
Un jeune Algérien s'emploie à pirater des sites officiels français et algériens. "Je lance mes actions contre la France en souvenir des martyrs algériens. Une vengeance pour laver le sang algérien", explique-t-il au site spécialisé zataz.com.Mais comme l'argumentation ne vaut pas pour l'Algérie, il justifie ses attaques contre les sites locaux par le désir de "faire passer un autre message, celui de la lutte contre la corruption. Que le gouvernement réponde aux demandes des citoyens". On peut supposer que Over-X, comme se fait appeler notre hacker patriote et rédempteur, jouit d'une certaine intelligence et d'une grande maîtrise informatique pour pouvoir ainsi violer l'intimité de sites gouvernementaux. Une intelligence et une habileté qu'il dépense au bénéfice d'une activité de sabotage gratuit. Une intelligence et une habileté qui, finalement, ne l'aident pas à intégrer le fait que la guerre contre la France est finie depuis plus d'un demi-siècle et que ce n'est pas en polluant des sites institutionnels qu'il contribuera à lutter contre la corruption des dirigeants et à les inciter à écouter les revendications des citoyens.
Si le jeune prodige de Hadjout n'a pas trouvé meilleur usage à son ingéniosité technique, il faut peut-être en chercher la raison dans sa constitution culturelle. Celle-ci est d'abord le résultat du système général d'orientation de la jeunesse, moins conçu pour canaliser les talents que pour aménager les voies de réussite pour les enfants de privilégiés. Elle est ensuite le fruit d'un univers discursif qui s'emploie à focaliser l'énergie populaire contre une "main de l'étranger" invisible mais omniprésente dans le discours "patriotique" ; et qui impose en particulier à tout ressortissant de faire la preuve, cinquante ans après la guerre, qu'il n'est pas contre la souveraineté nationale et pour... la colonisation française !
C'est ce qui fait qu'un garçon né en 1991 se sente contraint de prolonger la guerre d'indépendance en s'attaquant à des sites gouvernementaux français. Ou, tout au moins, trouve-t-il dans la poursuite de cette guerre un argument à son activité de délinquance informatique. Parce qu'en fait, la raison profonde est d'ordre psychologique : il exprime son aptitude technique dans le méfait et le futile, faute d'avoir pu le faire dans le bienfait et l'utile.
Ils doivent être ainsi nombreux, ces petits génies, à gaspiller leurs capacités dans des occupations illicites et stériles, pour ne savoir quoi en faire. Mais aussi, parce qu'à chaque fois que l'un d'entre eux se laisse identifier, il défraie la chronique locale comme auteur d'un haut-fait d'arme. Dans la pure et stricte logique du défaitiste élevé au discours victimaire : la victime, convaincue de ne pouvoir aussi bien faire que le bourreau, croit bien faire quand elle dégrade l'?uvre de ce supposé bourreau. Alors, le triomphe individuel de nos prodiges consiste à s'introduire virtuellement dans les installations informatiques américaines, françaises, etc. Et à le... revendiquer, avec la naïveté du looser prédestiné.
Ces errements talentueux sont significatifs d'un système dissipateur de génie et de compétence. Maintenue loin de la curée où se bouscule la médiocrité, l'intelligence s'en prend parfois à sa morale.
M. H.
musthammouche@yahoo.fr
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha Hammouche
Source : www.liberte-algerie.com