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TendancesLes hirondelles et les lièvres



TendancesLes hirondelles et les lièvres
Youcef Merahi
merahi.youcef@gmail.com
A mon tour, je ne vais pas me priver de revenir sur ce miracle footballistique, l'Algérie sera au Brésil, la terre de ce sport devenu par la force de l'argent le nouvel «opium du peuple». Je veux juste mettre, un petit chouïa, mon grain de sel. Je ne parlerais ni de la tactique de l'entraîneur, ni de la qualité des joueurs. Ni des remplaçants. Ni des gesticulations de Vahid. Ni des pleurs de Raouraoua. Ni des ministres chamarrés aux couleurs algériennes. Belle galerie ! Ni du geste brutal de Bougherra. Ni des hésitations de Zemmamouche. Ni de Taider et de Belfodil sur le banc de touche. Je suis un technicien du verbe, pas celui du foot. Puis, je dois être bloqué sur Gijon. Pourquoi pas ' Aux temps heureux de Lalmas. Seridi. Kolli. Amirouche. Aouedj. Zitouni. Rafaà ?. Meziani. Krokro. Gamouh. Bencheikh. Draoui”? Je peux aller de ma liste, elle est aussi longue que les quatre minutes de rabiot de fin de match Algérie-Burkina. Que voulez-vous, je pique ma crise de nostalgie, du temps où le joueur algérien se contentait d'un sandwich d'avant match. Sans une fiche de paie qui donne le tournis aux smicards. Tout me semblait facile à l'époque, la belle, un but direct sur corner, un drible assassin de Betrouni, une parade sans égale de Boubekeur, le marathon d'Amrous Omar, le coup d'œil impérial de Fergani et/ou le rempart infranchissable d'Amar Haouchine. Je veux cuver ma nostalgie de ce jour, l'Algérie était belle, et proposer un changement autour de l'équipe nationale : on devrait l'appeler désormais «Les hirondelles», aux lieu et place de Les fennecs». Parce que le temps d'un match et d'un but, unique, orphelin, le printemps fut sur toute l'Algérie. Les oiseaux chantaient. Les roses ont éclos de nouveau à Blida, la bien-nommée. Plus un seul nuage au-dessus de nos têtes festives. Congratulations. La fraternité retrouvée. Cri à l'unisson. Avenir commun : aller à Rio. Tout cela, par la grâce d'un match de football. Et d'un seul but : le printemps a bouté hors de nos frontières l'hiver, ses pluies, son froid et sa neige. L'IDH (Indice de développement humain, un nouveau PIB, je crois) était à son comble. Joie irradiante. Mixité retrouvée. Couleurs nationales rehaussées. Overdose de drapeau. Décibels de klaxons. Cris d'allégresse. C'est cela le printemps, à mon sens. On se sent heureux, léger, aimant, sans animosité, aérien, vivant, profondément algérien, aucune envie de «brûler la mer», citoyen, sens civique élevé et politesse avérée. On n'est pas loin de l'état d'un opiomane, cet effet qui affirme le détachement et l'élévation artificielle. Comme disait Baudelaire, «le paradis artificiel». Le foot, drogue ' Je dis, oui ! Nous avons consommé ce paradis, en 1982, à Gijon, lorsque les Belloumi, Assad et Madjer (pour ne citer que ces trois) ont terrassé l'ogre allemand. Nous avons fumé cet opium par les oreilles, en ce temps-là . La suite, nous la connaissons, il est inutile de tourner le couteau dans la plaie.
Ceci étant dit, supposons maintenant que tout est bien dans le meilleur des «Algéries». Autoroutes impec. Villes aseptisées, propres, accueillantes. Forêts récréatives. Sécurité totale. Absence de terrorisme. Ecole citoyenne, qui prépare l'Algérien de demain, sans idéologie. Alternance au pouvoir. Démocratie réelle. Civisme. Littoral chatoyant, une Riviera algérienne. Mosquées à mesure d'homme, sans décibels. Islam ancestral. Passeport patriotique. Pas de corruption. Ni népotisme. Pas de bureaucratie (au fait ce n'est pas en supprimant des documents administratifs qu'on arrive à faire reculer la bureaucratie ; c'est cette dernière qu'il faut juguler). Hèpitaux hospitaliers. Chaîne du médicament stable à cent pour cent. Médecins et médecines. Pas de val-de-crasse. J'en oublie, bien sûr. Mon rêve est incommensurable. A ces prix-là , j'avoue qu'il n'y aura qu'une seule vraie saison dans notre pays : le printemps. Une seule saison sociale. Politique. Economique. Sociale. Culturelle. Industrielle. Il n'en faut pas beaucoup pour rendre heureux l'Algérien. Plus sentimental que lui, tu meurs. De l'amour. De la fraternité. De l'espoir. Du rêve. De la liberté”? Il a suffi d'un but dystocique pour le délivrer des tourments de l'heure : l'Ansej. La mercuriale. Le boulot. L'AADL. Le transport. Le visa. L'école. L'Anem. La mal-vie. L'Europe (France et Espagne : les pays de Cocagne). L'insécurité. Quatre-vingt-dix pour cent d'exportation en hydrocarbures. Les bateaux en rade. Le bétonnage de la Mitidja. Les élections passées et à venir. Les APC. (Je pique, en ce moment, une crise aiguë de pessimisme, mon médecin préféré, Mouloud O. n'y peut rien). Je repense alors au but (elyatim) de Magic, je gonfle mes poumons, inspire un grand coup et je me vois déjà au Brésil (samba, plage mirifique, femmes sublimes, coucher de soleil tel une oriflamme”? Oh, réveille-toi, tu es à Télemely !).
