C'est avec stupéfaction, consternation et grande tristesse que j'ai appris le décès de mon cher ami Brahim Brahimi, dit Ahmed. Cette très mauvaise nouvelle était à la Une dans presque tous les médias, presse écrite, radio, télévisons et réseaux sociaux. Je n'ai jamais imaginé l'immense popularité qu'il avait dans tous les milieux de la société civile et des instances officielles.Quand nous nous sommes connus, nous étions universitaires, moi jeune maître-assistant, lui était déjà professeur d'université bardé de plusieurs diplômes. Il était diplômé de l'Institut de journalisme d'Alger et de l'Institut français de presse. Il est titulaire de deux doctorats : en sciences de l'information et en sciences politiques qu'il a soutenus à l'université Paris 2. J'ai appris qu'il avait fondé l'Ecole nationale supérieure de journalisme et des sciences de l'information en octobre 2009 qu'il a dirigée jusqu'à son départ à la retraite, en 2013.
Il est l'auteur de plusieurs ouvrages, entre autres, Le pouvoir, la presse et les intellectuels ; Le pouvoir, la presse et les droits de l'homme ; Le droit de l'information à l'épreuve du partie unique. Ahmed m'a fait l'honneur et le privilège de me dédicacer chacun de ses ouvrages.
Quand j'ai fait la connaissance d'Ahmed, j'étais au début de ma carrière hospitalo-universitaire. Ahmed, lui, avait déjà une carrière universitaire bien pleine et bien faite, je ne pouvais évaluer son très haut niveau universitaire, encore moins évaluer la dimension intellectuelle de mon ami Brahim Brahimi, Ahmed pour ses intimes. J'ai eu à apprécier l'homme dans son environnement social et dans sa dimension humaine. Il était tout simplement altruiste avec tous les adjectifs qui lui sont synonymes : charitable, bon, désintéressé, humain et généreux.
J'avoue que pendant toutes ces années, quels que soit l'espace ou le temps qui nous séparent, Ahmed était toujours présent dans ma pensée. Peut-on oublier quelqu'un comme lui, quoique a-t- il son égal sans exagération aucune '
Il a beau s'éloigner ou s'absenter un bon moment, c'est toujours le même Ahmed qui apparaît comme le premier jour, la première rencontre avec son sourire éternel, son doux regard, sa simplicité légendaire, son élégance sans pareille et sa totale et profonde discrétion.
Nous avons fait connaissance avec Ahmed il y a de cela 37 ans. Le hasard a fait que nous étions détachés, moi pour une année dans les hôpitaux parisiens et lui pour une année sabbatique. Nous résidions à Paris à la Cité universitaire internationale, où plusieurs nationalités de tous les continents avaient leur propre maison. L'Algérie n'ayant pas sa propre maison, les étudiants algériens étaient hébergés à la maison française qui portait le nom de son donateur, Deush de la Meurthe, située sur le grand boulevard Jourdain. Rapidement, le contact s'était établi, les liens se consolidaient, les rencontres se multipliaient. Il était mon aîné de quelques années, mais la différence d'âge ne constituait aucunement une contrainte dans ses relations spontanées.
Il avait cette capacité de s'adapter à tous les âges, à tous les milieux et à tous les niveaux. Sans analogie aucune avec l'excellent enseignant qu'il était pour ses étudiants, il était aussi un excellent pédagogue dans ses relations sociales. Avec sa forte personnalité et son élégance qui le caractérisaient, il se mettait toujours au même niveau que son interlocuteur. Il joignait à la douceur de sa voix la bonne parole pour mettre son entourage dans l'ambiance de la discussion, et sans vouloir s'imposer il arrivait à faire passer son message sans démagogie aucune. Il avait un langage franc et direct. Il était aussi apprécié, aimé et respecté par ses collègues.
Grâce à lui, j'ai découvert ce monde dont la mission était de communiquer et d'informer, mais qui paraissait à mes yeux être un cercle fermé. Ma première sortie avec Ahmed fut justement ma première rencontre avec un groupe de journalistes fréquentant un café dans un quartier huppé de Paris. Ce cercle des journalistes me semblait inaccessible J'avoue qu'au début je n'étais pas très à l'aise, mais rapidement l'attitude des journalistes fut des plus courtoises, des plus sympathiques et des plus simples. Ahmed m'a appris que la plupart des journalistes étaient ses élèves et qu'au-delà des apparences ils étaient tous à son image. Je venais de casser un tabou, la corporation des journalistes est à la fois noble, simple, humble et communicative au sens propre du terme.
