Tout le monde le savait et les chiffres renseignaient davantage sur la
dépendance des ménages algériens aux crédits à la consommation. L'octroi de
crédits bancaires pour les ménages ou crédits à la consommation s'est fortement
développé en Algérie, ces dernières années, surfant sur la vague des formules
de crédits proposées par les banques, étrangères surtout, pour finir sous la
menace de risques réels de surendettement.
Devant cet engouement des
Algériens pour ces formules inédites, le gouvernement a fini par prendre des
mesures drastiques emballées dans les nouvelles mesures introduites dans le
cadre de la Loi de finances complémentaire 2009 et visant essentiellement,
selon le ministre des Finances, Karim Djoudi, à protéger les ménages contre
tout risque de surendettement et d'orienter l'économie nationale vers la
production. «Sur plus de 100 milliards de dinars de crédits à la consommation
(accordés par les banques en 2008) 80 % sont destinés aux crédits automobiles»,
a souligné le ministre, selon lequel cette situation est à l'origine de la
hausse des importations de véhicules et de pièces de rechange à 3,7 milliards
de dollars en 2008. Octroyés pour l'acquisition de biens d'équipement notamment
électroménagers, véhicules, accès au logement et la facilitation de besoins
particuliers, ces types de crédits se sont fortement développés. Une dizaine de
banques, tant publiques que privées, ont développé une gamme de crédits et
facilités de paiement variés et répondant à des besoins précis. Selon les chiffres
disponibles, la population concernée est de près d'un million de ménages. Le
surendettement pour nombre de familles est devenu d'actualité en l'absence de
tout outil de contrôle qui aurait pu mettre le holà à des dépassements
insoupçonnés. En effet, de plus en plus de ménages
contractent plusieurs crédits à la fois, au risque de dépasser leur capacité de
remboursement, pourtant ces ménages, aux revenus moyens et confrontés aux
impondérables de la vie, n'arrivent plus à rembourser les traites. Des chiffres
évoquent même que 38 % des jeunes ménages sont incapables de rembourser leurs
dettes. Et cela même si le niveau d'impayés est encore considéré comme faible.
Selon les informations données par un quotidien national, ce niveau est de
l'ordre de 2 à 4 %, sous la barre critique de 6 %.
Le délégué général de
l'Association des banques et des établissements financiers (ABEF), Abderrahamen
Benhkalfa, avait déclaré que « dans les pays développés, il y a un taux
d'endettement élevé, il n'y a pas un ménage qui n'est pas endetté. Alors qu'en
Algérie, sur les 33 millions d'habitants, on compte 700.000 emprunteurs. Il
avait ajouté que « pour ne pas se retrouver face au problème du surendettement,
il faut d'abord protéger le client en l'informant sur la menace du surendettement.
Les banques doivent obliger les emprunteurs à déclarer les crédits déjà pris ».
« L'Algérien est au bord du surendettement », avait estimé Malek Serraï, un
économiste tunisien, qui affirmait que concurrence oblige, « les banques ne
donnent aucun délai aux clients pour décider et réfléchir avant d'emprunter,
explique-t-il. Cette situation est à double tranchant pour les banques : d'un
côté, les emprunteurs augmentent rapidement et de l'autre, les risques
d'impayés s'accroissent». «Le ratio du crédit dans le secteur privé était de
17,6 % en 2004. Il est passé à 23,3 % en 2008».
A cette sonnette d'alarme, le
gouvernement a décidé de réagir en intervenant en amont de la chaine et
d'interdire aux banques d'accorder des crédits à la consommation. Des priorités
choisies par les pouvoirs publics qui estiment qu'il est «plus utile pour les
ménages d'avoir un logement que d'avoir une voiture». Ainsi, a-t-il poursuivi,
la LFC 2009 prévoit, entre autres, des mesures en termes de consolidation de la
bonification des crédits à l'immobilier, une annulation de l'Impôt sur le
revenu global (IRG) sur les loyers pour stimuler la location de logement, en
plus de la mise en place d'un crédit du Trésor à 1 % pour permettre aux
postulants d'accéder au financement de leur logement. Le Snapap, lui-même,
avait confirmé précédemment, dans une étude statistique, la forte tendance des
fonctionnaires à s'endetter. Le syndicat donne une estimation de 64 % des
fonctionnaires qui vivent sous hypothèque après avoir contracté un crédit.
Cette décision vient encore palier l'absence d'un organisme capable
d'anticipation des risques et de contrôle du niveau d'endettement des ménages.
Un outil de contrôle qui aurait dû voir le jour depuis des années sous la forme
d'une centrale des risques de ménages mais qui, jusqu'à aujourd'hui, est encore
dans les tiroirs de la Banque d'Algérie. Pressentant venir cette menace, les
banques, notamment étrangères installés en Algérie, avaient, dans un premier
temps, durci les conditions d'accès aux crédits, qui étaient avantageuses et
diversifiées au départ.
Certaines d'entre elles, qui
avaient développé une gamme de prêts, ont revu à la hausse le seuil minimum du
salaire éligible au crédit, notamment automobile. Cependant, ces mesures
introduites par la LFC ne vont pas pour autant mettre fin à l'endettement des
ménages puisque une ancienne formule va certainement se refaire une santé. Les
facilités de paiement accordés par certains commerces est une pratique qui a su
résister aux aléas du temps et aux avantages des banques.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Moncef Wafi
Source : www.lequotidien-oran.com