Alger - Revue de Presse

Sous les chapiteaux du Salon du livre : Mémoire de Suisse et d'Algérie, un plaisir partagé



Sous les chapiteaux du Salon du livre : Mémoire de Suisse et d'Algérie, un plaisir partagé
Photo : Fouad S. Le Salon international du livre d'Alger ferme ses portes aujourd'hui 6 novembre 2010 et c'est bien dommage, car, sans forcer sur les estimations, on pourrait dire qu'au-delà du nombre encore inconnu de visiteurs qui auront franchi son seuil cette année, des milliers d'autres auraient souhaité respirer son atmosphère particulière de lieu où le savoir et la culture sont proposés sans conditions. Parmi ses missions essentielles, il y a les attentes des Algériens. Y a-t-il convenablement répondu ' En dépit des détracteurs spécialement mis sur orbite durant le printemps et l'été dernier, pour lui nuire, et sur lesquels leurs commanditaires avaient compté pour corrompre ses ambitions, tout porte à croire que ses organisateurs peuvent d'ores et déjà s'arroger le droit de dire pour ce qui est du SILA 2010 : «Mission accomplie !». Un salon du livre, les gens intelligents le savent bien, ne comptent pas que  sur les auteurs locaux du pays qu'il représente, pour ambitionner de grandir. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est dénommé Salon  international du livre. Au-delà de son caractère  de relais culturel  permanent  et dont les retombées deviennent de plus en plus quantifiables grâce à  l'impulsion qu'il donne à  chaque session pour promouvoir et faire aimer le livre et, partant,  la lecture aux citoyens, dans toute la modestie de ses quinze printemps, le SILA traduit de plus en plus l'impression de vouloir se sédentariser. Par conséquent, malgré l'effort d'esthétique qui lui est annuellement  consacré, il voudrait s'affranchir du village de toiles qui lui sert aujourd'hui de « palais » intermittent d'exposition pour quelque chose de plus conforme à  ses ambitions.. Le Salon veut bien continuer de « suer » en faveur du livre et de la culture en général mais à  condition d'exhiber ses talents dans un lieu dont il ne rougirait pas. Dans cette perspective, un siège pérenne et esthétiquement conforme à  la culture, ferait l'affaire. Voilà pour une première appréciation.Mais le SILA est avant tout le havre où les cultures du monde entier viennent se dévoiler et dévoiler en public les progrès de l'humanité dans toute la trame de ses expressions. Des écrivains, des hommes et des femmes de culture y viennent pour conférer avec le public. Pour parler de leurs œuvres et de celles des autres ou pour traiter des  avancées ou des régressions du monde. Au SILA le livre est à  l'honneur mais c'est vers  la découverte de l'altérité que convergent les efforts esthétiques des conférenciers : partager avec l'autre c'est leur but essentiel. Le SILA en a accueilli quelques-uns de ces  plaideurs  chevronnés qui, maîtrisant la pédagogie de groupe et la métaphore  ont apporté une dimension supplémentaire au SILA. Une valeur ajoutée comme disent les économistes. Nous n'en citerons aucun même si parmi eux certains sont plus connus que d'autres, sans doute parce qu'ils vivent et travaillent dans des pays où les médias leur sont moins fermés qu'ailleurs. Cependant, je persiste et je signe pour affirmer que parmi tous ces gens qui se sont déplacés pour rehausser de leur présence le déroulement du SILA, il en est ceux qui méritent largement le crédit que le public leur a accordé en assistant à  leurs conférences. Leurs noms occupent sûrement encore la mémoire de ceux qui les ont écoutés. Nous espérons qu'ils les conserveront longtemps en mémoire. Mais revenons au SILA et son ritualisme. LA SUISSE, AU PAYS DE «LA NEUTRALITÉ ACTIVE»Â  Se voulant d'emblée policé sans doute parce que sa fonction de propagateur de culture devient incompatible dès que le vulgaire veuille s'imposer, le SILA s'organise chaque année en tenant compte des obligations pour lesquelles il s'est engagé à  inviter des pays à  qui il doit faire honneur. L'an dernier l'invité était la Palestine; nos lecteurs imaginent aisément pourquoi. Cette année l'honneur revient à  la Suisse d'être