haine particulière vis-à-vis de Bouteflika en tant qu'homme politique, revendiquent toutefois le droit légitime et citoyen d'exprimer des réserves sur sa gouvernance et sur l'opportunité de prolonger son règne.L'état d'esprit d'une large frange de la population ? corps médical, enseignants, lycéens, chômeurs, investisseurs inquiets pour leur avenir, tous ces laissés-pour-compte du règne de Bouteflika ? est loin de tendre à l'apaisement à la suite de l'annonce de cette candidature. Cet événement ne manquera pas d'avoir, selon les analystes, des conséquences immédiates sur la crédibilité du scrutin largement entachée depuis fort longtemps déjà. Il n'est pas exclu, en effet, que cette décision provoque un effet repoussoir auprès de certaines candidatures déclarées ou qui se préparaient à franchir le pas. Les conséquences post-17 avril apparaissent tout aussi insoupçonnées et inquiétantes. Car c'est là que se jouera la deuxième mi-temps de l'élection présidentielle ou plutôt le match de qualification dans la mesure où il faudra trouver, via la révision constitutionnelle, un successeur à Bouteflika qui n'aura pas à gouverner par procuration mais en vertu de pouvoirs constitutionnels. Au-delà de la capacité de Bouteflika à diriger le pays sans devoir déléguer ses prérogatives à ses hommes de confiance, comme il le fait depuis plus d'une année avec le Premier ministre qui exerce de fait la fonction de Président par intérim, se pose la question, toute aussi cruciale et inquiétante, des conditions politiques dans lesquelles le consensus sur la candidature de Bouteflika a été scellé entre les clans du pouvoir. Jamais dans les annales politiques algériennes un consensus sur le choix du candidat du système n'a été aussi difficile et laborieux à trouver. On avait frôlé le pire en impliquant dans une guerre de tranchées des structures des commandements de l'institution militaire sommées de se déterminer par rapport à la candidature de Bouteflika avec le risque grave d'une scission aux conséquences incalculables.L'opposition à un quatrième mandat de Bouteflika d'un segment de la hiérarchie militaire prêtée au patron des services de renseignement et relativisée par d'autres analystes des questions sécuritaires avait donné libre cours à des lectures sur un supposé changement de rapport de forces dans le sérail au détriment de Bouteflika. Le pays a vécu une semaine folle émaillée de déclarations et de contre-déclarations ininterrompues de hauts gradés de l'armée à la retraite, d'hommes politiques proches du cercle présidentiel ainsi que de l'opposition pour analyser la crise qui avait gagné les plus hautes sphères décisionnelles de l'Etat. Un simple orage de printemps spécifiquement algérien ' Tout ce que la scène politico-médiatique a connu comme convulsions ces derniers jours n'était-il donc qu'un jeu de théâtre de boulevard où de faux protagonistes se seraient donnés la réplique sous les airs mi-amusés, mi-inquiets des citoyens ' Y a-t-il eu un (new) deal et un retrait négocié des parties en conflit aux positions d'avant la crise ayant débouché sur un nouveau consensus préservant les intérêts des uns et des autres sur le dos de l'Algérie ' L'avenir nous le dira. Les appels à la résistance pacifique pour un? «redressement révolutionnaire» lancés à travers les réseaux sociaux et par les forces politiques et par la société civile opposées à la présidence à vie pourront-ils changer quelque chose au rouleau compresseur du clan présidentiel prêt à broyer tout sur son passage '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Omar Berbiche
Source : www.elwatan.com