Alger - Revue de Presse

Tahar Tolba, sous-directeur des déchets urbains au ministère de l?Aménagement du territoire et de l?Environnement



« 1 DA pour acheter du matériel, 3 à 5 DA pour changer les comportements »  Le tri sélectif, les centres d?enfouissement technique, la réhabilitation de la décharge : on a l?impression que tous ces projets traînent un peu?  Ce n?est pas si simple. Je ne cherche pas à noyer les responsabilités, mais la prise en charge des déchets est l?affaire de tout le monde. Remontons la chaîne en commençant par le citoyen. Les mauvaises habitudes sont très difficiles à changer. Pourquoi les gens jettent-ils les poubelles par les fenêtres ? Soit parce qu?il y a un problème de conception dans la construction (pas de vide-ordure), soit par manque de civisme. Quand on cohabite avec les poubelles, c?est qu?il y a un vrai problème. Autre souci : l?approche des relations entre les collectivités et la population, pensée « du haut vers le bas » alors qu?elle devrait être participative.  Pourquoi l?expérience telle que celle de Annaba ne se répète pas ailleurs en Algérie ?  Parce que la formation prend du temps. On ne peut pas exiger du citoyen qu?il respecte l?heure de sortie de sa poubelle si l?éboueur n?est pas au rendez-vous. Pour 1 DA investi dans le matériel, il faut compter entre 3 et 5 DA pour changer les comportements. A Alger, nous n?avons pas non plus d?équipe de contrôle, comme il en a été créé à Annaba. Nous devons instaurer une gestion moderne des déchets mais nous nous heurtons à des résistances. Entre 4000 et 5000 agents sont nécessaires pour enlever 2000 tonnes de déchets et on sait que la mécanisation permet de faire baisser ces ratios. Mais, par exemple, sur l?avenue Didouche Mourad, les bacs de 1100 litres sont vidés à la main. Les vérins hydrauliques qui permettent au camion de vider automatiquement le contenu ont été enlevés parce que les employés de Netcom préfèrent trier les ordures pour récupérer ce qui les intéresse. Là, c?est un problème de management, pas de moyens.  Quel rapport avec le fait que les centres d?enfouissement technique ne fonctionnent pas ?  Pourtant, il est clair : un centre d?enfouissement technique demande une certaine technicité. C?est pour cela que nous allons les confier à des établissements publics à caractère industriel et commercial, spécialisés dans le traitement des déchets. Mais avant d?être traités, ces derniers doivent être correctement collectés et déposés. A l?heure actuelle, les collectivités locales ne sont pas en mesure de mener ces opérations à bien.  Pourquoi ne pas avoir fait le choix de l?incinération ?  Pour des raisons à la fois techniques et économiques. Les déchets ménagers en Algérie présentent un taux d?humidité élevé. Plus ce taux est élevé, plus le taux de matières organiques est important (de 70 à 75%). Leur pouvoir calorifique est très bas : l?incinération nécessite auparavant de les brûler avec un gaz ? un peu comme le starter d?une voiture ? et cela entraîne un surcoût. Ensuite, les incinérateurs montent jusqu?à 1700/1800 degrés et pour être sûr de ne pas produire des dioxines, il faut prévoir un système de traitement des fumées. Une installation qui incinérerait 2000 tonnes par jour coûte 150 à 200 millions d?euros, le coût de traitement à la tonne est lui-même très onéreux ? 5000 DA minimum contre 4000 DA pour l?enfouissement ? et les contrats se font sur des concessions très longues. Quant à la cogénération (avec de l?électricité), le coût actuel de l?énergie en Algérie ne justifie pas ce choix : le coût du kilowattheure produit par l?incinérateur revient plus cher que celui fourni par Sonelgaz.
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