Ma deuxième sortie dans la capitale française avec Ahmed fut de rendre visite et faire connaissance avec celui qui finira par être un membre de ma famille. En effet, leur famille réciproque était de la même région dite du Tittteri, région de grande terre à blé. Ils avaient de solides liens d'amitié, d'excellentes relations de bon voisinage et les mêmes valeurs sociales. L'histoire de leurs deux familles était passée en revue ; Ahmed, plus jeune, échangeait et complétait et moi j'écoutais et m'informais. Trois années après, Ahmed faisait partie des invités privilégiés lors de la fête qui allait consolider les liens de nos deux familles.
La générosité d'Ahmed n'avait d'égale que sa grandeur d'esprit et sa bonté d'âme, il ne savait pas dire non quand il était sollicité et il acceptait spontanément de rendre service. Toujours dans la capitale française et dans notre maison d'hôte, on recevait beaucoup d'amis venus d'Algérie. C'est ainsi qu'Ahmed était sollicité par un ami, venu me rendre visite, pour une éventuelle intervention auprès de la SNED pour la publication d'un ouvrage des mémoires de son regretté père en dépôt depuis une vingtaine d'années. La réponse ne pouvait être qu'affirmative et c'est avec une rapidité déconcertante que le livre des mémoires sur la guerre d'indépendance de feu Ali Hammoutène, instituteur et directeur des centres sociaux fut publié. C'était le plus beau cadeau qu'Ahmed venait de faire aux enfants Hammoutène et le meilleur des héritages intellectuels et affectifs auquel Ahmed venait de contribuer.
Le Dr Moh Hammoutène, l'un des fils, lui est éternellement reconnaissant et ne cessait de l'exprimer à chacune des présentations du livre. Ahmed aimait rendre service et appréciait la compagnie des gens qu'il aimait et qui l'entouraient, il multipliait les rencontres et aimait les organiser ; il avait toujours les bonnes adresses pour des spectacles : théâtre, cinéma, des bons livres qu'il conseillait et offrait. Il partageait ce qu'il possédait. Il se débrouillait toujours pour trouver un gîte auprès de ses amis à ceux qui étaient de passage. Le retour à Alger fut sans particularité, nous vaquions à nos occupations professionnelles et familiales chacun de son côté. Mais quelques années après, la montée de l'intégrisme a été des plus meurtrières pour toutes les branches professionnelles, entre autres pour les journalistes. Ahmed fait partie de ceux qui devaient changer d'adresse et de domicile fréquemment. Ahmed avait sur qui compter. Ne dit-on pas que «pour recevoir il faut donner». Ahmed a tant donné, il ne pouvait que recevoir et il avait des amis pour l'accueillir, l'héberger et le protéger. Ahmed a échappé à tous les traquenards et il en fut sauvé. Après les années noires, la vie reprit son cours normal. Ahmed venait de recevoir sa nomination en qualité de doyen de la faculté de journalisme, le jour-même il m'a adressé une lettre très touchante dans laquelle il me renouvelait son amitié indéfectible et sa constante disponibilité.
La dernière bonne action d'Ahmed fut l'encadrement, les conseils, les recommandations qu'il consacra à mon neveu Mahmoud pour son mémoire de mastère sur la presse qu'il prépare. Mon neveu était très touché par tous les livres qu'Ahmed lui offrit et qui lui a dédicacés. Ahmed a promis d'assister à sa soutenance. Malheureusement, le destin en a décidé autrement. Ahmed a été un mari modèle, un père attentionné, il a su transmettre à ses enfants toutes les qualités innées et ancrées en lui, il peut être fier de ses enfants qui ont réussi et fait d'excellentes études universitaires .
Une pensée pour l'ami fidèle Brahim Brahimi, dit Ahmed pour ses proches et intimes. Que Dieu le Tout-Puissant l'accueille en Son Vaste Paradis.
Par le Pr Omar Zemirli
Chef de service ORL au CHU Beni Messous
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com