Par Youcef Merahi
Le dernier remaniement ministériel a généré des analyses, des conjectures et des projections qui, des fois, donnent froid dans le dos. D'aucuns vont de leurs mixtures. Y compris l'Algérien lambda. A croire qu'il s'agit de pronostiquer un derby de football. Oui, la JSK affrontera bien la JSBM : qui sortira vainqueur de la grande urne ' C'est pareil pour le remue-ménage gouvernemental créé par ces changements de postes et ces ministres dégommés. Sauf que, personnellement, je crois qu'il est de bonne guerre, logique, normal, dans la continuité de la gestuelle du pouvoir et dans son intérêt immédiat, à quelques encablures de 2014, de désigner des ministres fidèles, loyaux et dociles. Nonobstant les qualités des uns et des autres, un ministre-politique ne peut être admis par les normes mises en place par l'actuel système. Le ministre, en vogue actuellement, doit répondre présent aux injonctions du Prince, à tout moment, quels que soient la circonstance et l'avis intime du premier. Il n'y a pas d'état d'âme, sinon dans le secret d'une conscience endormie. Il n'y a pas de rébellion, sinon par le dos courbé. Il n'y a pas d'intelligence à mettre en action, sinon par les instructions reçues d'en haut. Je crois que je viens de tenter de définir un technocrate. Ai-je réussi ' Je laisse le soin aux spécialistes de me répondre.
Je ne vois pas pourquoi veut-on qu'un Président désigne ceux parmi la société civile ou politique qui ont leur propre lecture de l'Algérie d'hier, d'aujourd'hui et de demain. Un être social qui tente l'aventure de la politique (c'en est une, je la vois ainsi) ambitionne trois projets, d'abord à son niveau personnel, ensuite à celui de la nation. Primo, monter un parti comme substrat à ses croyances intimement politiques, comme logistique de guerre à mener sur le terrain pour plaire, courtiser la société et lui plaire, afin de réunir les suffrages nécessaires et capter le pouvoir. Secundo, justement capter le pouvoir dans le seul but, dans les cas d'école, chez nous, c'est un peu particulier, d'appliquer sur le terrain un programme à même de faire du pays un lieu habitable. Tertio, une fois le pouvoir conquis (eh oui, il s'agit d'une conquête), y rester le plus longtemps possible, compte tenu des dispositions constitutionnelles. Mitterrand, en France, a fait deux septennats, avant que les urnes françaises ne décident autrement. C'est le cas actuellement pour Obama qui, par le biais des urnes, donc de sa politique sur le terrain, consomme son second mandat. Mais le cas d'espèce, le plus intrigant à disséquer est celui de la Russie et de Poutine. Les micmacs politiques ne concernent pas spécialement l'Algérie, ils touchent également les pays qui gardent encore les stigmates du totalitarisme.
Une révision constitutionnelle (encore une, encore !) se profile pour très bientèt. Je ne connais pas la mouture. Touchera-t-elle les socles institutionnels ou, seulement, l'aspect exclusif du nombre des mandats ' Les spécialistes spéculent pour le moment. Il faudra voir sur pièce. Il y a des pistes lancées çà et là par certains, comme Ahmed Mahiou et Abdelaziz Rahabi. Pour ce dernier, il demeure convaincu que l'actuel locataire (sic ') d'El-Mouradia tentera le coup de dé de la rallonge de deux pour cumuler sept ans. Pourquoi deux ans de rab ' Pourquoi un quatrième mandat ' Et s'il y a une succession qui se tisse dans la nébuleuse des clans, des lieux de naissance et du régionalisme, même si des voix s'élèvent pour demander un énième mandat ' Encore une fois, cette agitation pré-électorale relève de la bonne guerre. Le pouvoir ne lâchera pas le morceau facilement. Toutes les manœuvres seront utilisées pour que le système ne réforme pas et n'aille pas dans le sens de l'alternance démocratique.
Puis «la famille qui avance», selon le concept de Tahar Djaout, l'auteur du «Dernier été de la raison», est-elle encore in situ ' Car «la famille qui recule», nous la connaissons désormais, elle a su montrer et pratiquer sa vision de la société, une société «enquamissée» par la mahchoucha et les promesses de la géhenne, ici-bas et dans l'Au-delà . Où est donc cette famille qui avance, celle de Boualem Yekker, qui a eu l'audace et le discernement politiques de stopper une élection qui allait provoquer l'arrêt de mort de l'Algérie ' Cette famille, unie le temps du danger écarté, s'est égaillée dans la nature, par la suite. Le système bride même les plus coriaces et les plus rompus au labyrinthe politique. Ne disais-je pas que c'est une aventure ' Constatons : la parenthèse (ah, encore cette fumisterie typographique !) de Boudiaf, à qui on reconnaît toutes les qualités d'un homme d'Etat, ici et ailleurs, même au temps fort de la lutte de libération, celui qui a su parler en algérien aux Algériens, pas aux Arabes algériens, la nuance est à disséquer, qui a transmis, l'espace de six mois, son rêve d'une Algérie propre et honnête, celui que la société comprenait car il parlait notre langue, celle de tous les jours, et celui qui a été sacrifié sur l'autel de l'intolérance et du régicide, voire. Zeroual, aussi, Président élu, pourtant militaire de carrière, rompu à toute forme de stratégie, n'a pas pu résister aux manœuvres volcaniques de la nébuleuse clanique. Sadi, également, s'est retiré sur la pointe des pieds, très certainement usé jusqu'à la corde par l'impossibilité politique de changer, justement, la politique algérienne, renseigné très à propos par l'histoire du mouvement national, de la guerre de Libération et des présidences successives, de Ferhat Abbas à Abdelaziz Bouteflika. La tentation est, paradoxalement, d'être raïs avant d'être président, c'est-à -dire une idole politique à vie. C'est le cas de l'Algérie et des pays arabes ! Voilà , Monsieur Hamid B., j'ai fait la distinction ; tu peux donc dormir sur tes deux oreilles.
J'ai parlé de politique, le sujet de l'heure. Pourtant, j'aurais aimé dire mon inquiétude quand une fillette, mordue par un chien enragé, meurt de la rage, parce que nos hèpitaux ne disposaient pas, à temps utile, du vaccin voulu. Comme je reste triste face aux décès liés aux envenimations «scorpionniques». Ah, hèpital, ce «val de crasse» ! Puis un palmier, Déglet Nour de Tolga, à lui seul, ne peut faire une oasis, comme la diarrhée de palmiers de la route Moutonnière ne fait pas la beauté d'Alger.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y M
Source : www.lesoirdalgerie.com