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Sursis oui, mais attention!



Sursis oui, mais attention!
Nos magistrats du siège ont appris à bien écouter les auteurs de «rébellion» face aux services de sécurité.Mourad Belalta, le jeune président de la section correctionmatin dans la salle d'audience flanqué de l'autre Mourad Hellal, l'inamovible représentant du ministère public, toujours prêt à jouer son rôle d'avocat de la société pour peu qu'il soit convaincu des arguments émanant de la défense.
Et ce jour, Maître Chaïb Saddek, qui défendait un inculpé d'outrage à policiers dans l'exercice de leurs fonctions, s'était armé de précautions. La première était d'avoir convaincu son client de reconnaître les faits reprochés, ce qui pose d'emblée le fameux adage qu'«une faute avouée est à moitié pardonnée». La deuxième était de demander pardon aux fonctionnaires de police, à la Dgsn et au parquet. La dernière précaution était de s'engager dorénavant à ne plus «la jouer dur» et d'obtempérer aux ordres des éléments des services de sécurité.
La plaidoirie de l'avocat de Sidi Yahia avait plu à ses nombreux confrères d'abord, au président, ensuite, et à Hellal enfin qui, en sa qualité de parquetier, adore le respect de la loi et à son obéissance. Et comme Mourad est avant tout un chercheur dans son domaine, le tour est joué, et Maître Chaïb aura réussi à tirer son client du bourbier dans lequel il s'était jeté corps et biens, inconsciemment.
Belalta le juge, lui, était visiblement heureux que le membre du conseil de l'Ordre d'Alger ne fasse pas de cinéma comme par exemple nier l'évidence, surtout que Abdelmadjid W., 22 ans, avait commis le délit devant plusieurs témoins, notamment les résidents immédiats du carrefour où le «gosse» avait désobéi aux policiers en mal se comportant ce malheureux week-end qu'il passera derrière les barreaux.
«Où va notre société si maintenant on commence à s'en prendre aux forces de sécurité dont la mission principale est de veiller sur la sécurité des biens et des personnes'» a dit, à juste titre, le magistrat, le front et les sourcils hauts, comme pour tenter une grosse remontrance envers ces jeunes qui, pour un oui ou pour un non, se rebellent, mais regrettent vite leurs fâcheux gestes...
Ce petit cours, donné gracieusement par un juge que le papa a bien éduqué avant de l'envoyer à l'école de Khemis Miliana, aura été d'un grand secours pour le «salut» du détenu qui se mettra à chialer de honte. Le juge aussi bien que le procureur seront mi-amusés, mi-heureux que Maître Chaïb prenne son client par le menton en le grondant par des mots qui atténueront certainement les maux causés par ce jeune irresponsable... responsable d'un drôle de numéro, oubliant au passage que le policier porte les armoiries de la République algérienne, et donc a droit non seulement au respect mais aussi de tous.
Dans la salle d'audience, il y avait les policiers en faction. Ils semblaient ne pas s'intéresser aux débats, ayant plutôt l'oeil sur ce qui peut surgir comme désagréments ou autres troubles à l'ordre de l'audience.
Le détenu pleure. Cette fois, les larmes coulent pour de vrai, amenant la preuve que pleurer n'est pas chialer. Le président a vu. Il a compris. Il va décider en toute responsabilité. Et pour ce faire, il fixe rendez-vous au détenu en fin d'audience en vue de lui infliger une peine d'emprisonnement assortie du sursis, surtout que la détention préventive a fait la différence, car de toute façon, l'uniforme, les armoiries de la Dgsn réclament à cor et à cri réparations. Maître Chaïb est content, non pas de la décision du tribunal, loin s'en faut, mais que son client retrouve la liberté en fin de journée.
«C'est ça la bonne nouvelle», nous lancera-t-il avant de prendre son envol pour la cour d'Alger où il défendra un prévenu de coups et blessures volontaires à l'aide d'une arme blanche...
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