Alger - A la une

Témoignages sur une chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom



La présence de médecins résidents en dehors de leur milieu professionnel n'est plus autorisée, semble-t-il, dans la capitale, puisque ces derniers temps, ils se sentent traqués. Pistés et contrôlés dans les lieux publics ou même sur la route, rien que sur la base du caducée sur le pare-brise de la voiture. À en croire les témoignages poignants des futurs spécialistes, l'on assiste, malheureusement, à une chasse aux blouses blanches, qui ne dit pas son nom. Cette "traque" inédite est entrée, dit-on, en vigueur depuis que les résidents ont réussi à faire entendre leur cause dans les rues d'Alger, soit le lundi 12 février, ce qui a d'ailleurs donné de l'envergure à leur mouvement de grève entamé il y a quatre mois.Un groupe de résidents s'est présenté à notre rédaction pour relater ce qu'ils endurent au quotidien depuis la grande marche de protestation imposée à Alger-Centre malgré l'interdiction qui frappe les manifestations dans la capitale. Dix médecins résidents ont dû passer la nuit de mardi à mercredi derniers dans les locaux de la sûreté urbaine de La Casbah. Ils ne sont ni recherchés ni en état d'ébriété et encore moins dénoncés pour un quelconque comportement condamnable. Leur seul tort est, apparemment, d'être médecins.
Le Dr Abdelkrim, résident au CHU de Beni Messous, qui a passé la nuit au commissariat de La Casbah, n'arrive pas encore à saisir les raisons de "cette chasse aux sorcières dans les rues d'Alger". "Nous étions quatre copains résidents, en voiture, de retour de Bordj El-Kiffan où nous avions dîné ensemble. En arrivant à hauteur du barrage fixe de la Pêcherie vers 22h, le policier, en tenue, nous demande de nous arrêter pour vérification des papiers de la voiture. Après avoir aperçu le macaron de médecin sur le pare-brise, le policier nous demande nos cartes d'identité et cartes professionnelles. Après avoir décliné nos spécialités et les établissements hospitaliers pour lesquels nous travaillons, l'agent nous prie de quitter notre voiture et de monter dans le fourgon cellulaire bleu réservé pour arrêter et transporter les criminels et autres dealers vers les geôles. Ce que nous avons refusé : il n'est pas question de monter dans ce camion, nous n'avons rien fait de grave. Le policier a fini par accepter que nous rejoignions le commissariat avec notre propre voiture. L'agent nous a dit qu'il avait reçu l'ordre d'interpeller les résidents", déplorera le Dr Abdelkrim avant d'être relayé par le Dr Samir exerçant à l'EPH de Douéra qui apporte, pour sa part, un autre témoignage aussi émouvant que celui de son confrère.
"Je n'étais pas avec le Dr Abdelkrim et les trois médecins. Après avoir reçu un SMS nous informant que nos confrères étaient retenus au commissariat de La Casbah, nous avons décidé d'y faire un tour pour nous enquérir des raisons de leur interpellation. En arrivant là-bas, nous étions six résidents à nous présenter vers 1h30 du matin. L'officier de garde, après voir contrôlé nos identités et vérifié nos fonctions, nous a invités à patienter jusqu'à l'arrivée du commissaire, le lendemain matin." Le Dr Skandar, futur spécialiste en chirurgie infantile au CHU Mustapha-Pacha, n'a pas caché, quant à lui, sa grande déception. "De se retrouver du jour au lendemain arrêté et traité comme un délinquant alors que d'autres pays ne cessent de leur faire des appels du pied pour aller travailler dans leurs hôpitaux. La nuit était tellement longue que les minutes s'égrenaient lentement. Il a fallu attendre l'arrivée du patron du commissariat vers 7h30 du matin pour nous relâcher. ?Vous êtes libres, gare à vous de vous retrouver parmi les manifestants'". D'autres cas dramatiques vécus par leurs confrères nous ont été révélés. Une résidente en néphrologie au CHU Mustapha a été, dit-on, retenue pendant quatre heures, samedi, dans les locaux du commissariat de Belouizdad.
H. H.
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