Je suis à Alger, capitale de l'Algérie (repose en paix, Anna Greki). Pluie noire. Trottoirs poisseux. Circulation à la limite de l'embolie. Cafés pleins comme un œuf. Va-et-vient incessants. A croire que personne ne travaille. Pas d'heure de pointe. Des jours de pointe, plutèt, hormis le vendredi, jour saint. Aucune harmonie. Bitume usée. Goudron fumé par le piéton. Gaz d'échappement. Coups d'épaules rageuses. Femmes fantèmes. Machisme. Je me demande pourquoi je retombe, comme ça, soudainement sur cette réalité oppressante, ai-je le droit de me plaindre, ou vais-je offrir ma démesure au poème qui s'annonce, au risque de déplaire aux antipoètes officiels, pourquoi l'écrire justement, pour quelle édition, quelle réception, ça reste une démangeaison (merci Zaoui !), vers quel printemps dois-je tendre ma soif inextinguible de porter le rêve d'une Algérie à la portée de nos espoirs ' Vers avril 2014 ' Tout le monde en parle, rien ne transparaît à l'horizon. A quel printemps cueillerons-nous ce bouquet de pensées ' Au candidat des partis au pouvoir ' Au quatrième mandat ' Des candidats s'alignent sur les starting-blocks. Mais voilà qu'une certaine intelligentsia de la place d'Alger affirme qu'il n'y a que des «lièvres», pour faire caution et faire gagner «l'Autre» (A lire absolument le roman de Hakim Laâlam, Rue sombre, au 114 bis). J'ai trouvé dans L'empreinte des jours de Rédha Malek une citation qui dénote du défaitisme ambiant : «Les “lièvres” du scrutin. Leur seule excuse : le courage du ridicule. Oser un jeu que l'intégrité refuse» (page 204). Cette sentence a été écrite par son auteur en 2009. Il est vrai que Malek a beaucoup lu Nietzche, adepte du nihilisme, comme il a beaucoup lu Ibn-Khaldoun. Que faut-il tirer de conclusion de la lecture de cette seule citation, nonobstant le reste de l'ouvrage que je trouve pertinent de réflexions politiques, de sentences philosophiques et de rectitude morale ' Je ne peux pas répondre à sa place. S'il lui arrive de lire cette chronique, peut-être me fera-t-il signe, moi qui voulais le rencontrer au dernier Sila, justement pour discuter de son «dernier-né». A moins d'aller vite et de conclure que pour le prochain scrutin, et les antérieurs, il ne faudra à aucun politique de se présenter, encore moins pour notre écrivain, pour éviter notamment le ridicule. Les jeux sont faits, les élections d'ores et déjà ficelées. Lui qui nous donne à lire cette sentence : «La folie d'un petit nombre et le consentement stupide et lâche d'un grand nombre» (page15). Je n'arrive pas à comprendre cette contradiction. C'en est une ! Je souhaiterais qu'il sorte de son silence et s'étale davantage sur l'«hirondelle» qui fera le printemps algérien, en avril prochain. A moins que son ouvrage ne soit valable que pour le passé ! Son analyse a été poussée très loin, même s'il prend la précaution de rester sur les hauteurs, sans se mouiller plus qu'il n'en faut. Pardon, Monsieur Rédha Malek, d'abuser de vos citations, mais elles ont réveillé en moi un esprit cartésien que je pensais avoir perdu à jamais, compte tenu des avatars de la vie et de la bêtise administrative. La voilà : «De grands malheurs nous attendent. Ils frapperont un pays mal dirigé et n'épargneront point les “imprévoyants” comme nous qui se sont tenus à distance des prébendes et des tentations du fruit défendu» (page 89). Prémonition ou constat d'affliction ' Allez savoir ! De toutes les façons, une hirondelle à elle seule ne fera pas le printemps, les lièvres ne finiront pas de courir et tirer les champions vers le haut. A bon entendeur, salut !


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