
Comme tous mes compatriotes, le frémissement à la hausse du prix du baril de pétrole me réjouit (aussi modérément que l'augmentation constatée). Mais comme quelques-uns de mes compatriotes, je ne peux m'empêcher de penser que s'il remontait vers les cimes de sa gloire financière, nous pourrions vite retomber dans nos travers d'enfants gâtés, encore qu'il y en a qui le sont bien plus que d'autres et d'autres encore qui ne le sont pas du tout. Enfin, on se comprend...En fait, ce que je crains le plus, c'est qu'encore une fois, nous revenions à «taqachouf el afkar», l'austérité des idées, la pire de toutes. Aussi difficile soit-elle, il faut reconnaître que la crise est un bon stimulant de la pensée, en quelque sorte de la vitamine C pour matière grise. S'agissant de la culture, nous tenons là une véritable occasion de mettre tout sur le tapis et d'envisager des solutions nouvelles, bien que je reste ébahi par le fait que le ministère en charge de ce secteur ait été le seul à annoncer publiquement ses coupes budgétaires. Comme si nous avions une culpabilité de l'art et de la culture. Or, dites-moi en quoi un gaspillage serait-il moins grave ici ou là puisqu'il se compte en dinars ici ou là 'Un petit fait dans le secteur mérite d'être souligné : le paiement des entrées au dernier Festival international de la BD d'Alger (adultes : 100 DA ; jeunes : 50 DA ; gratuité pour les enfants). Certains avaient prédit que la manifestation serait boudée. Il n'en a rien été, bien au contraire, puisque de l'avis de nombreux observateurs, faute de statistiques, elle a connu une grande affluence au point que les deux derniers jours, on se marchait sur les pieds comme dans un bus de la ligne 36 aux heures de pointe. Le Festival international des musiques symphoniques avait été le premier à instituer un billet à 250 DA. Eh bien, la salle du TNA était archi-comble. Idem pour le spectacle «Beyond Bollywood» à l'Opéra d'Alger cet été où l'entrée coûtait entre 2500 et 3000 DA. La ruée. Tout cela doit nous faire réfléchir sur la pratique de la gratuité des spectacles, un débat que nous comptons susciter à Arts & Lettres. Bien qu'il soit trop tard pour cette année, imaginons que le Salon international du livre d'Alger (qui commence le 27 octobre) institue une entrée à 20 DA seulement. Avec plus d'un million et demi d'entrées, il engrangerait jusqu'à 30 millions de dinars.Il est grand temps de penser hors hydrocarbures et de mettre en place des organisations et activités culturelles en mesure, non seulement de se prendre en charge mais de générer de la valeur ajoutée. La gratuité a permis un moment de relancer la vie culturelle ? notamment après la tragique décennie ? mais elle est devenue une calamité, surtout si c'est l'OPEP qui doit décider que les Algériens et les Algériennes se divertissent et se cultivent ou non. Méditez donc cette pensée de Confucius : «Rien n'est jamais sans conséquence. En conséquence, rien n'est jamais gratuit.»
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Ferhani
Source : www.elwatan.com