Les hommages à l'écrivain et poète algérien Tahar Djaout se multiplient à l'occasion de l'anniversaire de sa disparition à Alger le 2 juin 1993, victime d'un attentat terroriste le 26 mai. Le café littéraire de l'Impondérable, dans le 20e arrondissement de Paris, a accueilli, dimanche dernier, Abderrazak Larbi Cherif pour la projection de son film documentaire Un poète peut-il mourir ', consacré à l'auteur des Chercheurs d'os. Le réalisateur, également journaliste, a bien voulu accorder un entretien à Liberté.Liberté : Comment vous est venue l'idée d'un film documentaire sur Tahar Djaout '
Abderrazak Larbi Cherif : Pour l'anniversaire de sa mort, je lui ai consacré une émission sur Berbère Télévision, découvrant ses ?uvres et sa grande stature intellectuelle, de là est venue l'idée du film qui s'est basée sur des archives de la Télévision algérienne, du CCA, d'émissions comme Aqwas d'Amin Zaoui, etc. Mais surtout sur les témoignages de ses amis comme Mouloud Achour, Tibouchi, Stambouli, Metref, Ben Mohamed, Djaâd, Gardel (le Seuil), Tahar Bendjelloun et d'autres qui ont évoqué l'humanisme, l'ouverture d'esprit et la qualité de l'?uvre de Djaout.
Connaissiez-vous Tahar Djaout '
Je l'ai rencontré la première fois à l'émission de Boukhalfa à la Chaîne II (Forum de la radio), peu de temps avant son assassinat. Trois mois après, Boukhalfa lui a rendu hommage, avec des extraits de voix que j'ai repris de la précédente émission. J'ai été très marqué par sa mort parce qu'on avait échangé. Je l'ai découvert un peu plus dans mes recherches pour le documentaire. Sa s?ur m'a raconté comment il tenait à fréquenter l'école du village. À l'indépendance, son désir de poursuivre ses études a conduit sa famille à s'installer à Alger. Il avait soif de savoir.
Qu'est-ce qui frappe chez Tahar Djaout '
On se reconnaît dans ce qu'il écrit. L'Exproprié, L'Invention du désert ou Les Chercheurs d'os évoquent l'histoire du pays, son identité, la manipulation de l'histoire officielle de la guerre d'indépendance. Le Dernier Eté de la raison, édité à titre posthume, est prémonitoire car il décrit l'Algérie d'après son assassinat, celle des années 90, avec le sang et les larmes. Ses thématiques portent sur des questions non tranchées, comme l'histoire du pays, l'identité, la nature du système politique. À 39 ans, Il avait déjà cinq romans dont quatre chez Le Seuil, grand éditeur sourcilleux sur la qualité.
Le roman Les Vigiles a eu le prix Méditerranée. André Bonnet, alors directeur du Centre méditerranéen de littérature m'a dit : "Djaout aurait obtenu un prix Nobel, un Goncourt? de littérature s'il était encore vivant, tant il avait le talent d'un grand écrivain."
Il n'aimait pas les clichés et les préjugés?
Il rejette les clichés et les approches superficielles. À sa réception du prix Méditerranée à Paris, Jean D'Ormesson, académicien, appuyait sur la berbérité de Djaout, cause, selon lui, de son ouverture d'esprit. Djaout lui répond : "Non, on est musulmans et aussi arabophones." Il était dans une perception et une vision globale de la culture algérienne, riche de sa diversité.
Certains l'ont injustement étiqueté comme "francophone" au sens restrictif, mais il a démenti par son immense culture tolérante. Il parlait très bien l'arabe et voulait même écrire dans cette langue et en tamazight. Il s'identifiait à l'Algérie dans toutes ses composantes.
Quel a été le parcoursdu documentaire '
Projeté à la Télévision algérienne, c'est en France qu'il a bien tourné dans le secteur associatif. Il était présent au Festival du film oriental de Genève (Fifog), en 2014, et au Festival du film amazigh en
Algérie.
Vous avez réalisé d'autres films '
Des films sur Kamal Hammadi, Cheikh El Hasnaoui, JSK, produits par Ralyan Vidéos domiciliée à Alger.
C'est la mémoire de l'émigration qui m'intéresse. Toute une génération d'artistes comme Kamal Hammadi a retracé l'histoire de l'émigration et sa participation au mouvement national et à la guerre de Libération nationale. Aujourd'hui, je travaille sur un projet de Web-TV qui abordera des thèmes culturels, économiques et sportifs ainsi que la mémoire de l'émigration.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Bedrici
Source : www.liberte-algerie.com