
Youcef Merahi[email protected] /* */Il y a des jours comme celui-ci où la volonté prend la clé des champs et me pousse à arrondir les instants qui induisent l'inertie. Il y a des jours comme celui-ci qui n'augure rien de bon. Et des jours comme celui-ci qui alourdit mes pas dans une marche à vau-l'eau. Et des jours comme celui-ci qui ordonne au cerveau la mutité pour ne rien entrevoir dans le futur. Et des jours comme celui-ci qui falsifie toute trace de poésie. Et des jours comme celui-ci qui noircit le rêve d'hier et sabote le rêve de demain. Il y a des jours comme celui-ci où la tentation de la solitude n'est plus une simple gestuelle, mais un fait vérifiable, têtu et intempestif. Et maintenant ' Maintenant, j'ai peur d'une violence à venir. De partout, j'entends que l'Algérie va mal. De partout. Des voix autorisées, comme celles des gouvernants. Des responsables de l'opposition. Des petites gens. Ceux qui sont aux postes de responsabilité ont la donne facile. Et nous expliquent que l'Algérie va mal, mais que c'est maîtrisable. Il suffit juste de se remettre au travail. Et que la situation actuelle est de la responsabilité de la collectivité nationale. Pas de celle des gouvernants. Soit, passons ! Les responsables de l'opposition, en rangs dispersés, il faut le reconnaître, crient à qui veut les entendre qu'il est plus que temps de passer à une étape de transition pour préparer une démocratie à venir. Ceux qui sont au pouvoir leur dénient ce droit à la différence. L'Algérie va mal ! Mais tout va bien ! Nous maîtrisons la situation, disent-ils, ceux qui font le système. Une chose et son contraire ! Puis quand l'opposition occupe la rue, n'ayant aucune autre alternative, les médias lourds leur sont fermés, les gouvernants leur dénient ce droit démocratique, les traitent d'aventuriers de la politique, menaçant la stabilité et l'unité nationale. Ah, les fameuses constantes nationales ! Un mythe, même foireux, peut avoir la vie dure. En tout état de cause, ce n'est pas un pouvoir serein qui gère les affaires publiques. Tant que le bas de laine pétrolier était rembourré, passe encore ! Maintenant que la ch'hiha ne fait plus illusion, on gratte par-ci, par-là , dans l'espoir d'engranger quelques subsides. La paix sociale se paie cher, il faut le savoir. Il faut avoir l'oreille : le peuple parle, s'exprime, analyse, projette, sent et ressent les événements. Je me rappelle d'un sexagénaire, à la veille de la grande blessure d'Octobre, qui me disait, en chuchotant : «Elle pue !» ça n'a pas loupé, deux jours après, ou trois, Octobre provoque un raz-de-marée, dont les conséquences se feront encore sentir dans notre pays, après le quatrième mandat. On peut opérer un tour de vis. Voire des tours de vis. Mais si la vague déferle, elle risque de provoquer un tsunami, à Dieu ne plaise, destructeur. Il y a des jours comme celui-ci où la peur du lendemain se fait pressante, pesante et frustrante. Et des jours qui n'en finissent pas de conter à mon cœur les désillusions d'un âge sans victoire. Et des jours qui affirment de leur disponibilité à tenter le diable de la violence. Et des jours qui prennent des airs roublards pour convaincre le plus averti que la fuite en avant est une panacée. On nous a vendu en gros la concorde nationale. Ouais, lemsameh karim ! Jusqu'où peut aller le pardon de la collectivité nationale ' Laisser la porte de la rahma béante, n'est-ce pas un appel du pied à ceux qui sont tentés par la raison guerrière ' N'y a-t-il pas un moment idoine où le Prince tire sur la bride et stoppe la charrette ' Si, pourtant ! Il y a un début. Il doit y avoir obligatoirement une fin. Sinon, n'importe qui tenté par la verdure du maquis pourra s'y risquer et se dire, peu importe, j'irai combattre et redescendre à ma guise, la porte du pardon est grande ouverte. Il faut mettre, ces gens-là , face à leurs responsabilités. Un jour ou l'autre, il faut qu'il sache qu'ils ont mis à feu et à sang ce pays. Sinon, l'Histoire n'est qu'une sacrée catin qui passe d'un lit à un autre. Oui, l'Algérie va mal. Et j'ai toujours peur d'une violence à venir. Les exemples sont légion dans ce qu'il est convenu d'appeler le monde arabo-musulman. Que reste-t-il de tous les «printemps arabes» ' Qui a dit que nous avons fait notre printemps en Octobre ' Que devient la Libye ' Et l'Irak ' Et la Syrie ' Et le Yémen ' Tout est prétexte aux démocrates (') américains, français, australiens ou anglais pour arroser tel ou tel pays d'un tapis de bombes. Le martyre des migrants (quel euphémisme !) relève de la barbarie humaine. Puis, face aux caméras du monde entier, les bonnes consciences (') se repaissent de ces images insoutenables. Le peuple errant a changé de nationalité. L'Histoire a de ces croche-pieds ! Il faut parler, aujourd'hui, du «musulman errant» ; les Juifs, et leur pendant sioniste, ont su bâtir leur idéologie sur la terre de Palestine. En Syrie, les armes ont quelle nationalité ' Et en Irak ' Et en égypte ' En Libye ' Au Yémen ' Et chez nous, les armes avaient quelle nationalité ' Il est clair que, désormais, les cartes géostratégiques sont en train d'être redistribuées. Les grandes nations, ou supposées comme telles, ont leur mot à dire, en terme de diplomatie ou de coups de pied guerriers. Il suffit juste de leur donner le plus petit prétexte. Et hop, leur aviation fera le reste. Leur coalition fera son œuvre de destruction d'un pays. Alors, mettons en avant notre génie national, s'il reste un iota de ce génie. Trouvons la solution à ce pays qui, depuis la nuit des temps, n'a pas cessé de vivre périodiquement la violence humaine. Qu'elle soit extra-muros. Ou intra-muros. Ne jouez pas avec le feu : vous êtes de grands garçons, désormais. Et maintenant, j'irai m'enfermer dans ma bulle autistique et espérer des jours meilleurs pour ce pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Y M
Source : www.lesoirdalgerie.com