l'invitée du SILA. Rappelons que ce même honneur a été également rendu à  l'Algérie par la confédération helvétique il y a quelque temps. On peut donc considérer que la réciprocité entre les deux pays est non seulement active mais fructueuse, sans quoi l'Algérie qui devient de plus en plus regardante quant à  ses dépenses ici et ailleurs, y aurait renoncé depuis longtemps. Mais gare au fourre-tout, gare à  placer  indifféremment tous les pays sous la même enseigne dès lors qu'ils valent tous  qu'on  établisse les meilleures relations avec eux. Les pays diffèrent les uns les autres par la nature de leur système institutionnel. Dans ce contexte il est clair que la Suisse est un pays jaloux de  sa neutralité mais comme me l'a expliqué le commissaire suisse du SILA cette année, il s'agit de «neutralité active».Soit ! Mais au-delà de cette précision, il est bon de rappeler que l'Algérie entretient avec la Suisse des relations datant des années 1950. De mai 1955 plus exactement. En effet, l'Algérie venait tout juste d'entrer en collision avec le colonialisme mais cette fois les armes à  la main et Abane Ramdane, tout récent coordinateur de la lutte armée depuis mars 1955, date de son parrainage à  cette fonction par Krim Belkacem et Amar Ouamrane, envisage à  ce moment-là de dépêcher à  Zurich quelqu'un de son entourage immédiat avec l'espoir que celui-ci rencontrera feu Mohamed Boudiaf auquel il devait demander d'accélérer l'envoi des armes pour la poursuite de la lutte. La rencontre avec Boudiaf eut lieu à  l'hôtel Couronnes à  Zurich mais la surprise à  laquelle les deux protagonistes, en fait ils étaient quatre, n'avaient pas songé c'est que vers minuit la police helvétique investit l'hôtel et procéda à  des arrestations. Les quatre-hommes furent emmenés au commissariat central de Zurich manu militari et là, soumis à  des heures  d'interrogatoires, ont dû subir une garde-à-vue de 10 jours avant d'être libérés, lavés de tout soupçon. Mais hormis ce sombre intermède, la Suisse que ses détracteurs qualifient  de « coffre-fort » de l'Europe,  compte au sein de ses  populations une élite qui n'a pas, loin s'en faut, rompu ses liens avec la pensée de Jean-Jacques Rousseau, lui-même citoyen de Genève à  l'époque où la France était  dirigée par un monarque de droit divin dont le seul «exploit intellectuel» à  été de dicter le « code noir » à  son ministre Colbert. Les idées émancipatrices de Rousseau ont survécu à  leur initiateur en trouvant un emploi quasi sur mesure durant la guerre de libération algérienne. Des noms d'intellectuels qui, en plus de leur soutien à  l'Algérie combattante, on été des agents  actifs dans l'activité dite des « porteurs de valises ». Nombreux ont été les Suisses alémaniques qui ont pris de gros  risques en soutenant le combat des Algériens. On peut citer le nom d'éditeurs célèbres comme Charles-Henri Favrod ou Cornaz qui, une fois su, a été bouleversé par les révélations « sur l'emploi systématique de la torture en Algérie ». Mû par des motifs à  la fois politiques et éthiques, ce revirement l'amène à  devenir «l'imprimeur du FLN», un titre que, dans sa grande modestie, «il jugeait un peu exagéré et pompeux». Le journal « Résistance algérienne» l'organe de la Fédération de France du FLN, ce sont des Suisses qui l'ont imprimé. La liste des amitiés suisses envers l'Algérie combattante serait trop longue à  évoquer. Mais sachons que les risques pris par certains Suisses en faveur de l'Algérie pendant la guerre de libération nationale, n'ont d'égal que l'esprit de sacrifice qu'un grand nombre d'intellectuels helvétiques ont pris en faveur de l'Algérie au risque de leur vie. Non, contrairement à  ce que des  pantins de l'espace médiatique français diffusent parfois  pour faire croire que les Suisses seraient des poltrons par vocation n'existent que dans le délire des propagandistes œuvrant à  cette fin de l'autre côté du Jura. Les Suisses qu'on vient d'évoquer sont beaucoup plus vaillants qu'on croit. Par conséquent, leur présence au SilA est non seulement impérieuse mais légitime.
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