Alger - Revue de Presse

Tangos et distinguos



La naissance, mardi dernier à Alger du Forum des éditeurs, est intéressante à plus d'un titre, c'est le cas de le dire. On pourrait à première vue la réduire à la création d'une énième association. Mais ce qui en ressort ' communiqué et témoignages ', indique que c'est loin d'être le cas.Il y a là une réaction et même une exaspération perceptible aux modes d'organisation préexistants, aux luttes de positions, aux guéguerres de personnes et aux querelles de chapiteau. Et c'est bien remettre « l'édition au centre du débat » qui semble animer le projet. Avec une présidence tournante annuelle et seulement représentative ainsi que des instances vivantes, les règles choisies indiquent une volonté d'écarter les tentations opportunistes et lobbyistes. La composition indique, pour sa part, que l'on veut réunir ceux qui s'attachent à poursuivre des lignes éditoriales, à construire des catalogues, à découvrir des auteurs et à les accompagner.Cette option exclut, d'emblée, ceux qui se consacrent exclusivement ou essentiellement à l'achat de droits, à la réimpression sur clichés, aux reprises d'Orient et d'Occident, toutes activités inévitables au regard des besoins de lecture des Algériens, mais qui ne donnent pas à une entreprise la qualité de « maison d'édition ». La Fored entend ainsi « replacer les questions de la création et de l'éthique au c'ur du métier ».En intégrant dans ses rangs, comme membres associés, la Bibliothèque nationale et des centres de recherches éditeurs, la nouvelle venue se situe sur un terrain couvrant à la fois l'édition, la distribution mais aussi la lecture publique, question stratégique s'il en est.Cette naissance préfigure, à nos yeux, un passage qualitatif de toute la chaîne du livre, mais peut-être aussi de l'ensemble du monde culturel où le mélange des genres commet bien des dégâts. Mélange des genres du Salon du livre qui peine encore à se professionnaliser, prisonnier d'un mode de distribution déficient du livre au quotidien. Mélange des genres entre le statut de librairie décerné par l'administration commerciale et qui, comme le racontait ici Sid Ali Sekhri, vice-président de l'association des libraires, permet sous cette enseigne de vendre de la papeterie, du tabac, des parfums et même des couches-bébés ! Mélange des genres entre l'animation, façon « chtih ou r'dih », (qui, comme les couches-bébés, nous ne méprisons pas et qui est même vitale à la respiration d'une société) et la véritable action culturelle qui inscrit son dessein dans la conservation académique et la promotion des patrimoines, l'encouragement réel de créations artistiques et littéraires, la prise de risques dans la recherche d'expressions contemporaines...Il est temps de commencer à distinguer, non plus seulement par le générique d'une activité (éditeur, libraire, organisateur de spectacles') ou d'une discipline mais en niveaux de qualité. A Buenos-Aires, on peut danser le tango dans n'importe quel troquet, mais le genre possède aussi ses académies et ses lieux d'excellence et de recherche.
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