
Hollywood est une constellation qui ne tolère pas la concurrence. Elle veut briller seule, imposer au monde une seule lumière, un seul ciel américain. Une industrie à l'image de ce pays, gigantesque et vorace. Une culture qui, depuis un siècle, véhicule un «american way of life» dont nous savons aujourd'hui qu'il n'est pas à la mesure de notre monde, à moins d'en faire un monde d'exclus et de dominés. Oliver Stone est une star qui pourrait incarner la mauvaise conscience de ce cinéma. N'oublions pas qu'il est un enfant de l'Empire. Né en 1946, il vu le siècle se colorer d'une bannière étoilée, il a même vécu quelques sanglants épisodes au Vietnam.Rien d'étonnant alors de le voir récidiver avec son documentaire South of the border (Au Sud de la frontière), diffusé samedi à la Cinémathèque d'Alger, à l'occasion de son passage, en préambule du premier Festival international du cinéma engagé d'Alger, qui se tiendra du 29 novembre au 5 décembre. «J'espère que ce documentaire aidera à vous ouvrir les yeux», dira-t-il avant le début de la séance.Ce que South of the border donne à voir est dans la continuité de Wall Street, et de la voie empruntée par le cinéaste depuis 30 ans, celle de débusquer dans le débat politique américain les mensonges, les manipulations médiatiques, pour en exposer les véritables visées expansionnistes, mais cette fois sans le détour de la fiction. Il s'agit ici des enjeux géostratégiques dans le continent Sud américain, l'histoire d'une redistribution probable des forces dans la région, de la naissance d'une utopie continentale autour des mouvements sociaux qui agitent, en ce début de siècle, des pays comme le Venezuela, la Bolivie, l'Argentine, le Brésil et l'Equateur.A travers une série d'interviews des dirigeants de ces pays, avec pour figure centrale le président vénézuelien Hugo Chavez, Oliver Stone démontre comment les médias américains, au service de la volonté de puissances étasuniennes, ont diabolisé ces chefs d'Etats insoumis. Petit rappel historique : après une tentative échouée de coup d'état militaire en 1992 et deux années d'emprisonnement, Hugo Chavez est élu en 1998 puis réélu en 2000, une année plus tard c'est l'arrivée des faucons au pouvoir à la Maison-Blanche, puis le 11 septembre. Le cours du pétrole grimpe, Chavez nationalise, prend une place importante à l'OPEP. Commence alors une campagne médiatique semblable a celle qui a abouti à l'invasion, pardon, à «l'exportation de la démocratie», bombes au phosphore en prime, en l'Irak. Chavez réagit, expulse l'ambassadeur américain, se signe à la tribune de l'ONU lorsque «El diablo», W. Bush, le précède à cette dernière. Nous sommes en 2002, raconte Chavez, un autre coup d'Etat se profile, contre lui cette fois, sans succès. Qui est derrière cette tentative de putch ' Suivez mon regard, croit-on lire dans les yeux du dirigeant. Le parti pris est clair, l'Amérique du Sud est un «laboratoire du néolibéralisme à partir du milieu des années 70», pour reprendre l'expression de William I. Robinson dans le dossier du Monde Diplomatique du mois de novembre, en grande partie consacré aux «voies du socialisme latino-américain».Et les visages du néolibéralisme s'appellent, selon M. Stone, FMI, DEA, la puissante Drug Enforcement Adminstration (DEA) américaine qui, sous prétexte de lutter contre les narcotrafiquants, finance, et donc dispose, des unités entières des polices de ces pays. Décembre 2005, un autre visage de l'insoumission fait surface, plus au Sud, en Bolivie, il s'agit d'Evo Morales, premier Indien à la tête d'un pays d'Amérique latine, dans le pays où Che Guevara fut exécuté. L'histoire est faite de liens parfois étranges, du Venezuela, pays du Libertador, Simon Bolivar, qui, 200 ans plus tôt, défiait le joug colonial espagnol, la révolution socialiste passe à la Bolivie. L'année suivante, le jeune Rafael Correa est élu en Equateur. Le continent change de couleur, entre rouge foncé et rose, sur la carte politique. Au pays d'Oliver Stone, à la télévision, Evo Morales est un toxicomane, un pédophile. En Argentine, après une récession sans précèdent, le président Kirchner défie le FMI. Au Brésil, Lula Da Silva refuse de collaborer avec les Etats-Unis contre Chavez. Les Etats unis d'Amérique latine, la monnaie unique deviennent autant de rêves possibles. Che Guevera serait-il «revenu par millions» ' L'heure de la revanche des anciennes colonies a-t-elle sonné ' Oliver Stone doit le penser très fort, et même si le parti pris est parfois trop appuyé, il l'est peut-être à la mesure de celui des médias de son pays, même s'il est toujours gênant que le cinéma flirte de trop près avec les hommes de pouvoir : South of the border est l'annonce d'un monde nouveau. Le siècle naissant sera moins étoilé, moins hollywoodien. D'autres empires sont en train de naître. Impossible ' Soyons réalistes. L'impossible ' Toujours le demander, a dit le Che.
F. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fodhil Belloul
Source : www.latribune-online.com